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Publié le 01/12/2008 à 20:57 Reuters

Remous autour de l'arrestation d'un journaliste de Libération

L'indignation provoquée par l'arrestation d'un journaliste de Libération a amené le président Nicolas Sarkozy à demander lundi la dépénalisation de la diffamation et une nouvelle réforme de la procédure pénale.

Après une série de réactions indignées dans les milieux politiques et journalistiques durant le week-end, une enquête interne a été ordonnée par la cour d'appel de Paris.

La procédure, menée vendredi contre Vittorio de Filippis, est contestée pour sa brutalité et parce qu'elle visait une simple affaire de diffamation.

Alors que Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, et Rachida Dati, ministre de la Justice, venaient de défendre une procédure selon elles "régulière", Nicolas Sarkozy s'est exprimé sur une tonalité différente.

"Le président de la République comprend l'émoi suscité par les conditions d'exécution d'un mandat de justice à l'occasion d'une affaire de diffamation", dit un communiqué de l'Elysée.

Il a lancé une mission pour travailler à la définition d'une procédure pénale modernisée et "plus respectueuse des droits et de la dignité des personnes", ajoute l'Elysée.

Le président précise par ailleurs que le projet de loi proposant la dépénalisation de la diffamation sera examiné par le parlement dès le début de l'année 2009.

Arrêté à l'aube à son domicile en région parisienne dans le cadre d'une plainte en diffamation du fondateur du fournisseur d'accès internet Free Xavier Niel, menotté après avoir dû laisser derrière lui ses deux jeunes enfants seuls, Vittorio de Fillipis a ensuite été conduit au dépôt du palais de justice.

Il dit avoir été insulté par les policiers, fouillé deux fois et mis presque nu avant d'être présenté à la juge Muriel Josié et mis en examen.

Plusieurs magistrats parisiens, sans vouloir être cités, ont dit à Reuters qu'ils pensaient que la procédure était inadaptée, les affaires de diffamation opposant simplement deux parties.

Vittorio de Filippis était visé comme directeur de publication en raison d'un courriel d'internaute publié sur le site internet du journal. Il n'aurait pas répondu à plusieurs convocations, a dit Rachida Dati.

ENQUÊTE À LA COUR D'APPEL

Le président de la cour d'appel de Paris, Jean-Claude Magendie, a saisi le magistrat pour enquête.

"Il demandera à Mme Josié qu'elle transmette toutes les informations utiles sur les modalités de délivrance d'un mandat d'amener (à l'encontre de Vittorio de Filippis) et sur ses modalités d'exécution", a dit un membre de son cabinet.

Il s'agit notamment de savoir si Vittorio de Filippis, aujourd'hui directeur du développement de Libération, a ou non refusé de déférer à plusieurs convocations et si cet éventuel problème justifiait la méthode utilisée.

Après le Parti socialiste, Reporters sans frontières et les syndicats CFDT et SNJ, le Syndicat de la magistrature, classé à gauche, a apporté son soutien au journaliste et rappelé les "principes fondamentaux de la procédure pénale".

Le syndicat insiste sur la "limitation stricte de la coercition aux nécessités de la procédure" et sur le "respect de la dignité de la personne".

L'Union syndicale des magistrats a en revanche jugé l'arrestation procéduralement justifiée, la juge étant selon elle tenue par l'urgence en raison du risque de prescription. Le syndicat majoritaire renvoie la responsabilité de méthodes brutales à la police.

Alliance, second syndicat de gardiens de la paix, déclare de son côté que l'intervention "s'est effectuée dans la plus totale transparence et dans le respect des lois et des règles de déontologie de la République."

A l'Assemblée nationale, l'affaire a animé la journée et le gouvernement a été interpellé par l'opposition. La ministre de la Culture, Christine Albanel, a précisé avoir téléphoné à Laurent Joffrin, P-DG de Libération.

Serge Portelli, vice-président du tribunal de Paris, estime que l'affaire révèle une explosion des procédures coercitives. Le nombre de placements en garde à vue est passé de 336.000 en 2001 à 560.000 en 2007, dit-il dans Libération.

Thierry Lévêque, Gérard Bon, Elizabeth Pineau, édité par Gilles Trequesser

2 COMMENTAIRE(S)

stef

L'histoire se répète

Tuesday 2 December | 01:16

Le 26 mai à 6 heures du matin, descente de police au domicile de Niel. Le patron de Free, dénoncé par une lettre anonyme, se retrouve mis en examen pour recel d'abus de biens sociaux et proxénétisme. En cause, une participation résiduelle dans un sex-shop de Strasbourg, où, semble-t-il, les clients ne touchaient pas les filles qu'avec les yeux. L'instruction montrera qu'il n'a jamais mis les pieds dans l'établissement. Pour l'affaire de moeurs, un non-lieu est prononcé. [...]

anniebe

Normal

Monday 1 December | 21:20

Un journaliste refuse de se rendre à une convocation ; le PS refuse d'appliquer la loi, et alors ? PS et Médias, même combat : dénier la justice et la République, sous le prétexte que NS est le Président qu'ils ne souhaitaient pas ! Démocratie, où es-tu ? A pleurer.

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