Société

Publié le 01/12/2008 à 08:47 - Modifié le 01/12/2008 à 20:20 Le Point.fr

Les médecins urgentistes opèrent une grève illimitée

Lepoint.fr (avec agence)

Les médecins urgentistes opèrent une grève illimitée

La grève ne devrait pas avoir de conséquences sur les urgences © AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN

Les médecins urgentistes ont entamé lundi une grève illimitée sans risques pour les patients. L'Association de médecins urgentistes (Amuf) de Patrick Pelloux - qui avait le premier alerté publiquement des risques d'une mortalité massive lors de la canicule d'août 2003 (15.000 décès) - juge que la dégradation des conditions de travail des praticiens, liée à "l'étranglement financier" de l'hôpital, pourrait mettre en danger la "sécurité des patients".

"On est entre 50 et 75 % de mobilisation, avec une mobilisation plus forte dans les hôpitaux généraux que dans les CHU", a affirmé Patrick Pelloux, attribuant le moindre succès de la grève dans les hôpitaux universitaires à des "menaces de sanctions contre les grévistes". Tous les postes aux urgences des hôpitaux, dans les Samu et les Smur, sont donc occupés malgré la grève. De son côté, le ministère de la Santé avance un taux de grévistes de 6 %, sans impact sur la prise en charge des patients. "Le ministère ne compte que les médecins qui sont présents sur le lieu de travail tout en se disant grévistes", a réagi Patrick Pelloux.

En faisant grève, l'Amuf entend faire entendre sa voix contre "l'étranglement" de l'hôpital public qui va déboucher sur la suppression de "20.000 emplois cette année", alors que des urgentistes sont invités à augmenter leur temps de travail de "48 à 60 heures par semaine". Dans ce contexte, souligne-t-elle, le projet de loi "Hôpital, patients, santé, territoires" que doit examiner le Parlement en 2009 risque de parachever cette "destruction".

Une manifestation le 9 décembre ?

Ce projet, rendu public le 22 octobre, favorise les "regroupements" d'hôpitaux autour d'un établissement principal et la "coopération" du public avec les cliniques privées afin, selon la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, de "garantir pour l'avenir l'accès à des soins de qualité sur tout le territoire". Il réorganise aussi les hôpitaux en accroissant sensiblement les pouvoirs du directeur, qui pourra désormais être issu du secteur privé et embaucher des médecins avec des contrats plus "souples" prévoyant notamment une rémunération à "l'activité". Estimant que le projet subordonne la santé au "financier", l'Amuf voudrait "élargir" son mouvement, d'autres syndicats hospitaliers se disant prêts à se mobiliser sous différentes formes contre la politique du gouvernement.

Chez les anesthésistes, une autre spécialité très présente aux urgences, un syndicat, le Smarnu (Syndicat des médecins anesthésistes-réanimateurs non universitaires), compte lancer une grève de soins non urgents à compter du 1er janvier, tandis qu'un autre, le SNPHAR (Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs), "n'exclut rien" si le gouvernement "continue à nier le mécontentement des praticiens". De son côté, la CPH, l'un des principaux syndicats de médecins, compte appeler aussi à une grève des soins non urgents en janvier pour obtenir le retrait des dispositions sur l'hôpital du projet de loi.

En région parisienne, une intersyndicale de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) appelle d'ores et déjà à manifester le 9 décembre contre le danger de "démantèlement" de l'AP-HP, faisant notamment allusion au regroupement prévu des 38 établissements actuels en 13 "groupes hospitaliers". Cette "préfiguration" de l'application du projet gouvernemental relève, selon la CGT-Santé, premier syndicat des hôpitaux, d'une "stratégie de casse idéologique" du public afin de permettre au secteur privé, l'un des plus importants d'Europe, de "prendre encore des parts de marché".



23 COMMENTAIRE(S)

magali

Urgentistes

mercredi 3 décembre | 23:11

Comme disent nos directeurs : "je ne peux pas actuellement, si vous ne voulez pas patienter pour l'augmentation en question, vous n'avez qu'à partir". A bon entendeur... J'espère ne plus avoir à passer par les hôpitaux ou les urgences, beaucoup de mouvements, mais attentes des malades de plusieurs heures dans les couloirs ! Quand on souffre, ce n'est pas très agréables, croyez-moi. Je n'aime pas trop cette façon de vous plaindre alors que ce sont les malades qui souffrent qui devraient se plaindre. Ne croyez-vous pas ? En principe, un médecin devrait être là pour apaiser, vous, si je lis bien certaines de vos lignes, vous vous servez des malades pour revendiquer. Vous n'avez plus rien à attendre de nous puisque tous les hôpitaux nous sont interdits. On ne peut plus prendre un RV chez un professeur (merci à la ministre) ! L'hôpital, c'est comme à la Sécu : on vous donne un numéro, une date, et le médecin que vous devez rencontrer. Si ça ne vous plait pas, vous allez ailleurs, si c'est vraiment grave, deux jours après vous voyez "seigneur". C'est vraiment la mouise.

