Publié le 01/12/2008 à 13:09 Le Point.fr

Affaire de Fillipis : interpellation musclée et indignation générale

Par Emmanuel Berretta

Affaire de Fillipis : interpellation musclée et indignation générale

L'interpellation musclée du journaliste et ancien-pdg de Libération Vittorio de Filippis, le 28 novembre, a suscité un véritable tollé. © AFP PHOTO BERTRAND GUAY.

Vittorio de Filippis se souviendra longtemps de ce vendredi 28 novembre quand, vers 6 h 40 du matin, des policiers sont venus lui passer les menottes et l'emmener derechef au commissariat du Raincy en Seine-Saint-Denis, puis au dépôt du Palais de justice de Paris. Ses deux enfants sont alors laissés sans surveillance. Quel est donc ce crime si odieux qui justifie un embastillage musclée et deux fouilles corporelles (deux mises à nu) ? Une simple affaire de diffamation, à la suite d'une plainte de Xavier Niel (le patron de Free) contre le quotidien Libération dont Vittorio de Filippis était, à l'époque des faits, directeur de la publication et donc, à ce titre, pénalement responsable. Un délit passible d'une amende de 12 000 euros, tout au plus.

N'étant plus directeur de la publication de Libération , les convocations du juge pour sa mise en examen se sont égarées. À bout de patience, la juge Muriel Josie a donc requis la force publique. C'est son droit. Toutefois, les conditions dans lesquelles s'est déroulée la procédure ont soulevé un tollé. Selon l'avocat de Libération , Me Jean-Paul Lévy, l'interpellation d'un directeur de publication assorti d'un mandat d'amener est une première en matière de délit de presse.

L'UMP et le PS demandent une enquête

L'affaire est devenue politique dès le lendemain. L'UMP, par la voie de son porte-parole, Frédéric Lefebvre, demande l'ouverture d'une enquête, jugeant "surréaliste" le traitement infligé à Vittorio de Filipis (par ailleurs, journaliste) et "disporportionnée" la méthode. Idem du côté du Parti socialiste où Martine Aubry, la nouvelle première secrétaire, s'est empressée de demander l'ouverture d'une enquête. L'indignation est plus marquée du côté des syndicats professionnels : le SPQN (Syndicat de la presse nationale) en appelle à Rachida Dati, la garde des Sceaux, à qui il demande de "mettre fin à de telles dérives d'intimidation, incompatibles avec la liberté d'expression". Le SNJ (Syndicat national des journalistes) s'indigne, quant à lui, du fait qu'un journaliste soit "traité comme un criminel".

Devant le front uni des gens de presse, le syndicat Alliance (second syndicat de gardiens de la paix) apporte son "soutien" aux policiers qui ont procédé à l'interpellation de l'ex-directeur de la publication de Libération . "Cette intervention de police s'est effectuée dans la plus totale transparence et dans le respect des lois et des règles de déontologie de la République", déclare Alliance dans un communiqué. Sur ce point précis, le débat est engagé : sur quel texte de loi repose la fouille corporelle systématique à laquelle sont soumises les personnes interpellées ? Une simple circulaire (article C.117 de l'instruction générale relative à l'application du code de procédure pénale), qui n'a aucune valeur normative.

La jurisprudence assimile, quant à elle, la fouille corporelle à une perquisition. Ce qui suppose une enquête de flagrance, une commission rogatoire, ou le consentement écrit de l'intéressé (article 56, 92 et 76 du Code de procédure pénale). En effet, il s'agit de découvrir un objet qui concourre au délit. En quoi un délit de presse peut-il être caché au plus intime d'un homme ? Reste à souhaiter que l'affaire Filippis, par son retentissement, fasse avancer la cause de toutes les personnes interpellées, avec des méthodes parfois disproportionnées par rapport aux faits qui leur sont reprochés.

