Economie

Publié le 26/08/2008 à 11:36 - Modifié le 26/08/2008 à 11:39 Le Point.fr

Crise financière : le chemin de croix des banques américaines

Par Marc Vignaud (avec agence)

Crise financière : le chemin de croix des banques américaines

Photo d'illustration © Pablo Martinez Monsivais / Manuel Balce Ceneta / AP / SIPA

La crise financière liée aux crédits subprimes risque bien de réserver encore quelques surprises. JPMorgan-Chase, qui avait jusqu'à présent relativement bien résisté à la tourmente des marchés, a annoncé 600 millions d'euros de dépréciation supplémentaire d'actifs. Il s'agit de tenir compte de la perte de valeur de ses participations dans les géants du refinancement hypothécaire Freddie Mac et Fannie Mae, dans ses comptes du troisième trimestre.

JPMorgan détient "environ 1,2 milliard de dollars" de titres Fannie Mae et Freddie Mac, mais "le groupe estime que la valeur de ces titres a décliné de l'ordre de 600 millions de dollars environ, au vu de leur valeur en Bourse actuelle", a indiqué la banque dans un document transmis au régulateur boursier (SEC). L'établissement a averti que les dépréciations pourraient être plus importantes encore. "Le montant exact des pertes qui pourraient découler de ces titres sur nos résultats du troisième trimestre est difficile à évaluer, en raison de la volatilité actuelle de ces actions", peut-on lire dans le document.

Freddie Mac et Fannie Mae sont la cible d'une vague de défiance des investisseurs, qui s'inquiètent de leurs difficultés financières et de la possibilité d'une recapitalisation par les pouvoirs publics, dont les actionnaires actuels sortiraient perdants. Ils évoluent, respectivement, autour de 3 dollars et 5 dollars à la Bourse de New York, au plus bas depuis près de 20 ans. En un an, le cours de leurs actions a été divisé par 21 pour la première, et de 13 pour la seconde.

Les banques américaines peut-être seulement à la moitié de la crise


Pour JPMorgan, ces dépréciations vont venir s'ajouter à d'autres pertes : la banque avait averti en juillet que son portefeuille d'obligations adossées à des prêts immobiliers avait fondu de 1,5 milliard de dollars sur ce seul mois, du fait de la détérioration des conditions de marché. La perte de valeur de ce portefeuille va également se traduire par des dépréciations d'actifs au troisième trimestre, se terminant fin septembre.

La grande banque généraliste américaine ne devrait pas être le seul établissement à continuer à passer des dépréciations d'actifs dans ses comptes du troisième trimestre. L'agence de notation financière Standard and Poor's (SP) a averti jeudi dernier dans un rapport plus d'abaissements de notes pour les banques américaines au cours des trimestres à venir, en raison de la poursuite de la crise sur de nouveaux segments des marchés financiers. Ces dernières n'en sont peut-être qu'à la moitié de la crise", ont indiqué les analystes de SP.

Actuellement, 19 % des banques suivies par SP ont une perspective négative ou sont sous surveillance avec implication négative - ce qui signifie que SP étudie les fondamentaux de l'entreprise et penche pour un abaissement prochain des notes -, contre 9 % à l'été 2007, lorsque la crise financière a éclaté. "Ce chiffre est très élevé dans nos annales", relève Tanya Azarchs, analyste chez SP. "De toute évidence, nous faisons face à une situation sans précédent, et la flexibilité financière - sous la forme de la capacité à lever des capitaux ou à vendre des actifs - va devenir cruciale."

Les analystes de SP discernent toutefois "des points positifs" pour le secteur bancaire américain, citant la solidité des revenus, les désengagements d'actifs en cours, les recapitalisation et les interventions récentes des autorités de régulation, comme les allocations de liquidités par la Réserve fédérale américaine. À titre d'illustration, SP rappelle avoir relevé les notations de cinq établissement financiers américains depuis avril : Northern Trust, Countrywide Financial, Bank of New York Mellon, AgFirst Farm Credit Bank, et H&R Block.

