Economie

Publié le 01/12/2008 à 20:27 Reuters

Aer Lingus oppose une fin de non-recevoir à Ryanair

Aer Lingus oppose une fin de non-recevoir à Ryanair

Ryanair, numéro un européen du transport aérien à bas coût, a annoncé lundi une nouvelle offre d'achat sur sa compatriote irlandaise Aer Lingus, pour un montant de 750 millions d'euros, soit moitié moins que le prix de l'offre précédente qui avait été bloquée par l'Union européenne. Le conseil d'administration d'Aer Lingus a rejeté sans frais la nouvelle proposition de Ryanair, estimant qu'elle sous-évalue "sensiblement" la compagnie aérienne. /Photo d'archives/REUTERS/Paul McErlane

Ryanair, numéro un européen du transport aérien à bas coût, a annoncé lundi une nouvelle offre d'achat sur sa compatriote irlandaise Aer Lingus, pour un montant de 750 millions d'euros, soit moitié moins que le prix de l'offre précédente qui avait été bloquée par l'Union européenne.

La Commission européenne avait bloqué l'offre présentée par Ryanair en 2006 au motif qu'elle aurait créé un quasi-monopole pour les vols européens au départ de Dublin.

Cette fois, les analystes estiment que la récente vague de fusions dans le secteur aérien accroît ses chances de succès bien que le projet de rachat suscite toujours l'hostilité en Irlande.

Ryanair, qui détient déjà 29,82% de sa compatriote, propose 1,40 euro par action Aer Lingus. Cette offre, toute en espèces, offre 28% de prime sur le cours de clôture moyen d'Aer Lingus durant les 30 jours au vendredi 28 novembre, a précisé la compagnie low-cost.

Le conseil d'administration d'Aer Lingus a rejeté sans frais la nouvelle proposition de Ryanair qu'il juge sous-évaluer "sensiblement" la compagnie aérienne.

"Il est vivement recommandé aux actionnaires d'Aer Lingus de ne rien faire qui soit lié à cette proposition", explique Aer Lingus.

ÉVOLUTION DE L'ENVIRONNEMENT ÉCONOMIQUE ET RÉGLEMENTAIRE

La Commission européenne s'est refusée à tout commentaire.

Le titre d'Aer Lingus, l'ancienne compagnie publique irlandaise, a gagné lundi 14,29% à 1,28 euro - après un plus haut de 1,31. Ryanair a perdu 2,76% à 2,849 euros.

Michael O'Leary, directeur général de Ryanair, a expliqué que l'environnement économique et réglementaire avait considérablement changé depuis la première offre.

"(Aer Lingus) est de plus en plus considérée comme une compagnie aérienne de petite taille et périphérique, oubliée du mouvement de concentration en Europe", a-t-il dit sur la chaîne de télévision CNBC.

Le rachat d'Aer Lingus par Ryanair donnerait naissance à une quatrième grande compagnie aérienne européenne, après la création d'Air France-KLM, le rachat de la compagnie Swiss par Lufthansa et la fusion attendue de British Airways et Iberia, a indiqué Ryanair.

Si elle veut réussir là où elle a échoué auparavant, Ryanair devra aussi surmonter l'opposition du gouvernement irlandais et des salariés d'Aer Lingus, qui détiennent respectivement 25% et 14% de la compagnie et ont rejeté par le passé les avances de Ryanair.

Le ministre des Transports, Noel Dempsey, a déclaré qu'il évaluerait le projet une fois que le conseil d'administration d'Aer Lingus aura reçu une offre officielle, ajoutant que le gouvernement détenait une participation "stratégique" dans la compagnie notamment pour empêcher des offres hostiles.

"Il n'y a pas de restrictions (...) Les actions peuvent être achetées et vendues", a-t-il dit.

50% DE CHANCES DE RÉUSSIR

O'Leary estime que l'accueil des employés d'Aer Lingus sera cette fois différent car au cours des deux dernières années, la compagnie a supprimé des emplois. Dans le document de son offre, Ryanair dit avoir l'intention de doubler la taille de la flotte court-courrier d'Aer Lingus à un horizon de cinq ans et promet de créer ainsi un millier d'emplois.

Le syndicat Impact, qui représente les pilotes et le personnel de cabine d'Aer Lingus, a cependant fait part de sa préoccupation concernant l'emploi et la concurrence.

"Il est peu probable que la réponse d'Aer Lingus soit différente cette fois", a dit le syndicat.

Des analystes à Numis Securities soulignent que les récentes fusions dans le secteur aérien ont modifié l'environnement réglementaire à l'avantage de Ryanair.

"Le moment où cette offre est annoncée est intéressant compte tenu du risque sur les profits en raison du risque accru de récession et de la détérioration rapide de la consommation en Irlande et au Royaume-Uni", explique Numis dans une note.

Des analystes de RBS estiment de leur côté que la dernière offre de Ryanair pourrait être rejetée par la direction d'Aer Lingus et que des actionnaires, enclins à un accord, pourraient tenter d'obtenir un meilleur prix, mais ils jugent que les chances de succès sont "manifestement plus élevées".

"A ce stade, nous pensons que cette offre a 50% de chances de réussir, bien plus que la dernière fois", dit RBS.

Avec Paul Hoskins à Londres, version française Gilles Guillaume et Gwénaëlle Barzic


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