Publié le 20/11/2008 à 15:14 - Modifié le 20/11/2008 à 16:27 Le Point.fr

France Inter - Nicolas Demorand : "J'aime les interviews à tension dramatique"

Par Emmanuel Berretta

France Inter - Nicolas Demorand :

Nicolas Demorand © Radio France / Christophe Abramowitz

La station publique, troisième radio nationale, parvient à passer devant toutes ses concurrentes dans les carrefours stratégiques de l'information : de 8 heures à 8 h 30, de 13 heures à 13 h 30 et de 19 heures à 20 heures. Entretien avec sa voix du matin depuis trois saisons : Nicolas Demorand.

Lepoint.fr : France Inter domine les trois rendez-vous clés de l'info. À quoi est dû ce bon résultat, selon vous ?

Nicolas Demorand : Dans le paysage radiophonique de la rentrée, nous étions la seule station généraliste à s'inscrire dans la continuité des saisons précédentes. La radio est un média de rendez-vous, d'habitude, ce facteur technique ne peut pas être négligé. Ensuite, j'y vois la validation de l'identité de France Inter qui propose vraiment une hiérarchisation de l'information différente dans le journal de 8 heures de Fabrice Drouelle. Chez nous, la place accordée aux faits divers est moindre, celle accordée à l'information étrangère est plus importante. Quand on apprend que 100.000 permis de conduire ont été supprimés en 2008, l'information ne prend pas plus de place que cette phrase. Même la voix de Fabrice Drouelle n'est pas une voix classique de radio. Même chose pour son écriture très particulière. Bref, on touche les dividendes d'une réforme engagée il y a trois ans et qu'on ne cesse d'affiner, notamment dans la tranche qui précède, de 7 h 30 à 8 heures, avec les chroniques humoristiques de Stéphane Guillon, de Caroline Cartier dont la chronique est uniquement composée de "sons"...

Lepoint.fr : France Inter est souvent perçue comme une radio de gauche. Avez-vous tenté, à votre place, de rectifier le tir ?

N. D. : Certes, les études ont montré que notre auditoire était sociologiquement plutôt à gauche. Mais moi, je ne travaille pas dans ce cadre-là. On reçoit tout le monde et on informe les gens de manière pluraliste de façon normale. Je m'affranchis totalement des considérations d'ordre partisanes et je n'instrumentalise pas l'antenne au service d'un camp plutôt que l'autre. La ligne éditoriale de France Inter, c'est de déranger les habitudes de pensées, quelles qu'elles soient. Et ceci, dans tous les domaines. C'est valable en politique, en littérature, etc.

Lepoint.fr : Depuis la rentrée, quel est l'homme politique que vous avez pris le plus de plaisir à interviewer ?

N. D. : J'ai eu un très bon moment avec Jean-François Copé parce qu'il a cette manière de renvoyer la balle, de nous bousculer, nous, les journalistes, dans notre façon de travailler. Olivier Besancenot, Nicolas Sarkozy ou encore Brice Hortefeux sont pareils. Je ne suis pas de ceux qui sanctifient le métier de journaliste. Et j'aime assez ces entretiens tendus, le mot tension étant à prendre dans le sens d'une tension dramatique.

Lepoint.fr : Vous êtes normalien. Vous auriez pu faire bien d'autres métiers, pourquoi la radio ?

N. D. : Je vais vous donner une réponse de midinette : parce que j'aime ça. Chez mes parents, il y avait des radios partout. Mes souvenirs d'enfance en sont peuplés. Et puis, il y a dix ans, je faisais partie de ces normaliens qui s'interrogeaient sur l'utilité sociale de la recherche universitaire. J'ai grandi dans la société des médias et je suis aussi quelqu'un de ce temps-là. Je n'ai pas le sentiment de déchoir en m'asseyant dans un canapé pour regarder la télévision. France Culture où j'ai débuté m'offrait une bonne liaison entre le monde universitaire et celui de la radio. Finalement, j'ai abandonné la recherche, mais je n'ai pas abandonné ses valeurs. J'ai simplement changé de mode d'expression. Déjà, à France Culture, il n'était pas question pour moi de faire de la radio uniquement audible par les bacs + 12.

Lepoint.fr : Vous avez failli animer une émission culturelle sur France 2 à la rentrée. Les négociations ont échoué. Avec le recul, est-ce qu'on peut dire aujourd'hui la vérité sur ce qui s'est passé entre vous, Patrice Duhamel et votre producteur pressenti, Serge Moati ?

N. D. : Cette histoire est derrière moi. Les choses ne se sont pas faites. Ça n'existe plus. Et je suis très heureux sur I-Télé.

Lepoint.fr : J'insiste. Qu'est-ce qui vous gêne ? Le fait d'apparaître comme quelqu'un qui aspire à gagner de l'argent en rapport avec son talent ?

