Publié le 01/12/2008 à 19:52 - Modifié le 01/12/2008 à 20:43 Le Point.fr

Sarkozy comprend l'émoi suscité par l'affaire de Filippis

Par Emmanuel Berretta (avec AFP)

Sarkozy comprend l'émoi suscité par l'affaire de Filippis

Nicolas Sarkozy "comprend l'émoi suscité par les conditions d'exécution d'un mandat de justice à l'occasion d'une affaire de diffamation", a fait savoir l'Elysée dans un communiqué © SIPA

Nicolas Sarkozy est intervenu, aujourd'hui, pour exprimer sa position dans l'affaire de Vittorio de Filippis (du nom de ce journaliste interpellé pour un délit présumé de diffamation). "Le président de la République comprend l'émoi suscité par les conditions d'exécution d'un mandat de justice à l'occasion d'une affaire de diffamation", a fait savoir l'Élysée dans un communiqué. Le chef de l'État rappelle qu'il a confié une mission à Philippe Léger (avocat général à la Cour de justice des Communautés européennes) afin de travailler à la définition d'une procédure pénale modernisée et plus respectueuse des droits et de la dignité des personnes. Enfin, Nicolas Sarkozy promet un texte de loi au Parlement début 2009. Une réaction qui satisfait Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération .

De son côté, le président de la cour d'appel de Paris, Jean-Claude Magendie, a ordonné l'ouverture d'une enquête interne après l'arrestation controversée de Vittorio de Filippis. Selon lui, les policiers l'ont insulté, menotté, fouillé à corps... Le rapport des trois policiers ayant procédé, vendredi, à l'interpellation diverge de la version relatée par Libération . Les gardiens de la paix (une lieutenante et deux gardiens de la paix) affirment être restés "courtois" et "patients" avec l'homme de presse. Ils affirment ne pas avoir menotté Vittorio de Filippis entre son domicile et le commissariat de Raincy où il fut conduit, mais seulement entre le commissariat et le palais de justice. Les policiers écrivent que l'ex-directeur de la publication de Libération , "nerveux et agité", a tenu à leur égard des "propos méprisants". Un gardien de la paix affirme avoir été quelque peu "provoqué physiquement" par Vittorio de Filippis qui, a-t-il dit, "venait à [son] contact".


Rachida Dati défend une procédure "régulière"


Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, et Rachida Dati, ministre de la Justice, ont défendu lundi une procédure "régulière". Cette dernière a précisé : "Ni le gouvernement ni le parquet ne sont à l'initiative de cette interpellation." Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, demande que toute la lumière soit faite. Dès samedi, l'UMP et le Parti socialiste ont demandé qu'une enquête soit ouverte. Le syndicat Alliance (second syndicat des gardiens de la paix) a apporté son soutien aux gardiens de la paix.


La plainte pour diffamation émane de Xavier Niel, patron de Free. "Nous avons déjà gagné deux procès contre Xavier Niel", indique Laurent Joffrin. Dans cette troisième procédure, la convocation de Vittorio de Filippis ne lui est pas parvenue. D'où l'impatience de la juge, Murie Josie, qui a délivré un mandat d'amener à son encontre. Où sont passées les convocations ? À quelle adresse ont-elles été envoyées ? La lumière reste à établir sur ce point.


Lire aussi :

Affaire de Filippis : interpellation musclée et indignation générale



40 COMMENTAIRE(S)

un être

Conscience

Saturday 6 December | 10:15

L'émoi soulevé par l'arrestation du journaliste de Libération a fait reculer Sarkozy. Les protestations unanimes qu'a provoqué la proposition de Dati d'incarcérer des enfants de 12 ans, a fait plier Fillon. Au fait le gouvernement joue une partition. Chacun a un rôle. Leur politique va dépendre, aussi, du degré de notre conscience et du degré de notre vigilance.

lorrain44

Arrestation

Thursday 4 December | 17:55

De telles méthodes des policiers sont "légion". L'obligation de chiffres ne stoppera pas ces types de comportement. N. Sarkozy s'émeut...! Qui ose croire une telle affirmation.

Terrefroide

@ Abner de Sabatier

Tuesday 2 December | 22:10

Sur la liberté de la presse en France, je suis en total accord avec vous. Et vos propos n'avaient rien de désobligeant.

