Barack Obama

Publié le 01/12/2008 à 18:49 - Modifié le 02/12/2008 à 13:51 Le Point.fr

Barack Obama lâche ses "faucons"

Par Patrick Sabatier

Barack Obama lâche ses

Le président américain élu Barack Obama a nommé Hillary Clinton secrétaire d'Etat © Montage lepoint.fr (Charles Dharapak/AP/SIPA et Jim Watson / AFP)

Mon premier a voté en 2002 pour l'invasion de l'Irak. Mon second y a dirigé l'"escalade" (le "surge") qui a permis aux forces d'occupation américaines de briser les reins de l'insurrection. Mon troisième a commandé le corps d'élite des armées, approuvé l'invasion de l'Irak et l'escalade, et ne cache pas son amitié pour l'ex-candidat conservateur à la présidence, le faucon John McCain.
Mon tout - Hillary Clinton, Robert Gates et James Jones - constitue le "cabinet de guerre" que le futur président démocrate des États-Unis, Barack Obama, a présenté lundi matin dans son fief de Chicago. On se souvient qu'il a été élu, il y a un mois à peine, en dénonçant l'invasion et l'occupation de l'Irak, en affirmant que l'"escalade" y était vouée à l'échec, et en battant le républicain McCain qu'il dénonçait comme un dangereux belliciste décidé à poursuivre la guerre.

Après avoir promis aux Américains "le changement", le président élu Obama leur offre donc d'abord "la continuité", garantie par ce qui est décrit par tous les experts comme "le cabinet le moins idéologique et le plus pragmatique" de l'histoire du pays.

En faisant de la sénatrice de New York, Hillary Clinton, sa secrétaire d'État (ministre des Affaires étrangères), le poste de numéro deux de son administration, du général quatre étoiles (à la retraite) James Jones son conseiller à la Sécurité nationale, et en conservant le républicain Robert Gates, nommé par Bush, au poste-clé de secrétaire à la Défense, Barack Obama a mis en pratique un principe inspiré par celui qu'il revendique pour son modèle, Abraham Lincoln : en période de crise, le président met en place "une équipe de rivaux", au nom de l'unité et de la sécurité nationale "qui n'est pas une question partisane".

Le pragmatisme pour idéologie

Le choix d'Obama fait bien entendu hurler la gauche démocrate, qui avait vu en lui son champion et a joué un rôle décisif dans sa campagne victorieuse. Il lui assure l'approbation des conservateurs dont le candidat a mordu la poussière, mais dont les idées s'imposent par la simple vertu de la réalité. Les États-Unis font la guerre sur deux fronts, Irak et Afghanistan. Ils sont exposés à la menace terroriste, et doivent tenter d'éviter une déstabilisation générale par des crises régionales comme vient de le rappeler l'attaque lancée probablement depuis le Pakistan contre la capitale économique de l'Inde, Bombay (Mumbai). L'administration démocrate va également devoir trouver le moyen de désamorcer les tensions que provoquent les ambitions nucléaires de l'Iran et de la Corée du Nord, et les rêves de restauration impériale de la Russie.

Dans ce contexte, Obama entend signifier, à destination des Américains amis aussi du reste du monde, que sa seule idéologie est le pragmatisme, et qu'il privilégie l'expérience (qu'il avait pourtant moquée pendant la campagne électorale) et la compétence sur la nouveauté. Même si cela lui commande de ne pas changer grand-chose, ou de ne le faire que très progressivement, aux politiques de George W. Bush, et de s'entourer des vieux routiers et experts de Washington qu'il accusait d'avoir mené la politique étrangère des États-Unis dans l'impasse.

Le retour triomphal d'Hillary Clinton (et de son mari, l'ex-président dont on cite le nom comme possible envoyé spécial d'Obama pour tenter d'apaiser la crise dans le sous-continent indien) hérisse bien sûr la gauche démocrate qui avait bataillé tout autant contre le "centrisme" des Clinton que contre Bush. "L'électorat a voté pour toute autre chose", s'indigne Matt Stoller, un "obamaphile" militant qui écrit pour le site OpenLeft.com. "En s'entourant des suspects usuels, (Obama) trahit ses électeurs... Les technocrates qui nous ont menés dans le bourbier ne peuvent pas nous en sortir."