N. D. : Je récuse chaque mot de votre question. Venez faire un tour chez moi et vous verrez mes conditions de vie.

Lepoint.fr : Cette histoire n'est peut-être pas terminée puisqu'en septembre, Patrice Duhamel vous a invité à déjeuner. Avez-vous de nouveau un projet d'émission avec France 2 ?

N. D. : Non, non, je suis très heureux à la radio et sur I-Télé le soir.

Lepoint.fr : Vous vous levez aux aurores pour France Inter, vous êtes encore d'attaque le soir sur I-Télé. Comment faites-vous pour tenir le choc ?


N. D. : Je ne prends aucune substance illégale (sourire). En sept ans de radio, j'ai appris à être gestionnaire de mon temps de sommeil. Je me couche tôt et cette année, je m'accorde une "grasse matinée" jusqu'à 4 h 15 du matin (sourire).


7 COMMENTAIRE(S)

tivoli

France Inter de gauche ?

Saturday 22 November | 23:50

Non... Je ne l'avais pas remarqué ! [...]

mike

Essayer la différence

Friday 21 November | 13:39

A tout ceux qui trouve que Demorand est planplan, vous devriez essayer Elkabach sur Europe. Ca c'est de l'interview non partisane.

poulon

France Inter domine l'info ?

Thursday 20 November | 20:09

Serai-je donc un des rares (et pourtant, j'en connais d'autres) à avoir finalement décidé d'éteindre ma radio le matin pour lui préférer Internet (Google actualités) ? Au moins, mon écran silencieux me permet d'éviter les interviews agressives où Mr Demorand, interrompant à tout va ses interlocuteurs d'une voix nasillarde et forcée, se croit obligé de tenter d'imposer les poncifs médiatiques, sans aucun esprit critique et sans la moindre originalité. Exaspéré par ces pseudos journaux qui nous polluent la vie en créant de toutes pièces un actualité opportuniste, j'ai retrouvé l'autre jour par hasard avec un plaisir inattendu la voix calme et posée de Jean-Luc Hess, regretté prédécesseur des temps plus heureux ou France Inter tenait le haut du pavé, et non le haut de l'audimat. Accessoirement, mon brave PC me permet au passage de choisir sur internet un humour un peu plus fin que les pitoyables interventions de Stéphane Guillon, dont la nullité rivalise avec celle de son homonyme de 11h00. Et d'année en année, désespérément, j'imagine que la Direction de France Inter redeviendra la bonne et saura éviter un naufrage similaire à celui de nos chaînes de télé publique. Mais finalement, je comprends qu'en effet, la domination sus-mentionnée est probablement celle du pourcentage et oublie volontairement ? - la mutation des auditeurs en surfeurs de web, les radios qui s'éteignent et les ordinateurs qui s'allument.

Thierry Golo

Rendez-vous Bonnaud !

Thursday 20 November | 19:48

C'est sûr, le 7/9 sur Inter, il y a pas mieux ! Et puis Guillon est littéralement "ju-bi-la-toi-re" ! Mais ! Parce qu'il y a un "mais"... Allez voir du côté de la tranche du 16/17 : Bonnaud et sa bande nous manquent ! Quant au week-end, c'est simple, je n'écoute plus ! Où est passé le rendez-vous incontournable du samedi midi avec Coffe ? Certes, il reste bien la Librairie Francophone et notre bon Emmanuel Khérad mais c'est à peu près tout... Enfin, j'aime toujours autant Inter et mon fils de sept ans tout autant. "Ça s'bouffe pas, ça s'mange !"

loulougasté

La part d'ombre

Thursday 20 November | 18:16

Demorand ne répond pas à votre question sur son premier contact raté avec la TV pour le projet d'émission culturelle. Il a sans doute réalisé la part de coups tordus et de coups de bluff qu'impliquent la relation animateur-producteur-diffuseur. Dommage qu'il soit mal tombé pour son premier projet TV sur France télévision...

bebelle78

Tension dramatique

Thursday 20 November | 17:23

Moi j'ai souvenir que pendant la campagne électorale Sarkozy a demandé à Demorand de se réveiller car l'interview était planplan. Demorand est pertinent quand cela l'arrange. Dommage que la règle change selon les invités.

cégé

Inter

Thursday 20 November | 15:58

Pas d'interview réussie sans "tension dramatique "... Tout dépend, bien sûr, de la pertinence des questions et de la personnalité qui se trouve en face ! Quant au concept d'"auditoire de gauche", j'ignore ce que c'est ! D'un côté, il y a ceux qui sont au micro, de l'autre, les auditeurs, libres de leurs choix ! Et tout cela fait une bonne ou une mauvaise station de radio.

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