Société

Publié le 21/08/2008 N°1875 Le Point

Trafic - La guerre des tours Eiffel

Pauline Liétar

Sur le parvis de la tour Eiffel, les vendeurs à la sauvette se démènent pour attirer le touriste. Autour du Trocadéro, 150 vendeurs à la sauvette, quasiment tous sénégalais, profitent des 60 000 touristes quotidiens. Le métier de vendeur de tours Eiffel rapporte jusqu'à 3 000 euros par mois. Une charge lucrative qui se transmet de génération en génération. Malamine*, la trentaine, grand, mince, bonnet enfoncé sur la tête, a quitté il y a dix ans Louga, dans le nord-ouest du Sénégal, coopté par d'anciens vendeurs retournés au pays, fortune faite. « Comme pour les autres, c'est un métier d'appoint. Je fais ça à côté de mon travail de maintenance à la RATP. » Le business des tours Eiffel rapporterait, sur le parvis, 2 millions d'euros par an. Au grand dam des marchands de souvenirs qui ont pignon sur rue. « Je perds 20 % de mon chiffre d'affaires » , se plaint Marc-Henri Bacqueyrisses, gérant du groupe Defis, propriétaire de sept magasins.

Sa boutique Souvenirs de Paris lui coûte 80 000 euros de loyer par an. Du coup, il fulmine quand il voit des vendeurs proposer les mêmes produits... à moitié prix. Sur les 2 millions de porte-clés tour Eiffel achetés chaque année par les touristes, 400 000 seraient écoulés par les vendeurs ambulants, qui se fournissent chez des grossistes chinois du Sentier, du 18e et d'Aubervilliers. En octobre, la chambre de commerce et d'industrie de Paris a organisé un « Grenelle des ventes à la sauvette », avec propriétaires de boutiques, policiers et magistrats. C'est la Société d'exploitation de la tour Eiffel, détenue par la Ville de Paris, qui la première a déclaré la guerre aux vendeurs clandestins. Ces derniers lui feraient perdre chaque année 200 000 à 400 000 euros sur les royalties reversées par les boutiques. Et la multiplication des opérations de police n'y change rien : « Impossible de poster en permanence des policiers au pied de la tour » , regrette Jean-Bernard Bros, président de la Société d'exploitation de la tour Eiffel et adjoint au maire de Paris chargé du tourisme. L'an dernier, la police a effectué plus d'un millier d'interpellations autour du Trocadéro. Et si un jour la pression se fait trop forte, les vendeurs iront au château de Versailles. Ou à Disneyland : une quinzaine d'Indiens du Pendjab y vendent déjà, non pas des produits Disney, juste des tours Eiffel...

* Le prénom a été modifié.


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