Abner de Sabatier

@Terrefroide et la presse muselée

Tuesday 2 December | 14:33

Il n'était pas dans mon propos d'être désobligeant, mais entendre que la liberté de la presse [est muselée], et cela des médias mêmes, me rend fou. Je sais ce qu'est une presse muselée pour l'avoir vécu de longues années. Alors si notre presse, je parle de la presse française, est muselée, alors vive la presse muselée. N'est-ce pas Marianne, Libération, Charlie-Hebdo, L'Humanité, etc. ?

Terrefroide

@ Abner de Sabatier

Tuesday 2 December | 12:48

Je n'étais pas à Moscou en 1936 mais en Roumanie en 1975. Je voulais simplement signaler que de telles méthodes pour une affaire banale sont indignes de la France et cela sans exonérer ce journaliste, dont j'ignore tout, de ses responsabilités. Nous avons tendance dans ce pays à donner des leçons au monde entier, commençons par balayer devant notre porte. Je précise que je ne suis pas du tout de gauche et que je n'ai jamais imaginé Cuba comme un paradis. Ma réaction aurait été la même quelle que soit la personne ainsi traitée. Je voulais aussi rappeler que la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen a théoriquement un sens chez nous, y compris pour la justice et les forces de l'ordre.

marie

Aller plus loin

Tuesday 2 December | 10:51

Sarkozy doit aller plus loin. Cette affaire est symptomatique des délires actuels de notre système répressif et judiciaire. Je suis fatigué de ces dérapages en série, car une vraie démocratie ne se comporte pas de la sorte.

Abner de Sabatier

@chadamm et l'enquête

Tuesday 2 December | 10:19

Comme la gauche qui a totalement noyauté le milieu médiatique.

Karimy

Démocratie en danger ?

Tuesday 2 December | 10:09

C'est en effet une démocratie en danger que je reconnais parfaitement dans l'affaire Vittorio de Filippis. Moi-même j'ai été victime de traitements semblables, voire pires, pour avoir osé demander le Renvoi de mes affaires à un tribunal neutre et impartial, en application de l'article 662 du code de procédure pénale, alors même que ceci est prévu par la Loi. Je suis actuellement en train de préparer un livre qui mettra en cause ce type d'atteintes à la liberté individuelle, à la dignité humaine, mais aussi bien d'autres, par le Parquet d'un tribunal qui était lui même mis en cause. Il est bien évident que de tels actes venant de la part de magistrats, ne visent qu'à "intimider" le justiciable pour empêcher la révélation de certains faits gênants pour des "autorités" ou "personnalités importantes"... Dans mon affaire, c'est le cas pour des administrateurs locaux ainsi que des magistrats eux-mêmes. L'affaire Vittorio de Filippis s'inscrit dans un esprit de seigneurie dominante d'une justice régalienne qui n'a d'autre intérêt que de servir des esprits mafieux, dirais-je, des taupes, qui utilisent leur « fonction » pour arriver à des fins personnelles... Il s'agit donc là, de fautes « personnelles » commises dans l'exercice de la « fonction ». Je serais heureux de pourvoir apporter un peu d'eau au moulin, par d'importants témoignages en la matière permettant de mettre en évidence des pratiques ignobles et ainsi contribuer à démontrer la nécessité de responsabiliser la magistrature, dans l'intérêt des droits de l'homme. J'ai ce qu'il faut en matière de preuves irréfutables.

Drakkar

Petite leçon

Tuesday 2 December | 10:03

Et s'il s'agissait tout simplement d'une petite leçon qu'un juge voulait donner, en toute légalité bien sûr, à un journaliste ? La loi est la même pour tous, y compris les journalistes. Ce monsieur, s'il avait répondu aux convocations, n'aurait pas subi ce traitement "humiliant et honteux" qui n'est jamais que la procédure habituellement appliquée à tous les autres en de telles circontances. Il pourra toujours écrire un bouquin.

chaadm

Enquète

Tuesday 2 December | 09:39

En regardant de près toutes ces affaires, de Filippis, les terroristes de Tarnac, la volonté d'envoyer les enfants de 12 ans en prison, de dépister le gène de la racaillerie dès 3 ans, de torpiller le service public de l'audiovisuel, etc., je me dis que les juges antiterroristes devraient lancer une enquête sur un complot de l'ultra droite qui a entièrement noyauté l'appareil d'état.

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