Publié le 27/11/2008 N°1889 Le Point
Franz-Olivier Giesbert
L'Europe est malade de la crise. Pour une fois, la Grande-Bretagne n'est pas fautive, ni la France. C'est l'Allemagne qui n'est pas à la hauteur. Certes, sur le plan économique, l'article n'est plus à faire : l'Allemagne est la quatrième puissance du monde, numéro un des exportations, un modèle à bien des égards. Mais elle n'a plus de chef. Mme Merkel est en dépression.
Résultat : l'Allemagne est aujour-d'hui aux abonnés absents alors que la crise économique s'installe chaque jour un peu plus sur notre Vieux Continent. Mme Merkel est en effet affectée du syndrome Hoover, du nom du président américain, de sinistre mémoire, qui, en 1929, continuait à croire au laisser-faire, alors que tout s'effondrait autour de lui.
Face à la nouvelle donne, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown ont, eux, changé de pied, le premier n'hésitant pas, pour relancer l'économie britannique, à baisser de 2,5 points le taux de TVA. Ils font du Roosevelt. Grâce à quoi l'Europe n'est pas, comme on aurait pu le penser, le bouc émissaire de la récession. Enfin, pas encore.
Les archéo-souverainistes et les protectionnistes pavloviens sont même curieusement discrets. Il est vrai qu'ils ont reçu un rude coup, la semaine dernière, avec un rapport sans appel de la Commission de Bruxelles. Sa conclusion : à la suite de la prétendue abominable directive Bolkestein, avec laquelle les démagogues affolèrent les populations, la déferlante des plombiers polonais ne s'est pas produite. Mieux encore, les flux migratoires venus de l'Est ont eu des effets positifs sur l'emploi et l'économie.
Avec les difficultés qui s'annoncent, il faut quand même se méfier. On va sûrement nous inventer encore d'autres croquemitaines. Les imbéciles ne désarment jamais
joellesol
@Fusti
Thursday 11 December | 23:47
J'aime beaucoup les deux premiers volets de ton analyse. Pour le troisième : -la relance américaine je n'y crois pas. Ils sont partis pour plonger profond. - Les achats Chinois, tu peux oublier. Ils n'oublieront jamais l'injure grave de Yade, ni le fait qu'elle n'ait pas été immédiatement renvoyée par Sarkozy. Cela aurait été un bon plan, mais même si Sarko avait les tripes de démolir Yade maintenant (et il faudrait qu'il aille très loin pour calmer les Chinois), il ne pourrait au mieux que limiter les dégâts. C'est le jour où elle s'est permis de poser des conditions qu'il aurait dû la sanctionner sévèrement. En revanche, nous aurions intérêt à nous associer plus étroitement à la Russie. Mais là encore la personnalité de Sarkozy s'y oppose. Kouchner est encore plus incapable que lui de négocier avec les Russes. Or, c'est le seul pôle mondial solide et prospère.
tontonflingueur
Attention
Wednesday 10 December | 12:48
Les flux migratoires pour l'emploi sont d'intérêt général ? On va aussi bientôt nous faire croire que les dé-localisations le sont aussi. Par exemple ici en Suisse il y a une sous enchère salariale due au flux migratoire journalier qui traverse les frontières. Dans ce pays il y a 10% de pauvres et une partie non négligeable est au seuil de la pauvreté. Continuons comme ça vers une société ou, dans un proche avenir, les tensions sociales exploseront.
Ahmed REZGUI
Conspiration
Thursday 4 December | 11:13
Il est dans l'intérêt de notre démocratie que le Président recentre le débat, n'en déplaise à certains. C'est la seule route possible.
pafou
Il n'y a pas de cigale française et de fourmi allemande !
Wednesday 3 December | 22:13
La France doit trancher sans hésitation dans les priorités. La France doit construire d'urgence un million de logements sociaux de "type studio". Ces logements ne sont pas chers à construire. La France doit remettre ses pendules à l'heure. Il faut en finir avec les gâchis invraisemblables. Un seul exemple : des milliers de grands appartements sociaux sont loués à des célibataires ou à des couples sans enfants ! Qui dit mieux ?
