Société

Publié le 20/11/2008 à 13:27 - Modifié le 21/11/2008 à 07:19 Le Point.fr

Mis en examen, le déséquilibré de Grenoble "soulagé d'avoir enfin tué"

Par Chloé Durand-Parenti (avec agence)

Mis en examen, le déséquilibré de Grenoble

Un étudiant de 26 ans a été mortellement poignardé, mercredi dernier, dans le centre de Grenoble par un homme échappé d'un hôpital psychiatrique © FREDERIQUE VERHAEGHE / MAXPPP

Le déséquilibré qui aurait mortellement poignardé Luc Meunier, le 12 novembre à Grenoble, a été mis en examen et placé en détention provisoire jeudi matin. Il a été reconduit à l'hôpital psychiatrique de Saint-Égrève en Isère, d'où il a fugué avant de poignarder l'étudiant grenoblois. Désormais toute sortie lui est évidemment proscrite. Au cours de son audition, diligentée à la suite d' une première expertise qui a jugé son "état mental compatible" avec une présentation devant les juges, Jean-Pierre Guillaud, schizophrène de 56 ans, a "reconnu les faits". Dans le passé, Guillaud, hospitalisé en psychiatrie depuis les années 1980, a déjà bénéficié de deux non-lieux pour deux agressions similaires à l'arme blanche en 1995 et en 2006, pour lesquelles il a été déclaré pénalement irresponsable.

Devant les juges qui l'ont mis en examen, le déséquilibré s'est déclaré "soulagé" car cela fait 20 ans qu'il "essaie de tuer quelqu'un, qu'il n'y arrive pas", a rapporté son avocate, Me Danièle Toubiana. "C'est la cinquième fois qu'il essaie de tuer quelqu'un", a-t-elle assuré, ajoutant que son client s'était dit "satisfait d'avoir répondu à la voix qu'il aime" et qu'il appelle "Satan". Toujours selon son avocate, Jean-Pierre Guillaud a également affirmé avoir acheté un couteau une semaine avant le meurtre de Luc Meunier et tenté d'agresser une personne, qui s'est défendue. Des faits que les enquêteurs tentent de vérifier.

"Il aurait fallu lui faire connaître la prison" (Avocat)

"On l'a un peu trop mis en psychiatrie, il aurait fallu peut-être le juger, le déclarer responsable, lui faire connaître la prison pour qu'il ait peur de recommencer", a dit Me Toubiana. Une nouvelle expertise, dont les résultats ne seront pas connus avant plusieurs semaines, doit encore se prononcer sur la responsabilité pénale de ce déséquilibré, en vue de déterminer s'il peut ou non être jugé devant une cour d'assises.

En attendant, la famille du jeune étudiant de 26 ans demande "des réponses" sur les circonstances du drame et l'entourage psychiatrique de son meurtrier présumé, un schizophrène. "La famille [les parents, le frère et la soeur, NDLR] et la concubine de Luc Meunier (...) entendent se constituer partie civile afin que toute la lumière soit faite sur les circonstances ayant conduit à ce drame, tant en ce qui concerne l'auteur des faits lui-même, que les évènements qui ont rendu possible son acte", a expliqué leur avocat grenoblois, Me Hervé Gerbi. "Ils souhaitent que des réponses soient apportées sur le suivi médical, la prise en charge et la surveillance de l'auteur (présumé) des faits."

Le drame est pris très sérieux au plus haut sommet de l'État. Le président de la République Nicolas Sarkozy a demandé une réforme de l'hospitalisation psychiatrique et ordonné une enquête de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Le premier rapport rendu par l'institution a abouti à la suspension du directeur de l'hôpital de Saint-Égrève. Cette sanction a provoqué de vives protestations des syndicats, qui ont dénoncé la volonté de faire de ce responsable "un bouc émissaire".


37 COMMENTAIRE(S)

alain

Merci milto

Thursday 27 November | 22:18

Tout est dit, j'aimerais seulement ajouter qu'en France la recherche avance. Les neurosciences existent, l'imagerie neuronale aussi, seulement, il manque cruellement de spécialistes pour commencer à les appliquer. Toute la psychiatrie repose sur la psychanalyse ! Comment parler à quelqu'un qui ne peut pas entendre ? A cela, il faut ajouter la destruction médicamenteuse à long terme qui les désocialise complètement et les détruit physiquement (coeur, foie, reins). Ce qui semble inquiétant, c'est que les jeunes psychiatres sont toujours formés tout psychanalyse ! Les urgences effectivement ne s'en sortent plus, mais dès que le malade arrive dans un service, sédation et incancation, en ambulatoire au bout de deux semaines. Je voulais aussi dire que la violence des malades se retourne surtout vers eux, 30 à 40% de suicides ! Ces fous tuent parfois, mais cela n'a aucune mesure avec les fous de la route. Je dis cela pour les partisans de la peine de mort.

milto

A quand la prise de conscience ?

