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Publié le 01/12/2008 à 18:49 - Modifié le 01/12/2008 à 20:04 AFP

La Suisse cultive sa différence en légalisant la prescription d'héroïne

Par Samuel GARDAZ

La Suisse cultive sa différence en légalisant la prescription d'héroïne

La Suisse, longtemps considérée par certains comme laxiste pour sa politique en matière de drogue, comme une pionnière par d'autres, a une nouvelle fois marqué sa différence en légalisant dimanche la prescription d'héroïne pour les personnes les plus dépendantes.

La Suisse, longtemps considérée par certains comme laxiste pour sa politique en matière de drogue, comme une pionnière par d'autres, a une nouvelle fois marqué sa différence en légalisant dimanche la prescription d'héroïne pour les personnes les plus dépendantes.

Par 68% des voix et à l'unanimité des 26 cantons, les Suisses ont approuvé la nouvelle loi sur les stupéfiants, qui prévoit notamment la possibilité de prescrire de l'héroïne dans le cadre de programmes thérapeutiques strictement encadrés.

Le vote de dimanche donne désormais force de loi aux dispositions déjà en place depuis les années 1990, mais qui n'étaient régies que par des ordonnances gouvernementales reconduites périodiquement.

Quelque 1.300 personnes bénéficient déjà dans ce cadre de prescriptions d'héroïne, selon les professionnels de la santé sollicités par l'AFP.

"Les Suisses ont pu se prononcer sur des résultats et non sur un projet", s'est réjoui Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d'Etude des addictions (Grea) et coordinateur de la campagne en faveur de la nouvelle loi.

Pour M. Savary, "la population a pleinement pris conscience des effets positifs de la politique" mise en oeuvre. Selon lui, celle-ci a permis de faire disparaître les espaces publics situés en plein coeur des villes et livrés au trafic et à la consommation de drogue, de mettre fin à l'épidémie de sida parmi les toxicomanes, et de faire chuter "de plus de 90%" la petite délinquance liée à la drogue.

De façon assez significative, la nouvelle loi a été plébiscitée à Bâle (76,4%), Zurich (72,3%) et Berne (69,3%), dont les quartiers livrés au trafic de drogue et à la toxicomanie avaient défrayé la chronique dans les années 1990 et donné de la Suisse une image de laxisme.

En 1999 déjà, les Suisses avaient accepté une première fois par 54,3% des voix la prescription d'héroïne dans le cadre d'essais médicaux alors très controversés, mais dix cantons s'y étaient alors opposés.

Pour les opposants à la nouvelle loi, celle-ci ouvre la porte à la prescription d'autres substances que la seule héroïne et à une plus grande tolérance aux autres drogues.

Cependant, le refus des Suisses, également dimanche, de dépénaliser la consommation du cannabis "montre que le peuple ne veut pas non plus de la libéralisation pour les consommateurs de drogue", a déclaré le député libéral Claude Ruey.

"Malgré notre soi-disant laxisme, le nombre d'overdoses a été réduit d'environ 50%", a noté pour sa part Barbara Broers, spécialiste des addictions aux Hôpitaux universitaires de Genève.

"Le modèle suisse en matière de drogue est repris dans beaucoup de pays, même si les applications sont différentes", a-t-elle observé.

Cette analyse est partagée par Jean-Felix Savary, pour qui on assiste depuis plusieurs années dans le monde entier à une "convergence des politiques vers le modèle suisse". Selon lui, l'adoption de cette nouvelle loi "envoie un signal fort aux pays alentour, et au-delà".

La satisfaction affichée par les défenseurs de la nouvelle loi se double toutefois d'une sérieuse inquiétude sur les évolutions de l'addiction.

Si le trafic et la consommation d'héroïne sont en baisse en Suisse, "le problème de la drogue est loin d'être résolu" pour Barbara Broers qui relève une sorte d'"anachronisme" concernant l'héroïne, au vu de la hausse vertigineuse de l'usage de la cocaïne... "sans parler de l'alcool chez les jeunes".


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