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Publié le 21/08/2008 N°1875 Le Point

Afghanistan - Le piège mortel des ta libans contre la France

Dix soldats français sont morts et 21 ont été blessés lundi 18 août, victimes d'une embuscade d'insurgés afghans. Un drame qui repose la question de la présence française en Afghanistan.

Jean Guisnel

«O n s'attendait à des pertes, mais là, c'est vraiment abrupt ! » Pour cet officier d'état-major, l'attaque subie par les Français en Afghanistan n'est, certes, pas une surprise. Mais si ce choc est inquiétant, soulignait mardi le chef d'état-major des armées, le général Jean-Louis Georgelin, c'est que cette opération dénote une bien meilleure capacité des insurgés afghans à conduire une attaque coordonnée, et sans compter leurs munitions. Preuve, s'il en était besoin, que leurs lignes d'approvisionnement fonctionnent, que leurs cadres ont repris la main. De fait, la section de combat de la 4e compagnie du 8e régiment parachutiste d'infanterie de marine de Castres attaquée le 18 août par les rebelles afghans aux abords d'un village dans la vallée d'Uzbeen, au nord du district de Saroubi, a laissé 31 hommes sur le terrain, dont 10 morts et 21 blessés. L'embuscade s'est produite alors qu'une section du 8e RPIMa, suivie d'une seconde section de l'armée nationale afghane, puis d'une troisième composée de soldats du régiment de marche du Tchad de Noyon, effectuait une opération de reconnaissance. Ces troupes étaient associées à des forces spéciales américaines et à un élément de contrôleurs aériens avancés, également américains, qui ont pu diriger la riposte lancée contre les assaillants par des avions A-10 Thunderbolt. Au cours des combats, un « important chef de la rébellion talibane » aurait été tué, selon le général Georgelin.

L'engagement a commencé en début d'après-midi, lorsque la section du 8e RPIMa a débarqué de ses véhicules, pour atteindre à pied un col en surplomb et surveiller la progression, sur la route en contrebas, d'une unité de reconnaissance. C'est alors qu'ils ont été attaqués, subissant immédiatement leurs pertes, avant que leurs adversaires s'en prennent à la seconde section, qui a vivement riposté. L'envoi d'une colonne de secours par le régiment de marche du Tchad a entraîné un accident de VAB (véhicule de l'avant blindé), causant la mort d'un soldat. Un légionnaire du 2e régiment étranger parachutiste de Calvi, infirmier de la section prise à partie, a également trouvé la mort. Les combats n'ont cessé que vers 2 heures du matin, après que les hélicoptères Caracal français ont pu embarquer les morts et les blessés. Ces derniers se trouvaient tous mardi « stabilisés », selon le ministre de la Défense, Hervé Morin. Onze d'entre eux, les plus gravement touchés, devaient rentrer en France, mercredi matin, à bord de l'avion sanitaire « Morphée », et être admis dans les hôpitaux militaires parisiens.

Installées dans une base opérationnelle à 40 kilomètres à l'est de la capitale afghane, les troupes françaises appartenaient au bataillon français (Batfra) du « commandement région capitale » de Kaboul, l'une des cinq régions de l'opération menée en Afghanistan par l'Otan. Ce commandement de Kaboul est dirigé, à tour de rôle, par les Italiens, les Turcs et les Français. C'est le 8 août que le général français Michel Stollsteiner avait pris ses fonctions, pour un an. L'objectif essentiel de ce mandat consiste à transférer à terme l'entière responsabilité de la sécurité de la région aux forces afghanes. Manière de démontrer que la France n'entend pas s'enliser, et qu'elle n'a aucune vocation à rester éternellement sur place. La France avait été sollicitée avec insistance par l'Otan pour renforcer sa présence de manière significative. Après avoir beaucoup balancé, et entendu les réserves des militaires, Sarkozy avait officialisé l'acheminement de renforts lors du sommet de l'Otan de Bucarest, en avril 2008. Cette consolidation s'est notamment traduite par l'envoi au cours de l'été de 700 hommes supplémentaires dans la Kapissa, région située au nord-est de Kaboul. L'Otan aurait préféré que les Français soient déployés dans le sud du pays, beaucoup plus instable, mais l'état-major français s'était montré très réticent en raison de l'élongation logistique que ce déploiement aurait nécessité.

Dès mardi après-midi, l'Elysée introduisait le communiqué annonçant le bilan de cet affrontement, et le départ de Nicolas Sarkozy pour Kaboul, par la formule : « Dans son combat contre le terrorisme, la France vient d'être durement touchée. » Quelques heures plus tard, c'est le ministre de la Défense qui insistait sur la « détermination intacte », le « combat nécessaire » et la « cause juste » qui a conduit les soldats français sous ces cieux hostiles : « Nous luttons contre le terrorisme qui menace notre démocratie. » En avril 2007, et afin de contribuer à la libération de deux humanitaires français présentés comme des employés d'une ONG alors qu'ils étaient des agents du gouvernement français, le candidat Sarkozy avait déclaré que la présence à long terme des troupes françaises en Afghanistan ne lui « semblait pas décisive ». Après l'annonce de l'envoi de renforts français dans le pays, le porte-parole des talibans, Zabihulla Mujahed, avait déclaré en avril dernier : « Il semble qu'il ait oublié sa promesse . » La menace n'était pas seulement verbale... §


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