"Ils viennent tous des cercles centristes ou conservateurs proches du Pentagone", renchérit Robert Dreyfuss sur le site de l'hebdomadaire de gauche The Nation . "Pas un seul, pas un seul ne représente l'aile antiguerre du parti démocrate." L'amertume est d'autant plus grande que l'équipe économique mise en place par Obama a elle aussi exactement le même profil "centriste", modéré et issu de l'ère Clinton qui garantit la continuité plutôt qu'une rupture radicale. Du coup, Eli Pariser, qui dirige le très puissant réseau progressiste MoveOn.org, se fait menaçant : "Attendons de voir, dit-il. Si toutes ses nominations sont aussi décevantes, nous aurons trois ans pour forcer les portes de la Maison-Blanche."

Approbation unamine à droite

Dans le domaine de la sécurité nationale, un changement soudain de politique est d'autant plus improbable que tous les hommes en place à la direction du Pentagone sous Bush vont demeurer. Gates va continuer de travailler avec le chef d'état-major interarmées, l'amiral Mike Mullen et le chef du commandement Centre, responsable des opérations en Irak et en Afghanistan, mais aussi de l'Iran et du Pakistan, le général David Petraeus, architecte du succès politico-militaire qui a permis de redresser la situation à Bagdad depuis 2007. Obama a clairement indiqué lundi que sa promesse de campagne de retirer toutes les troupes américaines d'Irak dans les seize mois qui suivront son entrée en fonctions le 20 janvier était en réalité soumise aux "recommandations" qui lui seront soumises par les chefs militaires sur le terrain et l'évolution de la situation en Irak même, et s'inscrira dans le cadre de l'accord américano-irakien, qui vient d'être voté par le Parlement de Bagdad et qui prévoit une présence militaire américaine jusqu'en 2011 (au moins).

Cette modération et ce pragmatisme expliquent l'approbation unanime à droite des nominations d'Obama. "Le triumvirat Clinton, Gates, Jones à la tête de l'équipe de sécurité nationale d'Obama est de nature à susciter une grande confiance dans le pays comme à l'étranger" a déclaré le sénateur républicain John Warner. Ses collègues Richard Lugar et Lindsey Graham (ami le plus proche de McCain) ont déjà fait savoir qu'ils voteraient pour confirmer ces nominations. Le président élu a déjà répondu aux critiques qui lui reprochent, alors qu'il avait promis de "changer Washington", d'avoir été "changé par Washington" avant même d'y avoir mis les pieds. Il entend avant tout éviter l'erreur qui été fatale à ses prédécesseurs démocrates, Jimmy Carter et Bill Clinton. Ceux-ci s'étaient entourés de fidèles sans expérience et de novices choisis pour leur proximité idéologique, ce qui avait rapidement paralysé leur action et les avait empêchés de mettre en action leurs idées.

Son administration, a-t-il expliqué, entend au contraire combiner "une approche nouvelle avec l'expérience", mais il a précisé : "La vision du changement viendra de moi, c'est mon boulot." Tous ses collaborateurs, a-t-il insisté lundi, Hillary Clinton la première, "partagent [sa] vision fondamentale", qui est de "préserver les armées les plus puissantes de la planète" tout en "combinant la force armée à la diplomatie". Il s'agit, a-t-il conclu, de "restaurer le leadership de l'Amérique" en redonnant toute sa place au "soft power" des idéaux et de l'aide, en partant de la réalité de l'interdépendance croissante dans un monde multipolaire. Mais aussi d'"en finir avec la menace du terrorisme" y compris par l'usage de la force armée, sans jamais perdre de vue que la priorité doit toujours aller à la défense "musclée" des intérêts nationaux des États-Unis.

43 COMMENTAIRE(S)

doka2009

Informaticien

Wednesday 17 December | 08:09

Pour moi, je trouve que, monsieur le président élu Barrack Obama a bien fait de mettre ses trois rivaux à l'épreuve et au travail. La nouvelle ministre des affaires étrangères doit nous montrer son expérience. Il a bien fait de travailler d'abord avec des gens expérimenté. La suite sera au président élu d'apporter le grand changement.

yan3ko

La chance aux USA

Tuesday 16 December | 18:39

Je pense ce président, Obama peut réussir à mettre le paquet aux USA avec l'équipe qui l'entoure. Je pense que le monde entier devrait toujours voir l'intérêt général de la nation que de se baser sur des intérêts personnels (Afrique, mon Afrique surtout). Je souhaite une bonne carrière. J'habite l'Afrique (Cote d'Ivoire Abidjan). Merci.

