Politique

Publié le 28/08/2008 - Modifié le 28/08/2008 N°1876 Le Point

Sondage - Quand Sarkozy fait président

Nicolas Sarkozy remonte dans le baromètre Ipsos- Le Point . Les Français ont visiblement apprécié sa réactivité lors des événements de cet été. Comme si le président de la République avait renoué avec le « peuple ».

Sylvie Pierre-Brossolette

Quand Sarkozy fait président

Illustration Nicolas Sarkozy

Lire le sondage

De l’art de surfer sur les crises...Nicolas Sarkozy, en cet été 2008 qui ne ressemble en rien à celui de l’année précédente-la gravité présidentielle a succédé au « bling-bling » du tout nouveau chef de l’Etat d’août 2007-, a su saisir à son avantage les occasions dramatiques qui se sont présentées pendant ses vacances discrètes au cap Nègre. Après s’être rendu à Pékin pour assister à l’ouverture des Jeux olympiques, il a bondi en Russie et en Géorgie pour se faire l’arbitre d’un conflit qui menaçait de tourner mal. A peine avait-il dialogué avec les deux parties, obtenant un fragile cessez-le-feu entre les belligérants, qu’il devait affronter un autre drame en Afghanistan : 10 soldats français tués dans une embuscade montée par les talibans. Larmes, discours, émotion, cérémonie aux Invalides... La France est en deuil et soudain davantage sous le charme d’un président dont l’aura avait sacrément décliné depuis son élection. Le dernier baromètre mensuel d’Ipsos pour Le Point en témoigne. Nicolas Sarkozy gagne 5 points d’opinions favorables, tout en perdant autant d’opinions défavorables. Un différentiel positif de 10 points, malgré une rentrée économique difficile et des dossiers internationaux explosifs : inespéré pour un président qui s’était résigné à traîner une cote médiocre encore longtemps. C’est peut-être provisoire, mais c’est bon à prendre.

L’embellie est due aussi bien aux sympathisants de gauche (21 %, + 5 points) qu’à ceux du centre (51 %, + 8 points) ou de l’UMP (85 %, + 2 %). Mais c’est chez ceux qui ne se réclament d’aucun parti, toujours très significatifs de l’air du temps, que la progression est la plus notable (51 %, + 17 points). Plus intéressant encore : c’est au sein des catégories les plus défavorisées que Nicolas Sarkozy enregistre les gains les plus élevés : 12 points chez les ouvriers (40 %), 15 dans les foyers aux revenus les plus modestes (49 %), 10 chez les personnes au niveau de diplôme inférieur au bac (48 %). Comme si le chef de l’Etat avait renoué avec le « peuple ». Un peuple qui semble avoir apprécié la réactivité du président sur des sujets lourds et sa manière de se couler dans les habits de sa fonction régalienne. Certes, l’« effet Afghanistan » joue à plein : quand un pays pleure ses morts, il commence par resserrer les rangs autour de son chef. Mais le mini-état de grâce du président en cette rentrée va sans doute plus loin. Les Français ont globalement apprécié son attitude, complètement impliquée dans sa mission au plus haut niveau, n’hésitant pas à sacrifier une partie de ses vacances avec Carla pour courir le monde.

Cet investissement international du chef de l’Etat, même si ses prises de position peuvent être discutées sur le fond, lui permet de faire d’une pierre trois coups : d’abord, il restaure son image présidentielle, trouvant une posture plus classique sous la Ve République ; ensuite, il divise l’opposition, qui est fort gênée pour le critiquer alors que les socialistes eux-mêmes ont du mal à se faire une religion sur ce qu’il convient de faire en Afghanistan (retrait ou pas retrait ?) et même en Géorgie, où l’Europe, par la voix de son président en exercice, tente de peser. Le sommet des Vingt-sept convoqué par Sarkozy le 1er septembre est visiblement nécessaire pour harmoniser les réactions des différents pays de l’Union, certains étant plus hostiles que d’autres à l’ogre russe. Alors que les relations Etats-Unis-Russie se tendent, il est difficile, pour la gauche, d’affaiblir le chef du pôle européen ; enfin, Nicolas Sarkozy, en privilégiant les théâtres extérieurs, fait passer au second plan les problèmes domestiques. Nul doute qu’ils redeviendront prioritaires à plus ou moins brève échéance. Mais pour l’instant ils ne font pas la une des journaux.

