Economie

Publié le 21/08/2008 N°1875 Le Point

Martin Hirsch : la stratégie du quitte ou double

Fin septembre, le haut-commissaire aux Solidarités actives défend « son » RSA (revenu de solidarité active) devant le Parlement. L'oeuvre de sa vie. Si ça ne passe pas, il s'en ira.

Séverine Cazes et Michel Revol

Quand il était petit, sa mère, bibliothécaire, lui disait : « Tout se mérite, même les vacances. » Après quinze mois au gouvernement, Martin Hirsch méritait bien de revoir sa chère montagne. Histoire de s'aérer l'esprit dans les Alpes et de peaufiner sa stratégie pour affronter une rentrée difficile. Car l'heure de vérité approche. En devenant haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté en mai 2007, l'ancien président d'Emmaüs France s'était donné « dix-huit mois pour réussir ». Son objectif ? Réformer le RMI et mettre en place le nouveau revenu de solidarité active (RSA). Une arme secrète qui-il en est convaincu-permettra à la fois de rendre le travail financièrement plus attractif pour les RMistes et d'améliorer le sort des salariés les plus modestes.

Pour l'instant, Martin Hirsch a réussi à déjouer tous les pièges. Non pas que sa position soit confortable... Répudié par la gauche- « Tartuffe ! », « Saint Martin ! » entendait-on sur les bancs du PS à l'Assemblée il y a un an-, ne comptant au final que peu d'élus UMP dans son fan-club, ce trublion a réussi un tour de force. Faire inscrire par Matignon le RSA au calendrier législatif de la rentrée. Mais encore lui faut-il convaincre les grands argentiers de Bercy de lâcher au moins 1,5 milliard d'euros en 2009 pour ce nouveau dispositif... Or, à l'heure où « les caisses sont vides » et où l'économie française flirte avec la récession, beaucoup aimeraient bien sacrifier le RSA sur l'autel de la rigueur. Voilà qui s'appelle « une belle galère » ! A moins que cet énarque surdoué (Normale sup, médecine et DEA de neurobiologie) n'ait encore quelques cartouches dans ces horribles cartables de congressiste qu'il trimballe partout où il va.

Martin Hirsch aime la littérature. Victor Hugo, par exemple. Interrogé sur ce penchant très IIIe République, il s'esclaffe : « Je suis un obsessionnel monomaniaque ! J'ai lu "Les misérables" quand j'étais enfant et je garde une immense tendresse pour ce livre... » Et qu'est-ce que bouquine le haut-commissaire en vacances ? « Un livre formidable de l'auteur californien William T. Vollmann qui s'intitule "Pourquoi êtes-vous pauvres ? " » Décidément ! La pauvreté, Martin Hirsch en a fait son cheval de bataille depuis plus de dix ans. En 2002, il succède à l'abbé Pierre comme président bénévole d'Emmaüs France. A ce titre, Hirsch préside en 2005 la commission Famille, pauvreté, vulnérabilité et remet un rapport-unanimement applaudi-dans lequel il expose sa grande idée, le RSA, au ministre de la Santé de l'époque, Philippe Douste-Blazy. « Peu après, le ministre est allé aux Affaires étrangères et on ne parlait plus du RSA », se souvient Benoît Genuini. Avec la complicité de cet ancien patron du cabinet de conseil Accenture, Martin Hirsch crée l'Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa), une petite structure, pour expérimenter le RSA à l'échelle locale. Au début, seize départements-une moitié de droite, l'autre de gauche-se lancent dans l'aventure. Aujourd'hui, les premiers résultats positifs sont là. Durant la campagne présidentielle, Martin Hirsch fait un tel tapage autour de son RSA que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy inscrivent « son bébé » dans leur programme. Flairant le bon coup politique, sitôt arrivé à l'Elysée, le nouveau président lui offre un poste. Mais Hirsch n'est pas dupe ! « Ce n'est pas un perdreau de l'année », confirme l'un des poids lourds du gouvernement, qui voit en lui un « fin politique ».

