Economie

Publié le 28/08/2008 à 17:11 - Modifié le 28/08/2008 à 17:14 Le Point.fr

Entremont : un compromis avec les producteurs de lait a été trouvé

Par Marc Vignaud et Cyriel Martin

Entremont : un compromis avec les producteurs de lait a été trouvé

Plusieurs dizaines de producteurs laitiers bloquaient jeudi matin les sept sites d'Entremont en Bretagne pour dénoncer le prix du lait payé par le groupe fromager et faire pression pendant des négociations prévues dans la matinée à Rennes © AFP

L'accord se veut "gagnant-gagnant". La direction générale d'Entremont Alliance et les représentants des producteurs de lait bretons ont finalement trouvé un compromis, jeudi à la mi-journée, sur le prix du lait à la collecte, au terme d'une réunion qualifiée de responsable par l'ensemble des intervenants. Entremont s'est engagé à rémunérer les producteurs de lait "à la hauteur de ses confrères" pour le 3e trimestre 2008. En contrepartie, la levée "immédiate" des blocages sur tous les sites a été décidée. Enfin, une "plus grande réactivité dans les nouvelles modalités de calcul du prix du lait" sera discutée pour le 4e trimestre 2008. Ce qui pourrait, à l'avenir, susciter des dissensions dans la profession.

Les producteurs de lait bretons, qui fournissent environ 70 % du lait traité par le groupe fromager, bloquaient depuis 14 jours certaines de ses usines pour protester contre les tarifs qui leur étaient imposés par Entremont. Plusieurs dizaines d'entre eux avaient même totalement entravé les sept sites du groupe fromager jeudi pendant les deux heures de discussions tenues avec la direction, pour la maintenir sous pression. Ils ont "obtenu la hausse de 49 euros (pour 1.000 litres) qu'ils réclamaient pour juillet, août et septembre", précise le président de la fédération nationale des agriculteurs indépendants Ouest (FRSEA), Joël Limouzin.

La dérégulation des prix du lait en cause

Confrontés à une hausse de leurs coûts de production, ils reprochaient à l'entreprise d'avoir profité d'une dérégulation du secteur, intervenue en juillet, pour leur imposer en juillet un prix du lait collecté inférieur à celui qu'ils escomptaient sur la base de l'ancien système de fixation des cours. Profitant de la nouvelle règle, la direction d'Entremont Alliance avait en effet décidé de payer 311 euros les 1.000 litres de lait, soit seulement 30 euros de plus que le prix payé en juillet 2007. Les producteurs de lait attendaient une augmentation de 49 euros en se fondant sur l'ancien système de fixation des prix. Vendredi dernier, la Confédération paysanne, deuxième syndicat agricole français, a annoncé son intention d'attaquer la décision de la Direction générale à la concurrence (DGCCRF) visant à déréglementer des prix du lait, censée éviter une entente sur les tarifs.

Une décision également critiquée par la Fédération nationale des industries laitières. "Jusqu'alors, explique-t-on au point.fr, les prix étaient déterminés par des recommandations trimestrielles de l'interprofession regroupant éleveurs, coopératives et industriels [le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière, Cniel]. Par la suite, ils étaient adaptés par région si besoin était. Un système en vigueur depuis 1997 avec l'accord des pouvoirs publics et qui semblait convenir à tout le monde.

"Maintenir la compétitivité de l'entreprise"

Les industriels ne "voient pas où est l'avantage" du nouveau système, censé leur permettre de baisser leurs tarifs. "Nous manquons de lisibilité sur les volumes et les prix", fait remarquer la fédération au point.fr. "Le gouvernement n'a pas pris toute la mesure des conséquences de cette décision", affirme même Olivier Picot, son président. La Fédération ne croit pas d'ailleurs pas à la baisse des prix annoncée : "Si les prix du lait baissent effectivement, cela va faire baisser le nombre de producteurs, les volumes produits et donc le prix du lait va remonter à nouveau."

Seule entreprise à ne pas avoir accordé une hausse des prix d'achat conforme des attentes des producteurs, Entremont avait justifié sa volonté de ne pas avoir remonté les tarifs en invoquant les contraintes économiques qui pèsent sur le groupe : "La décision du groupe relève essentiellement de la nécessité d'avoir un prix du lait réactif (...) pour maintenir la compétitivité de l'entreprise et conserver les volumes vendus, pour que toutes les quantités de lait achetées aux producteurs soient valorisées correctement en maîtrisant les prix à la consommation."

Si un accord est intervenu en Bretagne, la question des prix du lait n'est pas réglée pour autant. La Confédération paysanne compte faire trancher le débat sur la déréglementation des prix du lait par le Conseil d'État. Le compromis de jeudi remettra-t-il en cause son action ? Pas sûr.

