
Publié le 25/08/2008 à 13:34 Le Point.fr
Par Laurence Neuer
Anne, directrice des ressources humaines dans une grande entreprise d'État et maman comblée, voit sa vie basculer le jour où elle trouve un carnet dans le métro, par hasard. Elle l'ouvre et commence à lire. Elle y découvre l'histoire d'une femme qui raconte comment elle s'est trouvée prisonnière d'un jeu machiavélique qui l'a conduite à tuer un homme. Anne découvre ensuite les règles du jeu dont elle devient, malgré elle, l'un des dix joueurs. Il s'agit d'élucider la mort d'une personne, faute de quoi le joueur doit tuer une personne de son choix. S'il ne le fait pas, c'est la vie de l'être qui lui est le plus cher qui sera en danger de mort. Le jeu passe au joueur suivant, investi de la même mission. Les dix joueurs, qui ne se connaissent pas, ont tous la même énigme à résoudre. Si aucun d'entre eux n'y parvient, tout le monde perd... Anne ne prend pas la chose au sérieux. Sauf que, dans les 24 heures de la lecture du carnet, le fils d'un ami meurt étrangement. Preuve est faite que le jeu est bien réel.
Dans cette société futuriste, gouvernée par Gorgone, le système informatique qui traite l'ensemble des informations sur tous les individus, les jeux sont interdits, et ceci depuis qu'un jeu a été détourné par un individu malveillant pour commettre un attentat. Les jeux sont perçus comme des instruments politiques, de transgression ou de contre-pouvoir. Pour s'assurer qu'aucun n'est pratiqué de manière clandestine, le gouvernement a créé un corps d'agents privés, "les traqueurs", immergés dans la population. Ils traquent les joueurs comme les terroristes. Anne se retrouve à la croisée des traqueurs qui font à leur insu partie du jeu. "Les traqueurs traqués, c'est le comble de la surveillance...", observe Josef Ladik. Par ailleurs, après l'échec de la biométrie (vols d'empreintes digitales), les autorités ont rendu obligatoire l'implantation de capsules d'identification pour tous les citoyens à partir de l'âge de 10 ans.
Une réflexion sur l'identité
Le roman soulève des problèmes éthiques fondamentaux. À travers le personnage d'Anne, tout d'abord. Cette jeune femme, qui travaille dans une société fournissant à l'État l'ensemble de ses technologies sécuritaires, se trouve confrontée, pour la première fois, à une situation inédite qui bouleverse ses schémas de pensée. Les autres personnages vont aussi être conduits à réviser leurs conceptions personnelles et l'idée qu'ils se font de la vie en société. "C'est une réflexion sur l'identité individuelle et collective, souligne Josef Ladik. Quel est le lien qui nous unit à la société ? Comment la technologie investit notre vie ? Pourquoi a-t-on à ce point besoin de s'assurer de l'identité des gens ?", questionne l'auteur. Celui-ci montre, à travers un simple carnet manuscrit seul capable d'échapper aux algorithmes de surveillance, qu'un retour aux modes rudimentaires de communication est le plus sûr moyen de protéger notre vie privée. Paradoxal, mais logique.
Avec un tel contrôle poussé à ses plus extrêmes limites, a-t-on encore besoin de justice ? "Les autorités judiciaires, mises sous tutelle de l'exécutif par l'asphyxie des moyens et la prolifération des lois, concentrent leurs actions sur la délinquance de voie publique, source de perte de revenus pour le tourisme", raconte le livre. Voilà une ironie qui, de la part d'un juge, sonne l'alerte. À bon entendeur...
Le Maître des noms,
(First), par Josef Lalik
Mecheri
Juste merci
Friday 12 September | 09:47
Un grand merci pour le choix de vos sujets, très humains et qui restent de véritables phénomènes de sociétés. François Mecheri
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