Publié le 21/07/2008 à 17:02 BusinessWeek

Gameloft, désormais disponible sur iPhone

Le champion en titre des jeux sur mobile sort six nouveaux titres sur l'iPhone App Store, site à partir duquel les utilisateurs peuvent télécharger directement des jeux sur leur téléphone 3G.

Par Jennifer L. Schenker

Le 10 juillet , une nouvelle ère du jeu sur mobile s'est ouverte, avec le lancement de l'iPhone App Store, catalogue en ligne de programmes conçus pour le nouvel iPhone 3G d'Apple. Les consommateurs peuvent consulter, télécharger et installer des jeux directement sur leur mobile sans qu'il ne soit nécessaire de transiter par un ordinateur et sans payer une lourde facture auprès des opérateurs télécoms. Et grâce aux performances de ce smartphone, les joueurs pourront bénéficier de graphismes haute définition, d'un contrôle de l'inclinaison et d'une interface par écran tactile.

"La perception des utilisateurs va changer instantanément", explique Michel Guillemot, directeur et cofondateur de l'entreprise parisienne Gameloft, qui a lancé six jeux sur iPhone App Store le jour de son ouverture.


Grâce à de telles avancées, on s'attend à ce que le marché des jeux pour mobiles atteigne 3,7 milliards de dollars (2,3 milliards d'euros) par an en 2012, contre 2,3 milliards (1,4 milliard d'euros) en 2007, selon les données de Screen Digest, cabinet de conseil londonien. À en croire les analystes, Gameloft serait la mieux placée pour tirer profit de cette croissance, dans la mesure où elle se classe parmi les tout premiers développeurs de jeux téléchargeables pour téléphones mobiles.

Des chiffres de téléchargement impressionnants

L'entreprise parisienne vend en moyenne trois jeux par seconde dans le monde entier. Ses titres sont disponibles pour 1.200 combinés différents, et sur son catalogue de 250 jeux, 50 se sont vendus à plus d'un million d'exemplaires. Trois "blockbusters", dont Block Breaker Deluxe, se sont vendus à plus de 10 millions d'unités. En plus des nouveaux jeux pour iPhone, Gameloft va également lancer ce mois-ci six titres pour le nouveau service de jeux pour mobiles de Nokia, N-Cage. Elle est également en négociations pour développer des jeux adaptés à Android, le nouveau système d'exploitation pour mobiles dont Google est le fer de lance.

Selon les informations de Natixis Securities, à la fin de l'année 2007, Gameloft a dépassé EA Mobile, branche d'Electronic Arts, pour devenir numéro un mondial. Selon le courtier, Gameloft semble toujours être la mieux placée pour devancer le marché et accroître sa profitabilité. En 2007, le chiffre d'affaires de la société s'élevait à 95 millions d'euros, en hausse de 40 % par rapport à l'année précédente. Ses ventes devraient croître de 25 à 30 % cette année, même si l'activité générée par de nouvelles plates-formes comme l'iPhone n'aura que des effets limités sur le résultat jusqu'en 2009.

Le facteur de croissance le plus important pour Gameloft réside dans le plus fort taux de pénétration des marchés affiché par les mobiles capables de gérer des contenus multimédias tels que la musique, les films et les jeux. L'autre facteur-clé vient du fait que les consommateurs téléchargent plus volontiers du contenu sur leur combiné. Aujourd'hui, seuls 5 % d'entre eux acceptent d'effectuer des téléchargements, mais selon Richard Beaudoux, conseiller de Natixis à Paris, cette proportion pourrait bientôt être portée à 10 %, grâce à l'émergence d'appareils tels que l'iPhone ou de modèles haut de gamme Nokia, les séries N.

Acheter, télécharger et jouer plus facilement

Les réseaux sans fil actuels, plus performants et plus rapides, facilitent l'accès et le jeu en ligne, contre des joueurs multiples. Les opérateurs ont encouragé l'usage des services de données en lançant des abonnements illimités à un tarif fixe. Le téléchargement n'alourdit donc plus la note mensuelle, sans parler des heures passées à se mesurer en ligne contre des rivaux.

Les jeux de Gameloft vendus sur le site d'Apple seront commercialisés entre 7,99 dollars et 9,99 dollars aux États-Unis, 5,99 euros en Europe et 3,49 livres en Grande-Bretagne. Selon le modèle d'entreprise d'Apple, les fabricants empochent 70 % de ce montant et Apple 30 %, ce qui ne laisse rien aux opérateurs mobiles. Cet accord est plus intéressant pour les fabricants, puisque les opérateurs conservent habituellement plus de 30 % du prix de vente.

