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Publié le 01/12/2008 à 19:40 Reuters

Bombay pour torpiller un rapprochement Inde-Pakistan ?

Bombay pour torpiller un rapprochement Inde-Pakistan ?

Aux abords de l'hôtel Taj Mahal, à Bombay. La meurtrière série d'attaques coordonnées à Bombay visait semble-t-il à empoisonner le climat entre l'Inde et le Pakistan afin de faire diversion à un moment où les autorités d'Islamabad sont à la croisée de chemins. /Photo prise le 1er décembre 2008/REUTERS/Jayanta Shaw

La meurtrière série d'attaques coordonnées à Bombay visait semble-t-il à empoisonner le climat entre l'Inde et le Pakistan afin de faire diversion à un moment où les autorités d'Islamabad sont à la croisée de chemins.

Le Pakistan est en effet engagé dans un processus de paix avec son traditionnel rival oriental et ses forces semblaient avoir décidé de s'attaquer à bras le corps à Al Qaïda et ses alliés à sa frontière occidentale avec l'Afghanistan, sous la pression des Etats-Unis.

"Cela s'est produit à un moment où le nouveau gouvernement civil du Pakistan ne tendait pas seulement la main à l'Inde mais encore prenait des mesures extrêmement significatives", souligne Samina Ahmed, directeur du projet Asie du Sud à International Crisis Group.

On ignore le degré d'implication pakistanaise dans cet épisode qui a coûté la vie à 183 personnes et fait près de 300 blessés. Mais Samina Ahmed juge que "les groupes djihadistes et leurs parrains au Pakistan" ont dû penser "ça passe ou ça casse".

Une crise avec l'Inde est de nature à faire les affaires de ces 'faucons' de l'armée et de la bureaucratie pakistanaises mécontents d'une alliance avec Washington qui amène les forces nationales à combattre leurs propres compatriotes dans les zones tribales du nord-ouest et ailleurs.

Provoquer des troubles avec l'Inde, selon les analystes, donnerait au Pakistan un prétexte pour se dissocier de cette impopulaire "guerre contre le terrorisme" et faire comprendre aux Etats-Unis les craintes nourries par Islamabad d'être 'pris en sandwich' entre l'Inde et l'Afghanistan.

'AFFRONT À LA FIERTÉ INDIENNE'

Les sonnettes d'alarme n'ont pas manqué de se déclencher à Washington. La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice est attendue en Inde mercredi pour tenter de désamorcer une crise qui pourrait avoir des répercussions bien au-delà du sous-continent.

L'Inde a attribué les attaques de Bombay à des "éléments" venus du Pakistan, lequel se défend en réclamant à l'Inde des preuves de ce qu'elle avance et en lui conseillant de ne pas exclure la piste possible de musulmans indiens.

Dans le même temps, le Pakistan est soumis à la pression d'Al Qaïda et des mouvements islamistes dont les attaques, y compris contre l'armée et l'ISI (les services de renseignement militaires pakistanais) se sont multipliées ces deux dernières années face aux efforts des autorités d'Islamabad de les mettre au pas. Un attentat au camion piégé à fait 55 morts en septembre à l'hôtel Marriott, en plein coeur d'Islamabad.

Quelques jours seulement avant les attaques de la semaine dernière, le président Asif Ali Zardari a laissé entrevoir son souci de conciliation vis-à-vis de l'Inde en se déclarant favorable à un pacte par lequel chacun des deux pays s'engagerait à ne pas utiliser le premier l'arme nucléaire.

Mais le Premier ministre indien Manmohan Singh, qui affrontera les urnes l'an prochain, est lui aussi soumis à des pressions des 'faucons' de l'establishment indien qui veut le voir réagir avec la plus grande fermeté à l''affront fait à la fierté indienne' par une poignée de jeunes islamistes armés.

Zardari n'a pas exclu que les islamistes lancent aussi dans son pays une sorte de "11-Septembre local" au moment où le nouveau gouvernement civil se lance dans une fragile transition vers la démocratie après plus de huit ans de régime militaire.

"RÉPÉTITION DE L'HISTOIRE"

Auteur d'un ouvrage sur le Pakistan intitulé "Dérive vers le chaos", Ahmed Rachid ne croit pas en l'implication à Bombay de l'Etat ou de ses institutions mais à celle d'agents de l'ombre que l'armée utilise pour aider les taliban afghans dans l'espoir de retrouver un jour son influence perdue à Kaboul.

A ses yeux, Al Qaïda et les taliban ont cherché à provoquer une diversion et desserrer l'étau au moment où l'armée pakistanaise et la multiplication des raids aériens américains lancés d'Afghanistan mettent les combattants islamistes sur la défensive.

Selon Ahmed Rachid, l'attaque du siège du parlement indien par des éléments des Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammad, qui avait déjà amené en 2001 l'Inde et le Pakistan au bord d'une quatrième guerre, visait les mêmes objectifs.

Les faucons de l'entourage de l'ancien président Musharraf estiment que la "guerre contre le terrorisme" dans laquelle les Etats-Unis sous la houlette de George Bush ont embarqué le Pakistan les a conduits à se laisser enfermer dans un piège.

Samina Ahmed rappelle que les renversements successifs de deux Premiers ministres civils, Benazir Bhutto, en 1990, et, Nawaz Sharif en 1999, ont coïncidé avec leurs efforts pour se réconcilier avec l'adversaire régional indien.

Depuis l'élection du nouveau gouvernement civil pakistanais, en mars, diverses actions anti-indiennes ont été relevées, dont un attentat contre l'ambassade d'Inde à Kaboul, attribué de sources américaines à des éléments liés à des agents pakistanais.

"Allons nous assister à une répétition de l'histoire?" s'interroge Samina Ahmed.

Version française Marc Delteil


1 COMMENTAIRE(S)

tiopere

Complicité

Monday 1 December | 19:41

Face aux actes barbares perpétrés par des Islamistes, j'ai attendu, telle soeur Anne, sinon une condamnation du moins une reprobation de la part d'autorités musulmanes, si promptes à bombarder de fatwas incendiaires toute personne émettant la moindre critique ou supposée telle à l'égard des Musulmans. Mais rien comme d'habitude, Al-ahzar est totalement muette. Le mot de complicité me vient donc à l'esprit.

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