Issu d'une lignée de grands serviteurs de l'Etat, Hirsch connaît trop les rouages politiques pour ne pas se méfier. Son grand-père, Etienne Hirsch, ancien commissaire général au Plan, n'a-t-il pas refusé en 1958 le poste de ministre des Finances que lui proposait le général de Gaulle ? Quant à son père, Bernard, ancien directeur de l'Ecole nationale des Ponts et Chaussées et chef du chantier de la ville nouvelle de Cergy, n'a-t-il pas été débarqué lorsque l'ancien ministre de l'Intérieur Michel Poniatowski s'est inquiété de voir basculer à gauche « sa » circonscription du Val-d'Oise ? Pour cet ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner à la Santé-un ami avec qui il déjeune parfois-, entrer ou non au gouvernement relevait du casse-tête. « Martin n'est pas homme de position, confie l'un de ses proches. C'est un général de manoeuvre, toujours en mouvement. Il écoute, il teste et il fonce. »

Avant de laisser parler son instinct, Hirsch a beaucoup consulté. Les compagnons d'Emmaüs, d'abord. A Longjumeau, dans l'Essonne, la communauté, dont il est encore membre, l'a plutôt encouragé. « Pour ton confort, il vaudrait mieux ne pas y aller. Pour nous, ce serait mieux que tu plonges et que tu décroches le plus de choses possible », lui ont dit les grands exclus qui travaillent dans les maisons de l'abbé Pierre. Hirsh a aussi sondé ses ex-collaborateurs, une dizaine de technocrates rencontrés au coeur de la haute administration, du Conseil d'Etat à l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments en passant par le ministère de la Santé. Ceux-ci n'ont guère montré d'enthousiasme pour le pari de Hirsch. L'ancien conseiller de Bernard Kouchner, Didier Tabuteau, un ami avec qui il s'entretient au téléphone chaque jour vers 7 heures du matin, est de ceux-là. Pour eux, l'affaire est entendue : pas question de jouer le « roi de coeur » dans le jeu de poker sarkozyste ! L'urgence est à la reconstruction de la gauche.

Le problème, c'est que Martin Hirsch, 44 ans et père de trois enfants, n'a jamais été d'aucune chapelle, ni d'aucun parti politique. Pis : depuis sa tribune associative d'Emmaüs, il répétait sans cesse qu'il fallait « sortir de la dichotomie entre une gauche qui défendrait l'assistanat et une droite qui se serait arrogé le monopole de l'effort ». D'où sa passe d'armes, en pleine campagne présidentielle, avec le président PS de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, lorsque celui-ci décida d'instaurer la gratuité des transports en commun pour les RMistes. Certes bien intentionnée, cette idée risquait, selon Hirsch, d'enfermer les allocataires de minima sociaux dans un « statut » dont ils auraient ensuite toutes les peines du monde à sortir... Pour Sarkozy, ce rapt est incontestablement une belle prise. « Politiquement, c'est un personnage important dans le dispositif du président. C'est un symbole », confirme l'un des ministres. Un symbole, certes, mais qui exige des garanties ! Avant de céder, Hirsch exigera un objectif chiffré : réduire de 7 à 5 millions le nombre de pauvres d'ici à la fin du quinquennat. Autre demande : être rattaché directement au Premier ministre, avec le titre de haut-commissaire, un nom un peu ronflant-certes-, mais c'est un hommage à ce fameux grand-père...

Liberté de parole

En bon connaisseur des médias-son épouse est écrivain et journaliste au Monde -, Hirsch ménage aussi l'opinion. Et tente de préserver sa liberté de parole. Le haut-commissaire a conservé son traitement du Conseil d'Etat et refusé une augmentation de salaire de 28 %. Il devient ainsi-à 9 000 euros net par mois-le joueur le moins bien payé de l'équipe sarkozyste (environ 12 000 euros pour un secrétaire d'Etat et 13 000 euros pour un ministre). A gauche, les piques acerbes fusent quand même. « Hirsch s'est vendu pour un plat de lentilles », persifle Faouzi Lamdaoui, le secrétaire national du PS à l'égalité, qui précise cependant que « les socialistes sont ouverts à la discussion sur le RSA. Mais, si cette mesure est sous-financée, elle ne servira à rien ! » .