Le consommateur y gagne également, à en croire les analystes. La plupart des jeux vendus aujourd'hui sont relativement petits, avec une taille d'environ 600 kilobytes. Mais grâce aux capacités-mémoires étendues de l'iPhone et d'autres smartphones, les nouveaux jeux sont beaucoup plus gros, entre 2 et 60 mégas, ce qui permet de bénéficier de graphismes en 3D comme sur les consoles. Il serait impossible de télécharger de tels fichiers sur des réseaux peu fiables ou si la facturation s'effectuait en fonction du nombre de bytes téléchargés.

Les caractéristiques de l'iPhone facilitent et enrichissent l'expérience du jeu mobile. Les joueurs peuvent faire feu ou répondre à des questions du bout du doigt. Grâce à la technologie de détection du mouvement de ce combiné, quantité de nouvelles interactions deviennent possibles. En jouant aux cartes, par exemple, le joueur peut mélanger les cartes en secouant vivement son iPhone. Sur Asphalt, de Gameloft, un jeu très populaire qui sera bientôt disponible sur App Store, le téléphone se transforme en volant d'automobile. Il suffit de le tourner pour diriger la voiture qui s'affiche en 3D sur l'écran.

La concurrence d'EA Mobile

Bien entendu, les rivaux conçoivent également des jeux pour le nouveau combiné d'Apple. EA Mobile a sorti 3 nouveaux titres le 10 juillet : Scrabble (disponible uniquement aux États-Unis et au Canada), EA Sudoku et Tetris. En septembre, une version du très populaire Spore sera mise à disposition des utilisateurs d'iPhone, quand le jeu sera lancé pour toutes les plates-formes. Sudoku sera vendu au prix de 9,99 dollars (6,30 euros), contre 14,99 dollars (9,45 euros) pour Scrabble et Tetris. On s'attend également à ce que d'autres vendeurs tels que Glu Mobile et Sega réalisent des jeux pour l'iPhone.

Toutefois, Gameloft reste loin devant, car elle jouit d'une expérience supérieure à celle de tous ses concurrents en la matière. En 1986, Michel Guillemot et ses quatre frères fondaient Ubisoft Entertainment, un des principaux concepteurs de jeux français. En 1999 naissait Gameloft, entreprise cotée depuis 2001. Aujourd'hui, Gameloft compte pas moins de 4.000 employés dans le monde entier. Elle a conclu des accords avec plus de 180 opérateurs et totalise plus de 150 filiales qui distribuent ses titres dans près de 80 pays du monde entier.

Mais malgré cette avance dont jouissait Gameloft, cette dernière s'était fait subtiliser la première marche du podium par EA Mobile après une série d'acquisitions dynamiques, dont le rachat de Jamdat en 2005. Mais Gameloft, qui a privilégié la croissance interne, a donné naissance à davantage de jeux originaux. Selon Ronan de Renesse, analyste des jeux pour mobiles chez Screen Digest, 53 % de ses titres sont entièrement nouveaux, contre seulement 33 % pour EA Mobile.

Les consoles ne sont pas négligées

Cette année, Gameloft a élargi son emprise en réalisant des jeux pour l'iPod et pour des consoles virtuelles, c'est-à-dire des titres susceptibles d'être téléchargés sur les réseaux sans fil pour des appareils fabriqués par Microsoft ou Nintendo, par exemple. Durant le mois de son lancement, le jeu Brain Challenge de Gameloft a été la référence Xbox Live la plus populaire, et Show King demeure un des cinq jeux préférés des utilisateurs japonais, européens et américains de la console Wii de Nintendo.

Alors qu'Ubisoft cible les hardcore gamers qui passent des heures devant leur écran, Gameloft cible plutôt les casual gamers , ou joueurs occasionnels. Selon les analystes, l'entreprise se montre perspicace en étendant son activité aux jeux pour consoles et en accroissant ainsi sa clientèle. En effet, il y a de grandes chances pour que les joueurs sur mobile deviennent les utilisateurs de console ou de PC de demain, car de plus en plus de personnes qui apprécient les jeux de société aiment jouer sur mobile et sur console.

Toutefois, certains analystes, comme Thomas Langer de la banque allemande WestLB, craignent que les consommateurs ne repoussent à plus tard leurs achats de jeux du fait du ralentissement de l'économie mondiale. D'autres se montrent plus optimistes. Natixis Securities, qui recommande l'achat d'actions Gameloft, pense que le meilleur est encore à venir. M. Guillemot est bien évidemment du même avis. Selon lui, "tous les ingrédients sont en place pour créer un énorme marché et garantir aux clients du monde entier un très haut niveau de satisfaction. Nous sommes persuadés que cela aura des conséquences extrêmement bénéfiques pour notre activité."


Jennifer Schenker est correspondante de BusinessWeek à Paris.

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