La réunion du 18 août autour de François Fillon (qui améliore également sa cote ce mois-ci) a donné lieu à une âpre discussion sur la nécessité de dire la vérité aux Français sur l’état de la croissance. Christine Lagarde, échaudée par les remontrances présidentielles dès qu’elle se montre pessimiste, a plaidé pour que l’on ne révise pas les pronostics. A l’inverse, Eric Woerth a mis tout son talent de conviction pour démontrer qu’il était inutile de tergiverser. Luc Chatel a proposé que l’on annonce une perspective de révision, sans y procéder tout de suite. De loin, Nicolas Sarkozy, qui a donné le feu vert à l’idée de son Premier ministre d’organiser cette réunion (sans que l’on sache très bien si cela l’a agacé ou non), a donné pour consigne qu’il ne soit en tout cas pas question de plan de rigueur. Bilan : François Fillon arbitre en coupant la poire en deux. Il est convenu que les chiffres de la croissance seront bel et bien révisés, mais pas avant la présentation de la loi de finances fin septembre. Le temps, officiellement, d’étudier de près des statistiques affinées. Le résultat est connu d’avance : on révisera à la baisse.

Cela fait partie des points noirs de la rentrée du chef de l’Etat. Au conseil des ministres du 21 août, après un long exposé autosatisfait-et inévitablement loué par Bernard Kouchner-sur sa politique étrangère, Nicolas Sarkozy s’est mis en colère. Objet de l’ire présidentielle : l’application de la loi Tepa, dont la mise en oeuvre tarderait à cause de la mauvaise volonté des administrations concernées. On sent le président déjà soucieux de trouver des responsables si les effets attendus de cette loi-notamment la baisse des prix-se révélaient décevants. Certes, les syndicats comme les partis d’opposition apparaissent incapables de capitaliser auprès d’une opinion inquiète pour son pouvoir d’achat. Mais Sarkozy est trop fin politique pour ne pas savoir qu’il est toujours dangereux de désespérer Billancourt. Alors, il se bat aussi sur le front intérieur, espérant que la conjoncture finira par se retourner. Il veut également se rendre sur le terrain, pour garder le contact avec ce peuple qui lui sourit de nouveau un peu. Il souhaite enfin resserrer les liens avec les militants de son parti. Il va continuer à se rendre dans des réunions à huis clos de l’UMP en province. Seul souci de ce côté-là : il ne sait pas comment traiter le « cas » Devedjian. Le président peste contre sa manière de diriger le mouvement. Mais il n’a pas trouvé de solution pour régler le problème. Il estime, en revanche, que ses relations avec le président du groupe UMP de l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, ne lui causent plus de souci : « Avec lui, c’est réglé. »

Ses chouchous restent les mêmes qu’avant l’été : Brice Hortefeux, avec qui il se montre très affectueux, et Xavier Bertrand, dont il apprécie l’énergie et l’habileté. A ce duo dont il dit du bien il faut ajouter un personnage qui était déjà proche de son coeur, mais qui désormais l’épate carrément, son fils Jean : « Il est meilleur que moi ! » s’est récemment exclamé son père. Reste quelqu’un qui, dans l’intimité, joue un rôle d’influence de plus en plus important. On aura deviné qu’il s’agit de la première dame, Carla, devenue, en quelques mois, l’ombre indispensable du président à la cour comme à la ville.

Baromètre Ipsos/Le PointQuel jugement portez-vous sur l'action des personnalités politiques suivantes ?

Bertrand Delanoë

-4 %

Le maire de Paris reste la personnalité favorite des Français avec 65 % d'opinions favorables, de même que celle des socialistes, avec 82 % (-1). Celui qui est désormais officiellement candidat au poste de premier secrétaire du PS semble n'avoir rien à craindre de Ségolène Royal, qui est à son score plancher avec 35 % (-1). A surveiller, en revanche, Martine Aubry, qui se maintient à 46 % et gagne 7 points chez les sympathisants socialistes (71 %).

Xavier Darcos

+ 6 %

Le ministre de l'Education récupère l'essentiel des 7 points perdus en juillet, obtenant ainsi 33 % d'opinions favorables.

Xavier Bertrand

+ 4 %

Le ministre du Travail atteint 38 % chez les Français et grimpe de 8 points à l'UMP, où il obtient 65 % d'opinions favorables.

Roselyne Bachelot

-4 %

La ministre de la Santé, donc des hôpitaux, secteur en difficulté, perd autant chez les Français (43 %) qu'à l'UMP (65 %).

Pierre Moscovici

+ 4 %

Le député socialiste, candidat à la tête de son parti, est le seul des prétendants roses qui gagne des points chez les Français.


35 COMMENTAIRE(S)

Grand-parent

Contradictions et ego

Monday 1 September | 10:19

Les contradictions pleuvent au sein du gouvernement. Surtout de la part de certains ministres. Sur le plan économique comme aux affaires étrangères. Et le pauvre Fillon qui rame... Surtout pas de récession... Comme on le voit, la langue de bois est bien toujours vivante si la cohésion semble morte. Et pendant ce temps, les Français rament aussi. Au PS, c'est la fête de l'ego avec en filigrane cette obsédante élection présidentielle qui fausse à tel point le jeu que l'élection du N° 1 ne semble plus qu'un tremplin. Bonne rentrée à tous !