64 COMMENTAIRE(S)

danrod

Dura lex sed lex

Thursday 4 December | 14:30

Depuis longtemps des intervenants tiennent sur Libération des propos injurieux, diffamatoires, violents, agressifs sans que le modérateur, qui serait un intervenant extérieur, ne réagisse. Il est normal qu'un responsable du niveau de Vittorio de Filippis soit tenu de rendre compte de ce dysfonctionnement. Il est complétement anormal par contre que ce monsieur refuse de se rendre à trois convocations successives des tribunaux. Un tel comportement ne doit pas être banalisé par les autres journalistes même par esprit de solidarité journalistique, c'est un mauvais service à rendre à la profession. De plus Vittorio de Filippis avance que les intervenants sont anonymes ! Faux, tout intervenant doit donner son adresse mail. Quant aux conditions de sa réquisitions c'est un autre problème, et un mauvais comportement éventuel n'en excuse pas un autre. Comme disait Ciceron : "Nous sommes esclaves des lois pour pouvoir être libres."

triniti

Indignation générale ?

Thursday 4 December | 13:31

Certainement pas ! Rabattre le caquet des personnes qui se pensent au-dessus des lois ne peut que les inciter à progresser dans le sens de l'égalité qu'ils prônent à tout bout de champ.

bolderiz

Trois convocations... ou une ?

Wednesday 3 December | 13:53

Les partisans de l'ordre à tout prix s'appuient sur les "3 convocations"... c'est parler un peu vite : l'avocat de Libération soutient qu'il n'y en a eu qu'une, datant du... 20 août ! Il faudrait peut-être éviter toute conclusion hâtive et laisser l'enquête - nécessaire - suivre son cours avant de se prononcer...

fulbert

MAM doit partir !

Wednesday 3 December | 13:30

Bonjour. Nicolas Sarkozy a été élu en partie sur la notion de responsabilité de ses ministres qui "rendent des comptes." C'est le premier de ses engagements devant le peuple me semble t-il. Mais un grave problème se pose au sujet de Michèle Alliot-Marie. Incapable de faire preuve de discernement, elle parle avant même d'avoir les éléments prépondérants en main. Et quand bien même elle a des preuves incontestables, elle ment effrontément ! Souvenons-nous de l'affaire de Saint-Martin où elle a balancé à la presse qu'il s'agissait d'un assassinat - c'est-à-dire un meurtre avec préméditation - faisant une association avec l'acte criminel du gang des barbares, alors qu'elle était la première à avoir entre les mains le message "guerre-even" qui lui avait été immédiatement adressé par les autorités sur place ! A cet égard, il faut reconnaître de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avaient eu la bonne attitude : attendre pour connaître et réagir en conséquence. S'agissant de M. de Filippis, je trouve qu'il a fait preuve d'un sacré sens des responsabilités et de maîtrise de soi en ne "pétant pas les plombs" car dans cette affaire il y a manifestement et intentionnellement volonté de l'humilier, le rabaisser à sa plus simple expression, l'avilir, bref, l'écraser, ce qui est proprement scandaleux, indigne d'un pays comme le nôtre ! Aussi, lorsque MAM vient chipoter sur l'heure du "kidnapping", occultant volontairement le fond de cette dérive condamnable et qui doit avoir des suites, je constate que cette femme n'est malheureusement plus dans le coup et qu'il est grand temps qu'elle soit renvoyée à sa poterie !

joellesol

@Abner de Sabatier

Tuesday 2 December | 19:06

Nous avons tous intérêt à ce que la police et la justice respectent les honnêtes citoyens. Ils sont quand même payés pour les défendre même si les juges ont oublié ce point. La liberté d'expression est agonisante en France. Il est certes très tard pour la défendre, mais peut-être pas trop tard.