freefoxy

Vista

Tuesday 16 December | 13:26

Il a beaucoup de vista ce Barack Obama. S'il s'avère aussi pragmatique que talentueux, nous aurons les plus grandes opportunités pour les US et donc le reste du monde dans ces années de crise qui s'annoncent : de l'adversité naîtra la lumière. C'est du moins ce que l'on peut souhaiter aux Américains et au reste du monde. De l'espoir, enfin.

algerium

Obama, le Georges Bush black

Monday 15 December | 19:10

Il n'est qu'une illusion, un leurre, un symbole éphémère. Ne vous méprenez pas, cet homme sera plus dangereux que Bush en adoptant la langue d'un mensonge brodé de velours. Une main de fer dans un gant de velours, il fera semblant de dialoguer avec l'Iran pour justifier sa volonté d'ouverture. Après quoi, un échec évident de non renonciation de l'hypothétique volonté de nucléaire militaire. L'Obama-Bush comme tout président américain qui se doit d'avoir sa guerre, la déclenchera avec la bénédiction de Sarkozy et de tous ses gens européens et "cet oncle Tom" (pour reprendre l'expression du grand Malcom x). Obama-Bush sera adoubé par son maître israël. N'oubliez pas mes propos, il l'aura sa guerre, cet homme est un homme tout aussi dangereux que son prédécesseur.

jean

Obama et les pompes à essence

Monday 15 December | 11:24

Faut-il aider l'industrie automobile à court terme ? Qui aura les moyens de s'en procurer ? La crise fut initiée il y a des décennies par des supressions d'emploi, améliorant la productivité à court terme, mais engendrant le chomage. Au tout début on suprima les pompistes, et, le reste a suivi. Pas impossible que si on les rétablit le reste re-suivra mais dans le bon sens cette fois.

Adrivic

Très intelligent M. Obama

Sunday 14 December | 07:32

J'ai beaucoup d'admiration pour cet homme. Brillant, intégre, chaleureux, il sait s'entourer des plus forts. Donc, les personnes qu'il vient de nommer ont une très forte expérience chacun dans leurs domaines. Je souhaite au nouveau Président des Etats-Unis qu'il réussit à remettre sur pied ce pays après tant d'années catastrophiques du gouvernement de M. Bush !

Ellende3

Intelligent, oui il l'est

Monday 8 December | 12:25

Pour les américaines, quel est le problème N°1, la Crise et comme depuis son élection celle-ci s'est rapidement amplifiée et pourrait mi 2009 s'annoncer encore plus sévère. Donc entre le discours de campagne électorale et la situation de "Main Street" par contraste à Wall Street, devient its Main Target. Je l'ai écouté hier sur CNBC et sa force est de n'avoir pas peur de parler Loud and Clear sur la difficulté de la situation et de l'urgence d'appliquer un plan des plus pragmatique pour mettre en branle une politique mûrement réfléchie en corrélation avec une situation Interne et Externe. Donc pas de fioritures, on prend les meilleures expériences de tout bord et on les mets devant leurs responsabilités, pour prendre à bras le corps l'ensemble des problèmes. Et puis à partir du 20 janvier 2009, nous aurons le reste du programme et les changements qu'il veut initiés dans des termes qui ne seront certainement pas ceux de la langue de bois. On ne vous dit pas tout, donc on ne vous a pas "encore" tout dit... ou dévoilé.

talia

Avec un pays en crise...

Wednesday 3 December | 20:30

... Barack Obama n'avait pas trop le choix pour ses nominations, vous ne croyez pas ? Il était obligé de nommer des gens qui ont de l'expérience afin de sortir les Etats de la crise, de la guerre en Irak et j'en passe. Je sais qu'il réussira, attendez au moins 2 ans avant de le condamner, non ?

achille

A temcuseh75

Wednesday 3 December | 07:35

Bravo Monsieur, vous connaissez votre histoire ! C'est Kennedy qui a decidé d'envoyer des troupes au Vietnam... Il n'a jamais été réticent.

blackout

Oh oh oh

Wednesday 3 December | 02:44

Mais voyons, voyons, Qui a dit que le pot de miel n'a pas ses inconvénients ? Il faudrait le laisser travailler au moins 2 ans et après on voit, non ? [...]

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