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Par Hervé Gattegno, Fabien Roland-Lévy et les services du "Point"
C’est un petit livret de 86 pages, à peine plus grand qu’un carnet, sans mention d’auteur ni d’éditeur. Sur la couverture de carton marron-beige, un seul mot en guise de titre : Appel . L’opuscule circule sous le manteau dans les squats de la mouvance autonome - celle que les policiers considèrent comme le vivier d’où sont issus les saboteurs de la SNCF. "Nous nous sommes organisés, lit-on, pour la survie élémentaire - récup’, vol, travaux collectifs, repas en commun, partage de technique, de matériel, d’inclinations amoureuses - et nous avons trouvé des formes d’expression politique – concerts, manifs, action directe, sabotages, tracts."
À l’origine, le texte devait paraître en 2005 dans la revue anarcho-situationniste Tiqqun, fondée par Julien Coupat, l’un des suspects interpellés le 11 novembre dans l’enquête sur les destructions de caténaires. Le jeune homme, âgé de 34 ans et gérant d’une librairie-papeterie dans le 11e arrondissement de Paris, est mis en examen (et en détention provisoire). Issu de la mouvance Black Bloc, la frange extrémiste du mouvement altermondialiste, il est aujourd’hui suspecté d’avoir été au moins l’inspirateur d’un groupuscule "préterroriste" baptisé Cellule invisible, dont certains écrits ont été retrouvés par la police. Le petit livre beige de 2005 ne figure pas parmi les documents saisis, mais son ou ses auteur(s), invoquant une "situation de guerre civile mondiale", revendiquai(en)t sans détour "le caractère criminel de [leur] existence et de [leurs] gestes". "La perspective de former des gangs n’est pas pour nous effrayer, poursuit le manifeste. Celle de passer pour une mafia nous amuse plutôt." Ou encore : "C’est vers les formes d’opération propres à toutes les guérillas qu’il nous faut nous tourner : sabotages anonymes, actions non revendiquées, contre-attaques ciblées."
J.-M. D. et A. M.
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