magali

Les urgences

mercredi 3 décembre | 02:15

Je vois qu'on parle beaucoup de soi, de son salaire, de ses heures supplémentaires. C'est ok, je comprends. Dans tous les corps de métier c'est la même chose. Mais ce qui devrait être mis en évidence c'est que les hôpitaux sont interdits aux malades, je dis bien interdits, que les professeurs ont soit peur,ou s'en foutent. On ne les entends pas. Personne ne parle de la façon dont on a fermé les hôpitaux qui vont certainement mourir (notamment les CHU). Les professeurs sont paraît-il largement sollicités à l'extérieur, avec des salaires plus importants. Les cliniques sont en train de bien s'équiper sous le nez de la ministre. Dans quelques mois les malades seront obligés de les utiliser en supportant d'énormes factures. A la ministre reviendra les honneurs de la chute d'un pan entier de notre savoir faire à l'hôpital, de soins qu'on ne pourra plus faire car trop chers. [...] Avant de vider, Bachelot aurait dû étudier. Maintenant, elle va faire son possible pour arrêter le départ des professeurs, et récupérer les malades.(j'ai entendu ça dans une émission du samedi ou dimanche soir). C'est l'inquiétude chez certains médecins hospitaliers, urgentistes. Bref, c'est la cata et la perte de tant d'efforts des personnels soignants, de la recherche, etc C'est, je pense, honteux d'avoir cassé un joujou pareil, qui pourra être remis sur pieds un jour peut-être, ou bien jamais.

ruddy

Bon séjour

mardi 2 décembre | 14:04

Ce qui me fait marrer dans ce forum, c'est que tous ceux qui [...] sur les urgentistes aujourd'hui seront les mêmes qui les supplieront de s'occuper d'eux quand ils passeront aux urgences. Non seulement ils vont exiger que le médecin s'occupe d'eux vite, mais aussi, bien. Et s'il le faut être sauvé dans le quart d'heure. Car voyez-vous braves gens, nous ferons tous un séjour aux urgences. C'est écrit. A ce moment-là vous verrez dans quelles conditions sont obligés de travailler les urgentistes, pas avant. A tous, bon futur séjour et bon courage si les urgentistes ne sont pas écoutés.

Fenac

Pas les seuls

mardi 2 décembre | 12:20

Stop ! Marre de passer mon temps à écouter les doléances des uns et des autres. Quand il s'agit de travail, personne n'est content, dans ce pays. Les urgentistes sont-ils les seuls à avoir des conditions de vie exécrables ? Il y a plein de gens dont les conditions de travail sont difficiles. Le problème, c'est qu'ils ont besoins de travailler, alors ils font. Mais la télé et les journaux ne leur prêtent pas l'oreille car ce n'est pas "vendeur". Les urgences, ça touche le bien-être de chacun, la diminution de sa douleur, alors il est évident que celui qui a un peu de bagout va sauter sur l'occasion, mettre son oeil dans la caméra, le micro dans sa bouche et va vociférer pour apitoyer le lecteur, l'auditeur ou le télespectateur. On peut ainsi faire passer les messages syndicalistes, revendicatifs. Je respecte plus celui qui serre les dents et ramène son salaire à la maison, est fier d'avoir trimé pour gagner ce qu'il a mérité, plutôt que ceux qui choisissent un métier parce qu'il rapporte amis s'aperçoivent qu'il faut bosser pour cela. Si les urgentistes ne sentent pas bien dans leur peau, estiment qu'ils sont sous-payés, qu'ils ne sont pas assez aidés, mais qu'ils changent de métier, nom d'un chien ! On voit cela tous les jours, pourquoi pas eux ?

Claude S

Ancien urgentiste

mardi 2 décembre | 09:50

Pour avoir exercé cette fonction quelques années, jusqu'il y a 2 ans et demi, je peux vous dire que nous ne pouvions refuser de faire moins de 48 h par semaine, et que 60 à 72 h étaient monnaie courante... Et fonctionnaires peut-être, mais sans garde, pour un assistant la rémunération était de 1750 euros par mois (bac + 8 et énormes responsabilités) avec en sus 200 euros par garde, qui nous amenait à travailler 24 h d'affilée avec les conséquences sur les responsabilités sus-nommées... Qui veut la place ?

pomme

@Alex

mardi 2 décembre | 00:06

Ben voyons, pas fonctionnaire, mais si... Les heures sup, soi disantes gratos: tu mens. Le fumeux, cela ne serait pas plutôt, ton Pelloux ?

Alex

@pomme

lundi 1 décembre | 20:50

Bien sûr, un fonctionnaire passe ses journée et un certain nombre de ses nuits dans son bureau. C'est fort connu. Quand vous verrez un urgentiste faire 35h, c'est qu'il aura voulu cesser de faire ses heures sup (nombreuses pour la plupart) gratos. Les comparaisons fumeuses ça suffit.

PAVE

Surtout...

lundi 1 décembre | 20:22

Restez tous en bonne santé, ne demandez rien à Pelloux et ses amis, et allez voir un rebouteux. Vous n'avez jamais eu de maladie grave, tant mieux pour vous.

durandal

Pelloux... encore un !

lundi 1 décembre | 20:02

Dès qu'on voit un médecin fréquenter les plateaux de télé plutôt que de soigner les malades... C'est mauvais signe... Pelloux n'est plus médecin, il est devenu socialiste !

pomme

@rebecca

lundi 1 décembre | 19:41

Mais ils le sont déjà... fonctionnaires !

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