Abner de Sabatier

La rage médiatique

Tuesday 2 December | 08:44

Il y bien longtemps que les journalistes scient la branche sur laquelle ils étaient confortablement assis. Je crains que cette affaire de Filippis ne la fasse tomber, tant les français, dans leur grande majorité refuse ce tollé général des médias envers les autorités. Il fallait entendre ce matin sur RTL l'éditorial d'Alain Duhamel, lui habituellement calme et pondéré. Ce n'était plus un édito, c'était de la rage, allant de cette malheureuse affaire en passant par la réforme de la télévision (sic) et claquant Rachida Dati et Alliot-Marie. La réaction des journalistes se traduit par une forme de lâcheté, les policiers et le juge ne pouvant donner leur avis, alors que le journaliste en question s'épanche dans tous les médias. Pour une fois, il est remarquable qu'il n'y ait aucune fuite pour nous donner la vérité vrai sur cette interpellation paraît-il musclée. Il eut été beaucoup plus simple d'éviter toute cette polémique si de Filippis s'était rendu à la convocation. Quant à la liberté de la presse qui serait en danger, je conseille à tous les journalistes de s'informer autour d'eux, de leurs proches, leurs amis, les voisins, ils seraient bien surpris de leurs réponses. Ah, un point encore pour ceux qui laissent entendre que nous avons une police digne d'une dictature. Il faut arrêter de délirer. Notre police n'est ni la Gestapo, ni le KGB ou autres organismes du même type. Si vous la respectez lors d'un contrôle ou d'une interpellation, elle vous respectera. Personne n'est au-dessus des lois, personne.

Noël

Triste !

Tuesday 2 December | 08:13

Certes, il aurait dû répondre aux convocations. Mais par ailleurs, que pensez des méthodes policières françaises ? Pourquoi donc le président Sarkozy souhaite-t-il aussi des procédures "plus respectueuses" ? Cela soulève aussi des questions sur la formation déontologique de nos policiers... Ou sur leur formation tout simplement ! Bref, cela fait peur, cela fait mal d'entendre toutes ces choses... Et tout cela se passe en France ! Bravo !

RobertVnt

A force de jouer [...]

Monday 1 December | 22:06

Je me demande si le journaliste ne joue pas [...] (3 convocations auxquelles il ne donne pas suite) Le procureur qui a bien compris le jeu décide d'un mandat d'amener. Les policiers qui ont aussi compris le jeu, n'hésitent pas. Et voilà notre beau joueur pris à son piège. Dommage que ce soit un journaliste de sensibilité de gauche, dans une juridiction sensible, et dans un département 9.3. Et voilà notre joueur pris à son piège, et qui crie au scandale. On aimerait bien savoir ce qu'en pensent ses enfants, lorsqu'ils voient leur père se dispenser de répondre à une convocation. D'ailleurs, ils font de même à l'école lorsqu'ils sont convoqués pour complément d'information sur une absence par exemple. Et chacun s'engouffre dans la polémique... Mais à propos, qui paye les frais engagés par un mandat d'amener ? Les personnels de justice n'auraient-il pas mieux à faire que de pallier les non-réponses à convocation.

Pat

Corporatisme !

Monday 1 December | 20:15

La liberté de la presse n'est pas en cause ! Ce monsieur a refusé par trois fois de se rendre à une convocation d'un juge d'instruction. Point barre. L'année dernière, j'ai été convoqué comme témoin dans une plainte concernant un importateur de matériel médical défectueux. L'affaire était autrement plus grave que celle-ci ! Vous savez quoi ? Je me suis rendu à cette convocation. Le juge et moi, nous nous sommes serré la main en nous quittant. Si M. de Fillipis en avait fait autant, il n'y aurait pas de problème. Mais dans ce pays, il ne faut surtout pas toucher aux journalistes (surtout quand ils sont de gauche), même pour une chose triviale comme celle-ci, car on crie immédiatement que la liberté de la presse est en danger. Grotesque ! D'ailleurs, il suffit d'aller lire sur les sites d'info ce que les internautes pensent de toute cette histoire... Messieurs les journalistes, un peu de mesure, SVP, et un peu de modestie : vous n'êtes pas le nombril du monde, et n'êtes pas au-dessus des lois. Bref, comme le disait Shakespeare : "Much ado for nothing" !

prof

Enfants sans surveillance

Monday 1 December | 19:54

Curieux, ces enfants n'ont donc pas de mère ? et M. De Fillipis les a-t-il eu tout seul ? J'apprends par France Info qu'ils sont adolescents ? Est-ce vrai ?

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