Jusqu'à présent, Martin Hirsch a malgré tout été relativement épargné par ses amis d'hier. Sans doute parce que l'ancien président d'Emmaüs n'hésite jamais à pilonner dans la presse certaines initiatives de ses collègues ! Ainsi, lorsque Roselyne Bachelot annonce les franchises médicales, Hirsch plaide pour l'instauration d'un « bouclier sanitaire ». Une audace qui lui a valu pendant des mois la franche hostilité de la ministre de la Santé. Même chose avec les tests ADN pour les candidats au regroupement familial, proposés par Brice Hortefeux, ou encore la politique du logement de Christine Boutin. Martin Hirsch ne compte pas que des amis au gouvernement ! Mais le bougre s'en moque. Entouré d'une équipe de jeunes experts ultramotivés, il se démène pour récupérer de l'argent. Lorsqu'on découvre avec stupeur les pratiques douteuses du patronat de la métallurgie, Hirsch suggère immédiatement à l'UIMM de consacrer une partie de sa caisse noire à des projets d'expérimentation sociale. Pendant ce temps, sa directrice de cabinet, Emmanuelle Wargon, jeune énarque et fille de Lionel Stoléru, l'un des inventeurs du RMI, s'active pour concilier les intérêts contradictoires des associations, des syndicats, du patronat et des élus locaux. Dans l'ombre, le travail avance à vive allure. Mais, lorsque le RSA est vraiment en danger, comme après la débâcle de l'UMP lors des municipales au printemps dernier, Hirsch n'hésite pas à hausser le ton. Car, il le sait bien, « au final, ce sont Matignon et l'Elysée qui décident... » Parmi les proches collaborateurs du président, le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, et les conseillers Catherine Pégard et Emmanuelle Mignon plaident, paraît-il, souvent en sa faveur. Quant à Raymond Soubie, le grand manitou du social à l'Elysée, son enthousiasme serait quelque peu... fluctuant. Qu'importe !

Pour l'heure, Martin Hirsch n'a toujours pas eu besoin d'actionner son arme suprême. Laquelle ? La démission, bien sûr... Comme en matière de dissuasion nucléaire, le haut-commissaire sait qu'il ne faut pas abuser de sa puissance. Bien conscient que sa parole vaut de l'or, il l'utilise avec pondération. Mais pas abnégation. Ceux qui le connaissent savent que cet ancien élève consciencieux, un tantinet anxieux, qui, enfant, avait refusé que ses parents l'envoient le dimanche matin suivre l'enseignement d'un pasteur peut aussi claquer la porte avec fracas. Par le passé, il en a apporté la preuve en quittant de manière spectaculaire un jury du Haut-Conseil à l'intégration, présidé par Blandine Kriegel, parce qu'il contestait une remise de prix dont les dés étaient-à ses yeux-pipés. Et nul doute que, s'il estimait un jour perdre son temps au gouvernement, le haut-commissaire trouverait rapidement de nouvelles occupations. Il sait même déjà ce qu'il ferait : « L'un des mes rêves serait de reprendre mes études de médecine en sixième année, là où je les ai laissées », glisse Martin Hirsch.

La future bataille du RSA

«Le RSA, c'est le meilleur allié des classes moyennes » , dit Martin Hirsch. Pourquoi ? Parce qu'en incitant les allocataires de minima sociaux (RMI, aide aux parents isolés, etc.) à reprendre une activité le RSA devrait, à terme, réduire le poids des dépenses sociales pesant sur les impôts des classes moyennes. Sauf que, dans un premier temps, cela coûte ! Hirsch réclame 1,5 milliard d'euros pour généraliser le RSA, en juin 2009. « En année pleine, il faudra compter 3 milliards d'euros », prévient le président d'Emmaüs France, Christophe Deltombe, un supporter du RSA, mais « à condition que cela ne nuise pas aux salariés modestes qui touchent la prime pour l'emploi (PPE) ». En 2007, environ 9 millions de personnes ont touché la PPE, pour un coût total de 4,5 milliards d'euros. Comme l'indique un récent audit ministériel, la PPE a un effet de « saupoudrage » peu efficace et entraîne des abus, notamment parce qu'il s'agit d'une aide individuelle ne prenant pas en compte la situation globale du ménage. Malgré cela, les socialistes Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et Ségolène Royal défendent bec et ongles la PPE. A droite, Pierre Méhaignerie s'inquiète aussi : « Si le gouvernement pense pouvoir récupérer 800 millions d'euros sur le dos de la PPE, il se trompe ! » tonne le président de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée. En juin, lors de la convention sociale de l'UMP, le député Marc-Philippe Daubresse a proposé que le RSA soit financé « grâce à un plafonnement global des niches fiscales, ce qui permettrait de ne pas trop toucher à la PPE. » Bercy y réfléchit... Séverine Cazes


