Publié le 28/08/2008 à 07:13 Le Point.fr
Par Nathalie Lamoureux

Les internautes rivalisent d'imagination pour décrire ce que pourrait être le futur Google Phone équipé d'un système d'exploitation Android © DR
Les spéculations autour du Google phone vont bon train. Mais si l'on regarde de près les dernières
photos et vidéos
- qu'il faut prendre évidemment avec précaution - le produit n'a pas de quoi casser trois pattes à un canard. Le Gphone s'apparente, en effet, à un Smartphone à écran tactile, au design proche de la concurrence. On devrait y retrouver la plupart des services Google (Google Earth/Maps, Google Talk, Google Docs, GMail...). Rien de bien innovant puisque la plupart de ces services sont déjà disponibles ou accessibles sur d'autres mobiles.
En fait, ce Gphone qui agite le monde des technophiles n'est que le sommet immergé de l'iceberg, une sorte de ticket d'entrée pour permettre au mastodonte de la recherche Web d'accroître son audience sur d'autres segments de marché. Pour conserver son leadership, l'entreprise doit, en effet, se diversifier. Son modèle économique repose sur les recettes publicitaires. Or cette manne n'est pas éternelle. Comment l'écrit très justement Daniel Ichbiah, auteur de
Comment Google mangera le monde
, "le grand avantage des services gratuits est qu'il est aisé d'en changer"
.
D'autant plus que la concurrence possède de précieux atouts. Microsoft gère une flotte de logiciels de base de données, des jeux, un système d'exploitation (Windows). Apple se démarque avec l'ipod, l'iPhone, son service iTunes et ses ordinateurs. Les revenus de ces deux entreprises sont, par ailleurs, fondés sur les dépenses des utilisateurs.
Nouveau secteur en vogue : les nouveaux usages de la téléphonie mobile, générateurs de revenus (mail, musique, Internet...), sont porteurs d'un point de vue marketing. Objet très personnel, le mobile est l'arme fatale pour attirer le consommateur et encore mieux le cibler. Les marques s'y affichent et les produits co-brandés (Armany, Bic, Levis, Hummer...) se multiplient.
Cela dit, la présence d'un logo n'est toujours synonyme de performance. À titre d'exemple, même s'il plaît aux happy few, l'interface tactile du mobile Armany est ratée. Même remarque avec le Bic phone, un beau coup marketing mais technologiquement pas très fiable. Par ailleurs, de plus en plus complexes, les téléphones mobiles intègrent des applications de plus en plus nombreuses et de plus en plus coûteuses. Parallèlement, les cycles de développement sont de plus en plus courts. "Or, pour être leader, il faut avoir un système d'exploitation complet", explique Michel Piquemal, directeur du développement marketing chez Access System France.
Pour étendre son modèle au mobile, c'est-à-dire accroître son audience afin de vendre de l'espace publicitaire à des annonceurs en quête de profils de plus en plus pointus, Google doit construire de nouvelles briques technologiques. D'où Androïd, la plate-forme de développement Linux, qui sera la base du système d'exploitation des prochains téléphones mobiles Google.
Le marché des OS pour mobiles
À ce jour, pas moins de six plates-formes de logiciel mobiles, fédérées autour de trois consortiums, composent le marché. Que retrouve-t-on ? Des solutions propriétaires (Symbian, Microsoft, Apple, RIM) et issues du logiciel libre (Androïd, LiMo, Openmoko...). D'après les chiffres de Gartner pour le premier trimestre 2008, Symbian domine le marché avec 57,1 %, suivi de RIM (13,4 %), Microsoft (12 %), Linux (9,1 %) et Palm OS (2 %). La catégorie "autres" (6,5 %) regroupe notamment Apple et Sharp. Par ailleurs, le monde des OS pour téléphones portables est marqué par la montée de l'Open Source (système ouvert). Cela signifie que n'importe qui peut accéder au coeur technologique du système, le modifier et l'adapter à ses besoins, à partir du moment où le propriétaire du code a décidé de l'ouvrir à la communauté. Ainsi, une plate-forme basée sous Linux garantit de pouvoir s'appuyer sur un réseau de compétences en cas de problème et permet de réduire les temps de développement. Aujourd'hui, les fabricants de semi-conducteurs codent les composants pour qu'ils tournent sous Linux. Dans les systèmes propriétaires, ce temps initial sur la programmation est plus long.
Les consortiums
Pour rationaliser les coûts de recherches et de développement, constructeurs, opérateurs, fabricant de semi-conducteurs, éditeurs de logiciels ont créé des alliances. Depuis le rachat de Symbian par Nokia, le constructeur finlandais a lancé, en juin 2008, la Symbian Foundation et s'est engagé à rendre Open Source l'OS Symbian propriétaire. C'est la riposte de Nokia à Google. Les premiers combinés exploitant la nouvelle plate-forme sont attendus pour 2010.