Tuesday 25 November | 10:33

Comme d'habitude, on attaque la conséquence pour régler l'origine des problèmes. Le cerveau est un organe, au même titre que le foie ou le coeur. L'organe le plus méconnu aujourd'hui. Une maladie du cerveau créé un disfonctionnement du psychisme qui dépasse les populations complètement désensibilisées par ces maladies. Ce n'est pas en mettant en prison une personne atteinte de schizophrénie que l'on réglera les choses, c'est un peu comme si on mettait un diabétique en prison car il a le diabète. Peut-être le diabétique aura plus de chance dans son malheur car il n'a pas pour conséquence à sa maladie un disfonctionnement psychique, et de ce fait il peut vivre convenablement avec, avoir un travail et une vie sociale, ne pas entendre de voix, ne pas faire d'actes irraisonnés, etc.… Pour cet homme, qui doit être victime de sa maladie, vu ses symptômes, cependant les hôpitaux manque cruellement de moyens ainsi que le secteur de la recherche. Rendez-vous sur le terrain vous constaterez comment aux urgences psychiatriques les équipes sont débordées, n'arrivent plus à gérer et même parfois font des bêtises, non pas par leur fautes mais par manque de moyens, ce sont des êtres humains comme tout le monde. Par exemple le Canada a déjà fait bien plus de chemin que nous, que ce soit scientifiquement ou culturellement à ce propos. La bipolarité, la dépression, la schizophrénie, sont des maladies du cerveau, combien de temps encore pour que l'on comprenne ça ? Saviez vous qu'en février 2008, ’une équipe de chercheurs de l'Université d'Indiana ont isolé des marqueurs dans le sang qui identifient le trouble bipolaire (maniaco-dépression), une percée qui peut changer la façon dont il est diagnostiqué et traité. Mais non en France on en est encore à croire que c'est des phénomènes inexpliqués dignes de la folie, tant de progrès dans ce domaine depuis la dernière décennie, mais il est tellement plus humain de critiquer et de s'agiter devant l'incompréhensible. Comment se fait-il que dans notre pays, l'on soit si en retard au niveau des maladies du cerveau à conséquence psychologique ? Comment se fait-il que l'on pense à faire une chasse aux sorcières, comme au temps du moyen âge. C'est qui les fous ? Actuellement la situation est réduite à une désinformation totale, à un manque de moyens énorme pour les hôpitaux, et à une recherche à peu près stérile, alors que d'autres pays avancent. Très mauvais anglophones que nous sommes, nous iront pas nous renseigner sur ce qui se passe outre-Atlantique à part bien sûr au travers de la plupart des séries tv qui n'ont rien à voir avec la réalité comme la majorité des films de notre propre cinéma. Pour conclure, tout le monde est désemparé face à ces maladies, tout simplement car on cache que 1 % de la population a la schizophrénie, 1 % a la bipolarité, cela représente 1.200.000 Français, sans compter les 8 % de la population restante ayant d'autres maladies du cerveau dont la dépression, c'est tout simplement énorme et quelle prouesse que de nous cacher tout cela par honte ou par peur. N'importe qui peut contracter ces maladie, votre voisin, votre enfant, vous. Et le seul moment où on parlera de ces maladies, ça sera dans le cadre d'un accident grave, par contre on ne fera jamais d'articles sur les difficultés de la maladie, le courage des patients, des parents, de certaines équipes médicales, (des millions de Français) et surtout des progrès de la science à l'étranger.

