Economie

Publié le 01/12/2008 à 08:31 - Modifié le 01/12/2008 à 21:59 AFP

Prix du lait: industriels et producteurs parviennent à un accord

Par Arielle VERLEY

Industriels et producteurs sont parvenus lundi à un accord sur le prix du lait pour les mois de novembre et décembre 2008 et pour le premier trimestre 2009, débloquant ainsi un conflit enlisé depuis des semaines, qui a mobilisé de nombreux éleveurs sur le terrain.

L'accord prévoit une baisse du prix du lait pour les deux derniers mois de l'année de 25 euros pour 1.000 litres. En janvier et février, les tarifs diminueront encore de 45 euros et en mars de 55 euros toujours pour 1.000 litres, a dit à l'AFP le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière (Cniel), l'interprofession qui rassemble les principaux acteurs de la filière.

L'accord représente un compromis entre les exigences des deux camps, les industriels demandant une baisse sensiblement supérieure tandis que les producteurs s'étaient prononcés pour une diminution des prix "supportable" pour faire face à l'envolée de leurs charges.

Le Cniel a aussi décidé d'engager un plan de filière en trois points. Il s'agira notamment d'adapter des indicateurs "plus réactifs" au marché et de mettre en place un "observatoire des volumes" pour mieux adapter la production aux besoins des marchés.

Après différents échecs, producteurs et industriels voulaient pour ce nouveau round de négociations parvenir à un accord, une nécessité alors que les éleveurs ont multiplié ces dernières semaines les actions sur le terrain.

Le patron de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) Jean-Michel Lemétayer avait mis tout son poids dans la balance. "Il faut tout faire" pour sortir de cette situation de crise, avait-il déclaré à la fin de la semaine dernière.

Autour de la table, les producteurs, représentés par la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL, branche spécialisée de la FNSEA), les industriels, regroupés au sein de la Fédération nationale des industries laitières (FNIL), et les coopératives représentées par la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL).

Le conflit semblait pouvoir se débloquer. Surtout depuis que les producteurs de la FNPL s'étaient déclarés jeudi dernier prêts à une baisse "supportable" des prix du lait. Une concession jugée "assez encourageante" par les industriels qui redoutaient l'absence d'un accord.

Syndicat minoritaire, la Confédération paysanne a réaffirmé son refus d'une baisse des prix, demandant "au minimum la reconduction" des prix de l'an dernier.

Ces dernières années, le prix du lait faisait l'objet d'une recommandation de l'interprofession, le Cniel. Mais cette pratique a dû cesser après une injonction de la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) pour distorsion de concurrence.

Les industriels souhaitaient une baisse importante du prix du lait. Ils mettaient en avant la diminution de la consommation et "la descente aux enfers" des prix des produits industriels (poudre de lait et beurre) sur les marchés mondiaux.

De leur côté, les producteurs faisaient valoir la hausse de leurs charges (entre 18 et 20%) comme le gazole, l'alimentation des animaux ou encore les engrais.

Le prix du lait collecté en octobre avait déjà baissé de quelque 30 euros pour 1.000 litres. Et la FNPL ne voulait pas aller plus loin.

Pour le premier trimestre 2009, les industriels souhaitaient une baisse de 100 à 120 euros. Ils ont du revoir nettement ces prétentions dans un souci d'apaisement.


1 COMMENTAIRE(S)

aïcha

Le dessous des cartes

Tuesday 2 December | 16:16

L'interprofession laitière soigne bien sa communication: l'accord signé lundi soir, impossible à faire accepter aux éleveurs il y a 3 semaines, a beaucoup de chances de l'être aujourd'hui. D'où la mise en scène de revendications initiales extravagantes des industriels, de blocages d'usines bien dosés, de procédures en référé pas trop convaincues. Dramatiser par des demandes outrancières, mobiliser les troupes à la porte des usines pour mieux dédramatiser (la baisse devient alors « acceptable ») puis démobiliser (un conseil national trans-syndical prend les choses en main), la procédure utilisée par la Fédération des éleveurs laitiers (FNPL) et par l'Interprofession (les deux structures ont le même président), est grossière et répétitive. Aboutissement du process : signature d'un accord mettant en cause l'application du dispositif de fixation des prix pour la fin de l'année (correspondant à une diminution effective de 8 à 15 % du prix initialement attendu) et quasi application de l'ancien dispositif au premier trimestre, un peu masquée par le versement d'une dette des laiteries datant d'Avril 2007. En fait, le principal reproche des industriels était que le dispositif ne réagissait pas assez vite à la baisse des marchés : on peut penser que l'indication de 70 à 75 euros/1000 l correspond au risque du premier trimestre. Dernière figure de style : une fois évité le risque de voir un médiateur ministériel s'immiscer dans le « débat » interprofessionnel, il reste à faire passer la pilule à ces éleveurs qu'on a mobilisés sur le thème de l'incompatibilité de la baisse du prix du lait et de la hausse de leurs charges. Changement de style : la FNPL se présente alors épuisée par de longues négociations (certains industriels soucieux de l'image de la profession avaient annoncé le résultat des futures négociations au premier jour des blocages d'usines début novembre !), elle reprend en « copier-coller » les arguments présentés par l'adversaire. Elle les gratine de l'absolution des Pouvoirs Publics (Office de l'Elevage) au cas où on jugerait peu fiables les chiffres interprofessionnels. Et elle saupoudre le tout d'un zeste de poudre de perlimpinpin permettant à des entreprises-leaders en produits frais de faire financer ses volumes d'appoint par ses producteurs. Cerise sur le gâteau : 2 arguments-massues qui risquent de faire douter tout le monde agro-alimentaire de la réalité de l'existence d'un Centre Interprofessionnel (Maison du Lait) ainsi que de la capacité syndicale à anticiper les problèmes. Ce sont la création d'un Observatoire visant à adapter offre et demande en lait, et l'ouverture d'une réflexion sur la valorisation du lait bleu-blanc-rouge. Trois questions : - Pourquoi les médias montrent-ils tant de sollicitude face à ce type de montage ? - Comment les représentants des éleveurs peuvent-ils utiliser des subterfuges aussi caricaturaux pour faire entériner des propositions industrielles sur lesquelles ils n'ont de toute évidence aucune « prise » ? - Combien de temps peut durer une telle mise en scène ?

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