De son côté, Google développe son propre système d'exploitation, Androïd, via l'Open Handset Alliance (OHA). Au sein de l'OPA, la multinationale, à l'image d'Apple pour l'iPhone, met à disposition des programmeurs des technologies pour développer des applications maison. Mais, à la différence de Mac OS X, système propriétaire, l'architecture d'Androïd est ouverte et indépendante du constructeur. En théorie, les éditeurs disposent de plus de flexibilité puisqu'il est possible de modifier l'OS. En pratique, face à la puissance de l'écosystème Apple, Google doit démontrer que sa plate-forme offrira une véritable expérience utilisateur sur différents matériels. Pour motiver les programmeurs, Google a, d'ailleurs, lancé un concours Androïd Développement Challenge, avec à la clé 10 millions de dollars à se partager. Les premiers mobiles équipés d'Androïd sont attendus pour cette fin d'année 2008, les applications labellisées pour le premier trimestre 2009. Si Google semble avoir une longueur d'avance sur Symbian, dont les combinés exploitant la nouvelle plate-forme sont prévus pour 2010, il reste une grosse marge avant que le "char d'assaut" de la recherche atteigne les 18 millions de Smartphones Symbian comptabilisés par Gartner au 1er trimestre 2008.
Pour sa part, la LiMo Foundation, contraction de Linux et mobile, vise à développer une plate-forme logicielle commune basée sur Linux, ce type d'architecture pouvant varier d'un constructeur à l'autre. L'approche, différente de Google, offre une liberté de choix plus grande. Les membres de la communauté bénéficient des technologies de base applicables pour tous afin de développer, en toute indépendance, leur propre business. Exemple : Access, groupe japonais, co-inventeur de l'i-mode et propriétaire de Palm Source, qui lance son propre OS. On peut trouver ses solutions aussi bien sur la PSP, un GPS Garmin, un mobile Sony-Ericsson, ou un navigateur Web d'un opérateur.
Repères : les alliances
Symbian Foundation
:
Constructeurs
: Nokia, LG, Motorola, Sony-Ericsson, Samsung
Opérateurs : Orange, AT&T ; NTT DoCoMo. Vodaphone, T-mobile
Semi-conducteurs : STMicroelectronics, Texas Instrument, Broadcom.
Constructeurs : LG, Motorola, Samsung, HTC
Opérateurs : China Mobile Communications, KDDI, NTT DoCoMo, T-Mobile
Semi-conducteurs : Texas Instrument, Qualcomm, Intel, Nvidia, Broadcom
Constructeurs : Samsung, Motorola , Nec, ZTE
O pérateurs : Vodafone, Orange, NTT DoCoMo, SFR
Semi-conducteurs : Motorola, NEC, Panasonic Mobile, Communications, Infineon
Finalement, quelle que soit la plate-forme, c'est le consommateur qui décidera du choix du produit et dans quelle mesure il acceptera l'utilisation publicitaire de ses données personnelles. Google nous a habitués au gratuit, mais cela se paye. Par ailleurs, si les performances du Gphone pour la navigation Web sont présentées comme similaires à celles d'un ordinateur, encore faut-il que les débits et la couverture suivent. Des solutions sont en cours d'expérimentation, à l'image des Femtocellules, ces boîtiers sans fil de faible puissance assurant un relais de réseau mobile chez les particuliers, via la connexion haut-débit. Mais de nombreuses incertitudes pèsent encore sur leur commercialisation à grande échelle en Europe. En tout cas, Google y croit puisqu'il a acquis la société Ubiquisys, spécialisée dans la réalisation de stations de base pour Femtocellules. Affaire à suivre.
Repères : les débits mobiles
UMTS (3 G 1re génération)
Débit Théorique : montant : 384 kbit/s ; descendant : 2 Mbit/s
Débit pratique : montant : 128 Kbit/s ; descendant : 384 kbit/s
HSDPA (actuel)
Débit théorique : montant 1,4 Mbit/s ; descendant : 3,6 Mbit/s
Débit pratique : montant (384 kbit/s) ; descendant 1 Mbit/s
HSUPA (en cours)
Débit théorique : montant 5,8 Mbit/s ; descendant : 14 Mbit/s
Débit pratique : montant : 1,4 Mbit/s ; descendant : 3,6 Mbit/s
flo
Thursday 28 August | 16:29
[...] Le Gphone n'existe pas, que ce soit bien clair. Il n'y aura jamais de téléphone fabriqué et vendu sous la marque Google. Google l'a plusieurs fois répété. Par contre Google se lance dans les plates-formes mobiles avec Android. Chaque marque sera alors libre de proposer un téléphone compatible avec cette plate-forme. Voilà.
PPJL
Pub et repub
Thursday 28 August | 13:56
Bien raison Google de s'attaquer au marché du mobile, j'espère bien que ça va bien marcher, comme ça, il pourra contrer tous ceux qui profitent grassement de ce créneau. Car vu toute la publicité qu'on nous inflige et qui ne fait pas baisser les coûts pour autant avec les opérateurs, Google n'aura pas trop de peine pour faire sa part de marché.
celuikifaichier
Armany ?
Thursday 28 August | 11:11
Je ne connaissais pas cette marque. Armani par contre...
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