logic

Responsabilité

Sunday 23 November | 11:20

Les premiers criminels dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres d'ailleurs sont les médecins psychiatres et services sociaux et judiciaires : Soit, ils ne connaissent pas les spécificités de la schizophrénie soit, ils sont schizophrène eux. Je suis en train de m'opposer à une décision de justice qui veut envoyer une mineure de cinq ans passer ses vacances chez sa mère reconnue schizophrène grave "ad dicte" de drogue et d'alocool, aux multiples condamnations judiciaires et internements d'office en milieu fermé de surcroît. La gamine ne connaît même pas sa mère parce qu'elle l'a rejetée dès la naissance ! lePsychiatre expert l'a reconnue shizophrène grave mais a conclut qu'elle était capable de recevoir sa gosse alors qu'elle fréquente des marignaux inquiétants ! L'enquêtrice sociale a fait un rapport fallacieux et pleins de mensonges, la D. D. A. S. S. se tait, les procureurs refusent de vérifier les témoignages de citoyens honnêtes et responsables. Toutes ces atrocités sont bien dûes très souvent aux disfonctionnements des services publics copncernés, irresponsables et inconscients mais intouchables.

Alain

Effrayant

Sunday 23 November | 00:43

Horreur pour la famille de la victime ! Mais la schizophrénie se situe parmi les plus graves maladies mentales qui nécessitent une prise en charge très adaptée. Hélas pour des raisons très discutables la psychiatrie est dans la rue. Le malade qui a tué se trouvait sous placement d'office, que faisait-il seul ?Mettrait-on un autiste en prison ? L'autisme fait partie des signes schizophréniques. La prison ne solutionnera que la bonne conscience d'une société qui a toujours rejeté ses fous. Avec les méthodes ambulatoires il faudra faire avec ces drames terribles. On n'en a pas parlé, mais le même jour à Lens un malade tuait son père. Si déjà il était possible d'avoir de l'aide au moment des crises ! ! ! Soignons ! ! ! Le pire sera souvent évité.

gabrielecs

Se taire

Friday 21 November | 17:43

Je crois que je vais aussi finir par me taire devant tant d'inepties qui m'affligent. Mais juste avant je voudrais vous mettre en garde ou plutôt mettre en garde ceux qui prennent fait et cause pour la famille du jeune étudiant comme s'il s'agissait de prendre parti. Oui ça aurait pu être notre enfant, notre mère ou nous même, mais je suis infirmière en psychiatrie depuis suffisamment longtemps pour vous dire que la schizophrénie n'épargne aucune catégorie de population et ce malade victime de son délire, demain, ce sera peut-être votre enfant ou vous même. Prônerez vous toujours la peine de mort ?

gabrielecs

N'importe quoi

Friday 21 November | 17:34

"La peine de mort présente bien des avantages". Il vaut mieux entendre ça que d'être sourd Joellesol, vous devriez allez dire ça aux victimes/accusées/ Incarcérées/innocentes du procès d'Outreau. Décider de la mort de quelqu'un quoi qu'il ait fait est un meurtre qui ramène celui qui prononce cette peine au même rang que celui qui est jugé, c'est à dire au rang d'assassin. Par ailleurs, les juges sont toujours faillibles, ce ne sont que des humains... Comment allier peine capitale et risque d'erreur ? Définitivement aucun humain respectable ne peut être pour la peine de mort en aucune circonstance.

Patrick25

...

Friday 21 November | 16:06

Je pense que toutes les personnes qui sont libérés par décision de justice, devraient être invitées à un séjour gratuit durant un mois dans les familles de ces juges !

rebecca

Urgent !

Friday 21 November | 13:37

Cette pathologie gravissime demande une prise en charge extrêmement rigoureuse et un encadrement sans faille. Il serait peut-être temps de prendre le problème de front plutôt que louvoyer et attendre le prochain drame.

malibu

Révoltant

Friday 21 November | 13:36

A toutes les personnes qui ont témoigné ou autres : Savez vous ce que c'est que la schizophrénie ? Je ne crois pas car vivre avec un malade psychique, c'est mourir un peu tous les jours et un calvaire toute sa vie.

Cloug

D'un meurtre l'autre

Friday 21 November | 13:18

L'actualité en peu de temps a relaté deux faits divers. Un élu assassine sa maitresse après lui avoir fait subir des violences. On nous dit qu’il souffrait de maux psychologiques suite à la perte de sa mairie, à ce propos il va falloir mettre des cellules psychologiques les soirs d’élections… Et de l’autre un malade mental assassine un passant en pleine rue. Pour ce fait divers les politiques en pleine crise de compassion montent aux créneaux.... Et de l’autre les députes font une minute de silence à l’Assemblée Nationale. Quelle indécence.

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