15 COMMENTAIRE(S)

steph 72

Avis d'un producteur de lait

Sunday 21 September | 17:09

Le producteur ne peut pas répercuter l'augmentation ses charges sur ses ventes contrairement aux gms. En 2006 le prix du lait a fortement diminué chez le producteur alors qu'en gms le prix ne bougeait pas. Ensuite beaucoup de producteurs ont été découragés et ont cessé de produire. Pour les gens qui ne connaissent pas la production laitière, la traite c'est 365 J par an et 2 fois par jour. Malgré les hausses de prix, le revenu a peu augmenté à cause des charges. À l'avenir il faudra un prix incitatif (au moins 400 euros les 1.000 L) pour éviter un abandon massif de la production laitière par les agriculteurs. De moins en moins de jeunes agriculteurs veulent être éleveurs car c'est trop contraignant et pas assez rémunérateur par rapport au travail. Il y a un malaise chez les producteurs qui aura des répercussions négatives pour les industriels à l'avenir, le secteur laitier a besoin de stabilité. Un producteur qui a cessé de produire ne revient pas en arrière.

nauzia

@ Cactus 22

Saturday 30 August | 07:43

1/ Je n’approuve pas la hausse des prix ; je ne fais que constater que dans tous les secteurs d’activité la succession des marges (justifiées ou non) des intermédiaires entraînent des coefficients multiplicateurs de l’ordre de 2 à 6. 2/ Quant à « …l’océan de jérémiades … », je vous renvoie effectivement à la définition du français : c’est un italien de mauvaise humeur ! J’ai travaillé de nombreuses années dans des pays pauvres (Europe centrale, Amérique du Sud, Afrique du Nord) et j’y ai rencontré plus souvent qu’en France le rire, la bonne humeur, le sens de l’hospitalité, le civisme ; la causticité, l’acrimonie, la plainte perpétuelle sous-tendent la plupart des interventions des internautes (et la vôtre en est un exemple, mais je crois que vous êtes un habitué du genre). Y a-t-il un internaute content de son sort ?

pommedapi

@cactus22

Friday 29 August | 12:35

Un parent a travaillé dans une grande société laitière qui depuis des années change constamment de nom et augmente ses bénéfices tout en payant ses salariés et un prix du lait qui n'a point découragé les agriculteurs. Il y a donc des entreprises qui respectent certains critères déontologiques. Ce site n'est pas le mur des jérémiades ni people mais permet une contribution des internautes qui cherchent à s'instruire et à se documenter par le biais d'une presse intelligente. Merci au Point pour la pluralité des opinions.

cactus 22

@Nauzia et Pagnol

Friday 29 August | 09:57

Vos posts m'ont fait très plaisir ! Voilà au moins 2 internautes qui connaissent désormais - tout en les approuvant apparemment - les raisons principales qui expliquent la hausse des prix, si périlleuse pour notre pouvoir d'achat. Avec vous, on a tout compris. Quel plaisir de vous lire, dans cet océan de gérémiades et autres mouvements de colère...

désabusé

eh bien râlez maintenant

Thursday 28 August | 22:50

Vous l'avez voulu eh bien vous l'avez ! Et il n'a pas fini de vous entuber ! Et ce n'est pas en râlant que vous le ferez changer. Il se régale, l'emmigré du 16ème !

la vipere

Moi...

Thursday 28 August | 19:29

... je m'en fous, je bois du rouge, j'espère qu'il n'y aura pas d'augmentation !!!

nauzia

Rien de nouveau

Thursday 28 August | 15:13

En complément du post de Lisa, il n'y a vraiment rien de nouveau sous le soleil. Le coût de revient d'une voiture « sortie usine » est sensiblement multiplié par 2 pour obtenir son prix de vente (charges de structure, commercialisation, RD, marketing, etc.). Dans le même ordre d'idées, le coût d'un produit L'Oréal est multiplié par six et celui d'un meuble de style (sortie usine) est multiplié par 4 à 6 suivant les points de vente. Et malgré tout cela, on voit quand même des distributeurs d'ameublement faire faillite ! Au fait, les producteurs de lait reçoivent combien de subventions par an ? On ne nous dit pas tout. Quant à Galmiche, il faut qu'il achète une vache pour faire son emmental.

pagnol

Et sans intermédiaires ?

Thursday 28 August | 15:00

C'est le vent qui livre les magasins ?

Lisa

Réponse : entre le marteau et l'enclume

Thursday 28 August | 13:45

Essey, voici quelques éléments de réponses à tes questions. Il faut environ 12-13 litres de lait pour un fait un kg d'emmental, cela varie en fonction de la durée et du type d'affinage voir également des ferments utilisés. Entremont paye 330€ les 1000 litres, auquel il faut ajouter le coût des ferments, de la main-d'oeuvre, de l'emballage, du matériel... Bref tous les coûts d'une usine de production plus les coûts des services supports : commercial (il faut bien trouver des marchés), logistique (eh oui le sachet d'emmental ne fait pas tout seul dans le magasin)... Je pense qu'au final une société comme Entremont ne doit pas gagner beaucoup d'argent sur la vente d'un sachet d'emmental. Par contre la grande distribution doit s'en mettre plein les poches. Quand on sait qu'ils multiplient pas 3 ou 4 leurs prix d'achat, on peut imaginer la marge qu'ils se font sans créer de valeur ajoutée.

Iggy

Entre le marteau et l'enclume

Thursday 28 August | 13:30

Le marteau c'est la grande dirtribution et l'enclume l'agriculteur, entre les deux il y a Entremont. J'aimerais savoir combien de litres de lait pour faire 1 kg d'emmental. Combien Entremont achéte ce lait ? Combien il revend son kg d'emmental à la grande distribution ? Après allez dans votre supermarché voir le prix au kg de l'emmental. Je parie que le distributeur se prend autant de marge qu'Entremont alors qu'il n'apporte aucune valeur ajoutée au produit et qu'il paye à 90 jours un produit qu'il vend en deux ou trois jours. Ce sont eux les plus à même de faire baisser les prix, mais ils demandent aux industriels de faire l'effort et les industriels demandent aux producteurs de le faire au final.

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