2 COMMENTAIRE(S)

bielle

Jeu de cache-cache

Monday 22 September | 00:20

Bonsoir une petite réaction à l'actualité du jour. ANPE recherche vendangeurs. Tardives les vendanges et c'est la panique ! Pas d'étudiants, ils étudient + le ramadan pour certains français ou autres nationalités et voila on cherche et on distribue des tracts. Les conseillers dans la rue ne manifestent pas, ils informent. On développe le nouveau lien social. Un comble, peu de volontaires alors si l'on réfléchit bien à la soi disant volonté du gouvernement à remettre une certaine catégorie de demandeurs d'emploi dits "minima sociaux" au travail sans perte de ressources (R.S.A) selon la situation. Dans le département concerné du reportage la Beauce, et ailleurs sans doute n'y a t-il aucun chômeur dépendant de ces allocations d'Etat dit RMI ou ASS. Ne serait-il pas intelligent de décider de proposer ou obliger les personnes recevant ces ressources de remplacement dont l'allocation est pour une personne seule équivalent à un montant d'environ 450.00 euros avec tous les avantages sociaux. Ce n'est pas la panacée et donc une sacré galère inadmissible. Mais étant donné ces emplois qui sont disponibles alors au travail. Il me semble que serait une justice sociale d'y penser. Pas besoin d'aller chercher de la main d'oeuvre en Chine, au Maroc, en Espagne ou ailleurs pourquoi pas au Tibet. L'ensemble des + de 25 ans à... selon l'état de santé (pour les seniors) qui dépendent de ses ressources de remplacement du chômage devraient travailler dans les vignobles même si parfois les offres sont de courtes durée. Ils sont normalement en recherche d'emploi. Alors où sont-ils, que font-ils ? Le bon air et se lever tôt n'a jamais tuer personne il me semble ! Et donc un peu de courage pour changer les mentalités. L'assistanat ne doit pas être discriminatoire. À même ressources, 450 euros, un autre demandeur d'emploi inscrit ou non à l'Agence Nationale pour l'Exclusion ? ou l'Emploi ? va travailler. Lui n'a pas eu le choix comme tant d'autres. Il n'a pas 25 ans mais il a la chance d'avoir un emploi de misère. Il se lève, prend le bus, le train ou la voiture = moins et moins. Il mange peu, ne se soigne pas, sort peu, enfin il ne vit pas sa jeunesse s'il n'a pas la chance d'être aidé par ses parents Lequel doit-on plaindre ? Les deux, mais plus encore celui qui travaille, car à 450 euros, si ce n'est pas moins avec les divers types de contrat, quel présent de galère et quel avenir ? Notre président devrait, il me semble, diminuer largement son salaire ainsi que tout notre gouvernement. Le peuple s'essouffle, il pleure et la colère gronde. L'histoire de France, va t-elle se renouveler ?

BIELLE

Non et non...

Wednesday 27 August | 22:59

... Le RSA ! Et à quand la nouvelle idée pour réduire la pauvreté... Financer les sans emploi pour les inciter à reprendre un travail, non et non ! Encore cibler sur une catégorie de personnes qui, bon sang, sont déjà super aidés au niveau du social. À quelques euros près, des actifs à mi ou tiers de temps des 35 h ne peuvent prétendre à certaines aides sociales puisque considérer avec un emploi, et non inscrit ANPE Assedic. Il faut revoir tout le système social par les ressources de base... À même revenu = même droits ! Pour quelle raison donnerait-on encore et encore des aides financières au RMI ET API... Des milliers de jeunes se retrouvent avec 0 revenus et dépendent des ressources de la famille, et si elle galère avec le pouvoir d'achat qui explose doivent-ils mendier ? On ne donne que des emplois pour la plupart sous payés, des stages non rémunérés dans lesquels ils sont plus efficaces que certains travailleurs. Des formations en entreprises gratuites qui sont complètement inutiles ; nos jeunes, dits sans expérience, sont opérationnels pour la plupart, il faut leur donner des emplois... [...]

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