Grand-parent

Demandez le programme

Saturday 30 August | 13:12

Il faut des drames (et la guerre est le pire) pour que la nation éprouve le désir inconscient d'être protégée par le "père", même par un père peu fiable. Plus la situation internationale est grave, plus le père monte dans les sondages. C'est classique et cela a été vrai avec d'autres présidents. Ce n'est pas l'ascenseur social, c'est l'ascenseur ombilical. Pourtant, attention aux affaires strictement françaises, à l'économie, au pouvoir d'achat, aux privatisations, aux abus de toutes sortes et diverses inquiétudes terre à terre. Cela vous revient souvent dans la figure sans qu'on y prenne garde. En période creuse sur la plan international, par exemple. Avant Mai 68, ne disait-on pas que la France s'ennuyait ? A présent, les Français ont peur. Mais de quoi, au juste ? Pour y voir plus clair, demandez le programme. Il est vrai que ce programme gouvernemental pour le moins fluctuant et difficile à saisir avec ses coups à droite et ses coups à gauche ne nous éclaire guère. En réalité, j'ai bien "peur" que la peur (toujours mauvaise conseillère) ne l'emporte encore sur la réflexion.

Carolin

C'est le meilleur

Friday 29 August | 19:03

N'en déplaise à qui conque,et heureusement pour notre pays.Nous avons fait le bon choix. Les sondages n'ont aucune valeur. Il ne faut surtout pas se polariser dessus.Peut-être sont-il même manipulés par une opposition qui est à bout de souffle,pour tenter de se mobiliser en vue du prochain congrès du PS. Ceux qui doutaient commence à revenir.Encore un peu de temps et tout rentrera dans l'ordre.Une conjoncture économique plus favorable et une meilleure situation internationale devrait débloquer la situation dans laquelle nous sommes.Avec ce Président la France doit gagner,et elle gagnera,car c'est sa volonté.

WW11PC

à "arianelise" et d'autres....

Friday 29 August | 18:30

C'est drôle, votre manière de voir les choses, comme si les détracteurs de Sarkozy sur le net ne pouvaient être que des gens de gauche ! Donc d'après vous tous ceux "de droite" se rangent, comme de bons petits soldats, derrière les avis, annonces, faits et gestes de leur "chef suprême" et même "idole" pour certains ? Je ne suis pas du tout de gauche, et ça ne m'empêche absolument pas, et je ne m'en gêne pas, de critiquer Sarkozy ainsi que le Gouvernement, l'UMP, le Medef etc. toutes les fois que je l'estime nécessaire ! Et je pense ne pas être le seul dans ce cas là ! Point n'est besoin d'être, comme vous dites, "de gauche" !

croquis

A la hauteur

Friday 29 August | 17:56

Pour que Sarkozy soit à la hauteur de la tâche de président il faut mettre des échasses.

nycole72

@jojo06

Friday 29 August | 14:49

[...] Nous allions dans le mur depuis plus de vingt ans mais on ne le voyait pas... Quant au bilan, ce n'est pas encore l'heure des résultats mais de la mise en place des réformes.

nycole72

@lau

Friday 29 August | 14:42

Les sondages se font toujours avec à peu près le même nombre de sondés, mais quand ces derniers sont défavorables au président.

jojo06

@@jojo06

Friday 29 August | 13:47

Ce n'est pas de la mauvaise mais la pure réalité. Il n'y a pas que du noir bien sûr, c'est un pragmatique énergique mais l'ultralibéralisme déraisonné et non contrôlé va dans le mur et nous le voyons bien. En tous les cas, objectivement, le bilan est très médiocre sur le plan économique, social, sur la politique étrangère atlantiste et j'en passe. Cordialement.

Fabiolo

bien peu de chose

Friday 29 August | 12:13

"l'arbitre d'un conflit qui menaçait de tourner mal" Je ne voudrais pas être alarmiste, mais c'est loin d'être réglé cette histoire. Il a peut-être obtenu (enfin du moins le président de l'union européenne) un cessez-le feu provisoire et apparent, mais sur le fond ça reste très préoccupant. Entre les ruptures diplomatiques avec l'Otan et les menaces de ripostes militaires sur le bouclier anti-missile, la guerre froide n'a jamais été aussi chaude qu'en ce moment donc sarko sauveur du monde, c'est un peu précipité. Ensuite sur l'Afghanistan, apparemment il suffit de faire un peu dans l'émotion pour faire oublier les erreurs stratégiques et politiques, pauvres Français...

pommedapi

les sondages

Friday 29 August | 11:51

De temps en temps je fais des sondages sur internet et certaines fois la question posée mériterait une 3è réponse... Et utiliser les sondages comme moteur pour embellir le blason de NS avec une économie en récession et qui n'en a pas précisé les contours... Avec une politique injuste qui laisse sur le carreau les plus faibles : un appétit de pouvoir sans limites, une guerre perdue d'avance, belle journée en somme pour les naïfs du Sarko-club...

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