Publié le 06/11/2008 à 10:58 Le Point.fr
par Jean Guisnel
Alors que pléthore d'ouvrages sont parus cette année à l'occasion du quatre-vingt-dixième anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918, celui-ci est un cas à part. Les auteurs ont en effet choisi de s'intéresser à l'année qui s'écoule entre juillet 1918 et juin 1919. Dans une démarche originale, ils ont puisé dans les archives des documents ayant directement trait aux combats, mais aussi des sources plus intimes : journaux personnels, correspondances de militaires...
L'ensemble du livre est abondamment illustré de documents à l'intérêt crucial, comme ce télégramme du 20 juillet qui commence par ces mots : "Primo - L'ennemi abandonne la rive sud de la Marne." Les auteurs n'oublient pas d'accorder toute l'importance qu'il mérite au décryptage du code allemand par un jeune officier polytechnicien, Georges Painvain. Son succès inespéré a permis à l'état-major français de connaître les plans d'offensive allemands vers Paris - l'attaque se produira le 15 juillet - et de préparer la contre-offensive du 18 juillet, qui mènera à la victoire. Les Alliés volent au-devant d'elle, nous a-t-on toujours expliqué. Les historiens préfaciers, le Français Stéphane Audoin-Rouzeau et l'Allemand Gerd Krumeich, rappellent que cette vision est contestée depuis les origines en Allemagne. On y considère le plus souvent qu'elle était pour sa part condamnée à la défaite, bien mal évitée par des offensives inconsidérées, conduites par des soldats à bout de force.
Les massacres à l'échelle industrielle appartiennent désormais à l'histoire
L'"étrange victoire" de 1918 ne doit pas non plus faire oublier que c'est sur elle que s'est bâtie de l'autre côté du Rhin la montée de l'hitlérisme, nourri de l'humiliation de la défaite et des conditions terribles imposées par les Alliés aux vaincus, lors du traité de Versailles. C'est tout le mérite de cet ouvrage de ne point se contenter de copies de bulletins de victoire... Des centaines de documents illustrent les visions de la population, comme cet étonnant journal intime qu'écrit la jeune Lyonnaise Louise Weill, qui balance, en un saisissant parallèle, entre le récit de sa vie de lycéenne et ses commentaires quotidiens sur l'évolution de la guerre. Musiques, journaux, cartes géographiques, feuilles de chou des tranchées cohabitent intelligemment avec les exigences en matière de "récupération de cheptel", symptôme de la difficulté du retour à la paix. Nos contemporains ayant connu la guerre de 14-18 ne sont plus si nombreux, et le dernier des poilus vient de s'éteindre.
Pour autant, les réflexions sur la fin des commémorations de l'armistice du 11 novembre 1918, et leur remplacement par une célébration de la concorde européenne, ne semblent pas avoir encore suffisamment mûri pour nourrir un débat serein. Ce bel ouvrage richement illustré et rédigé par d'excellents spécialistes permettra à tout le moins de rappeler que les horreurs des guerres civiles européennes, qui avaient conduit à des massacres à l'échelle industrielle, appartiennent désormais à l'histoire.
L'Étrange Victoire , Frédéric Guelton et Gilles Kugler (dir.), préface de Stéphane-Audoin-Rouzeau et Gerd Krumeich, postface de Claude Duneton, Textuel, 187 pages, 39 euros, ISBN : 9782845972988
kkk
Plus jamais çà !
Saturday 13 December | 21:21
Evidence même, l'économie avant la politique.
chanoine
L'Allemagne paiera !
Thursday 4 December | 14:32
Frédéric n'a pas tort. Il faut comprendre le désir des politiques Français de l'époque de voir l'Allemagne condamnée à de lourds dommages de guerre. Les destructions monstrueuses et souvent gratuites dont les armées allemandes se sont rendues coupables sont innombrables, à hauteur du désir de réparation. La grande erreur, due semblent-il à Wilson, est de ne pas avoir poursuivi et battu en rase campagne, chez elle, l'armée allemande, ce qui a nourri pendant des années la théorie du complot et de la trahison, d'où ce désir de revanche des Allemands, attisé par ce qu'ils ont appelé " le diktat de Versailles". La Reichswehr battue chez elle, sur son sol, comme le voulaient les chefs militaires alliés et Clemenceau, aurait eu le mérite de la clarté vis-à-vis de la population allemande. C'était tout à fait possible sur le plan militaire, il fallait franchir le Rhin, absolument !
Atikin
Plus jamais ça ?
Tuesday 18 November | 12:44
La guerre de 14/18 aurait dû servir de leçon... aux politiques. D'où la 2e guerre mondiale. Mais alors... la leçon est venue de l'Amérique. Le plan Marshal : Aider l'ennemi de se relever. Et un homme de bon sens : Monet, avec son plan "charbon/acier" qui formule une évidence... l'économie avant "la politique" des politiciens.
rougetdemontaigu
Maréchal nous voila
Monday 17 November | 15:14
Et pourtant tous ces chefs de guerre lors de la première guerre 1914-18 étaient des chrétiens, et avaient été baptisés à leurs naissance [...] quelle honte d'avoir fait massacrer des millions de petites gens des deux côtés. le vatican devrait en prendre note.
charlot 81
Il n'y a pas de grands massacres ?
Saturday 15 November | 12:02
Oui, mais aujourd'hui, les "petits massacres" comme en Afghanistan dernièrement, s'agissant de nos dix soldats, prennent une toute autre dimension que ceux qui en 14/18, ont fait des centaines de milliers de morts. En regardant autour de nous, de nos jours, l'actualité nous montre que les grands massacres sont ceux des civils (Darfour, Rwanda, RDC, etc., malheureusement).
frédéric
Humiliations ''terribles'' ? Non
Wednesday 12 November | 22:39
Franchement, celle que l'Allemagne a imposé à la Russie lors du traité de paix de Brest-Litovsk en mars 1918 étaient bien humiliantes. Si les Alliés avaient contraint l'Allemagne des années 1930 à respecter ses engagements, il n'y aurait pas eu de seconde guerre mondiale.
DU BETON
Massacres à l'échelle industrielle
Wednesday 12 November | 17:38
Appartiennent désormais à l'histoire. En Europe ? Là, je ne comprends pas : il y a une quinzaine d'années, il s'est passé quoi en Bosnie et en Croatie ? Je crois que l'on s'inspirait des méthodes nazis : 200.000 morts environ à une heure de Paris. L'échelle industrielle et systématique ça continue mais il est vrai pas en Europe (Rwanda, Kiwu, Darfour...)
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