Rien ne va plus au pays du sourire. "Pour sa propre sécurité", le Premier ministre thaïlandais Somchai Wongsawat a décidé de rester "indéfiniment" réfugié à Chiang Mai, dans le nord du pays, en raison de "tensions" avec l'armée et alors que, dans les aéroports occupés à Bangkok, des opposants au pouvoir de l'Alliance du peuple pour la démocratie (PAD) ont juré de lutter "jusqu'à la mort" si la police intervenait. "Il n'a pas prévu de retourner à Bangkok", a affirmé un porte-parole gouvernemental.
Des soupçons subsistent bien que l'armée ait démenti jeudi l'imminence d'un nouveau coup d'État, assurant qu'elle n'avait pas l'intention de s'emparer du pouvoir, comme elle l'avait fait en septembre 2006. La veille, elle avait en revanche appelé à la tenue d'élections anticipées. Quant aux manifestants antigouvernementaux qui bloquent les deux aéroports de Bangkok, un de leurs leaders, Somsak Kosaisuk, les a exhortés à se battre "jusqu'à la mort" si la police essayait de les disperser. "Nous ne nous rendrons pas, nous sommes prêts", a-t-il ajouté à l'adresse de ses partisans à l'aéroport Don Mueang.
Les touristes piégés commencent à quitter le pays
Mercredi soir, le Premier ministre, qui était au début de la semaine à l'étranger, avait été contraint d'atterrir à Chiang Mai. Jeudi soir, il a proclamé l'état d'urgence autour des aéroports Suvarnabhumi (vols internationaux) et Don Mueang (vols intérieurs), conférant des pouvoirs étendus aux forces de sécurité pour rétablir l'ordre. Aucun avion commercial ne peut atteindre la capitale thaïlandaise, mais les autorités ont permis, jeudi, à des compagnies aériennes d'utiliser la base militaire d'U-Tapao, située au sud-est de Bangkok, pour des vols prioritaires.
Des touristes, qui s'étaient retrouvés piégés en Thaïlande depuis mardi, ont ainsi commencé à quitter le pays au compte-gouttes. "Hier, il y a eu environ 20 vols, parce que la plupart des compagnies aériennes ne savaient pas qu'U-Tapao avait été ouverte. Aujourd'hui (vendredi), environ 40 vols vont arriver et partir d'U-Tapao", a expliqué un responsable du département de l'aviation civile thaïlandaise. Les pertes occasionnées par la fermeture de l'aéroport international de Bangkok ont été évaluées à près de trois milliards de dollars.
"Ni violence, ni victimes"
Sans fixer de "date limite", le Premier ministre thaïlandais a répété vendredi que des négociations étaient en cours avec ceux qui contestent le régime et contrôlent les deux aéroports, promettant que tout serait fait pour éviter une confrontation. "Le gouvernement ne veut causer ni violence ni victimes", a déclaré Somchai Wongsawat à des journalistes. Le commandant de la police métropolitaine de Bangkok, le général Suchart Mueankaeo, a indiqué pour sa part que le Premier ministre lui avait donné pour instruction de gérer la crise avec prudence et d'éviter une confrontation. Quant au chef de la police nationale thaïlandaise, le général Patcharawat Wongsuwan, il a été limogé par le Premier ministre vendredi et remplacé par le général Prateep Tanprasert, sans qu'aucune raison n'ait été évoquée.
Outre les deux aéroports, les manifestants, regroupés au sein d'une coalition d'obédience nationaliste et royaliste qui se fait appeler "Alliance du peuple pour la démocratie", occupent le siège officiel du gouvernement à Bangkok depuis le 26 août.
L'actuel Premier ministre, qui a jusqu'à ce jour exclu la démission de son gouvernement "élu démocratiquement", est le beau-frère du dirigeant déchu Thaksin Shinawatra, renversé en 2006 par l'armée après avoir gouverné la Thaïlande pendant plus de cinq ans. Il vit aujourd'hui en exil, mais ses lieutenants sont revenus au pouvoir à la faveur des législatives de décembre 2007, premières élections depuis le putsch de l'année précédente. Ses opposants du PAD disposent de puissants soutiens dans l'armée, parmi les juges et au palais royal, selon la presse. Fondée en février 2006, la PAD avait d'ailleurs largement contribué, par des manifestations à Bangkok, à déstabiliser Thaksin Shinawatra avant son renversement. Le clan Shinawatra est originaire de la région de Chiang Mai, là même où Somchai Wongsawat s'est réfugié en ces heures troubles.