L'un des contextes économiques les "plus difficiles" jamais vus (Ben Bernanke)

Reste que les analystes de SP s'attendent "à de nouvelles perturbations sur les marchés" financiers, se disant "particulièrement inquiets concernant le marché des titres adossés à des créances hypothécaires de type Alt-A". Ces crédits hypothécaires ont été accordés à des ménages dont le profil financier et la solidité ne satisfaisaient pas un processus de vérification très serré. Les analystes voient également un potentiel de dépréciations importantes dans l'exposition des établissements financiers aux rehausseurs de crédit, dont Ambac et MBIA. Les estimations de volume d'activité des banques pour les mois à venir "ne sont pas très claires", indique également SP, reconnaissant que le ralentissement économique et les difficultés de la consommation pourraient affecter les résultats des banques, dans la banque de détail comme dans la banque d'affaires.

Pessimiste, le président de la Fed Ben Bernanke a estimé vendredi que la crise financière qui a débuté il y a un an ne s'était pas affaiblie et qu'elle commençait même à toucher le reste de l'économie américaine, créant "l'un des [contextes les] plus difficiles" jamais vus : les États-Unis connaissent une hausse du chômage couplée à une inflation relativement élevée. Seules notes positives, la baisse relative du coût des matières premières et la légère remontée du dollar face à l'euro.



6 COMMENTAIRE(S)

WW11PC

Il serait grand temps...

Tuesday 26 August | 22:08

... que les banques américaines concernées par la crise des subprimes réagissent sereinement, prennent en toute transparence la vraie mesure de l'étendue des dégâts, qu'on le sache, qu'elles fassent preuve de maturité et assument, pour une fois, et qu'elles prennent conscience que l'Economie mondiale ne peut pas vivre indéfiniment dans ce chaos. Les petits épargnants comme les moyens et les grands, attendent impatiemment de ces banques mais aussi du Gouvernement concerné et de la Réserve Fédérale américaine des mesures qui tendent vers un redressement rapide et surtout, surtout, un retour vers la confiance.

cactus 22

@AG

Tuesday 26 August | 17:58

Vous dites "chez nous, les banques sont sérieuses" ! Vous voulez rire ou quoi ! Des banques piégées par l'affaire des subprimes, les plus grandes banques chez nous sont concernées. On parle pas mal de la banque Natexis, notamment, qui a du mal apparemment à se recapitaliser. Et il y en a d'autres, le CA, la SG, etc. A des degrés divers cependant, selon qu'elles aient été plus ou moins "sérieuses" justement !

nosyl

La paille et la poutre

Tuesday 26 August | 17:36

D'après ce que j'ai pu voir aux Etats-Unis, il y existe une structure qui centralise les différents prêts à la consommation qu'un particulier peut contracter avec différents organismes de crédit ; cela permet à ces derniers de mesurer le niveau d'endettement du demandeur. A ma connaissance, ce type de structure n'existe pas en France ; pourquoi ?

AG

A Pagnol

Tuesday 26 August | 15:18

Oui, cela arrive peut-être en France, mais chez nous en général les banques sont sérieuses et font très attention au surendettement possible de leur clientèle. En France la gangrène vient plustôt des crédits consentis par les hyper marchés, via leurs organismes de crédit, lesquels agissent comme des "pousse au crime" surtout vis à vis de leur clientèle la plus fragile.

barnabe

Les banques...

Tuesday 26 August | 13:27

Il certains que les banques françaises font aussi parfois des bêtises tout aussi énormes que certaines banques américaines... Je pense a 5 miliards recemment partis en fumée... Même si les subprimes et jéjé n'ont rien a voir l'un avec l'autre...

pagnol

Un système...

Tuesday 26 August | 11:51

... à bout de souffle l'Américain moyen vit à crédit donc propriétaire de peu chose attention cela existe aussi en France.

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