Sylvain 69
L'injure n'est pas un argument
Wednesday 3 December | 16:02
Je constate qu'un commissaire européen bloque le plan français de sauvetage des banques. D'un point de vue démocratique c'est un scandale : un parlement élu vote une mesure d'urgence une bureaucrate non élue met son véto ! Faut-il être imbécile pour défendre la République ? Des centaines de milliers d'emplois sont menacés par le renchérissement et le rationnement des crédits (cf patrons de PME) des familles comptent sur ces emplois pour vivre. Faut-il être imbécile pour croire que cela est plus important que la concurence libre et non faussée invoquée par Bruxelles pour refuser le plan économiquement vital et voté démocratiquement. Sous l'impulsion du président Sarkozy et de M. Brown l'Europe intergouvernementale a bien fonctionné mais les stuctures supranationales ( Bruxelles, la BCE qui cherche une inflation qui n'existe plus et ne baisse pas ses taux) font tout capoter... Et si les 55% de non (Référendum sur le traité constitutionnels) n'étaient pas tous des "crétins" ?
Héloïse
Cigale et Fourmi
Wednesday 3 December | 12:02
Je vois qu'il est de bon ton dans cette France sarkozyste de critiquer l'Allemagne qui réussit mieux simplement parce qu'elle a été plus sérieuse, réaliste et surtout plus courageuse. Merkel a refusé de financer le plan de sauvetage européen alors Sarkozy l'a rendu responsable de la crise financière. Il ignore que c'est dans son bon droit, pourquoi irait elle gaspiller des années d'efforts budgétaires pour satisfaire aux délires d'une France dépensière ? De plus ceux qui félicite Sarkozy pour sa gestion de la crise ignore-t'il que le principal artisan des mesures de relance européennes depuis deux mois n'est pas notre omnipotent président mais le premier ministre anglais. Mr Brown se devait de se mettre au travail vu que de tous les pays européens, l'Angleterre a été la plus touchée par le tsunami boursier. Sarkozy n'a fait que (comme à son habitude) récupéré à son compte l'action et les prises de décisions des autres. Enfin, les décisions de Sarkozy sont de plus en plus décriées par ses partenaires européens. Barroso lui a même demandé de se calmer un peu et de réfléchir un peu plus avant de se lancer dans des discours irrationnelles. Merkel et l'Allemagne qu'on a trouvé trop pondérées et attentistes semblent finalement montrer le chemin puisqu'elle montre que la crise n'a pas trop déstabilisé son économie comme le montre une nouvelle baisse du chômage alors qu'au même moment la France enregistrait sa plus forte augmentation de demandeurs d'emploi depuis 1993. Alors qui sont les imbéciles ? Ceux qui se vengent de leurs actions inefficaces ou ceux qui analysent intelligemment les événements avant de jeter l'argent par les fenêtres. A ce titre, je suis toujours étonnée que la France soit le seul pays au monde à donner de l'argent aux banques sans une seule contrepartie alors que même les USA et l'Angleterre ont exigé une entré au capital dans les banques qu'elles ont renfloué. Imbécillité ?
lalain
La cigale française
Tuesday 2 December | 16:20
... veut faire payer la fourmi allemande. L'Allemagne a déjà consacré 1,32 % de son PIB à la relance, elle a bien le droit d'attendre Janvier pour savoir ce qu'elle fera.
urfé
Tout à fait, lamorice
Tuesday 2 December | 14:18
Réponse à votre dernière phrase. Cela date de vieux, depuis Vercingétorix la culture gauloise est comme cela. Maintenant et demain sera pareil. Dire et contredire c'est bien, démocratique même, mais cela ne fait pas avancer rapidement. En plus la grosse majorité des médias sont de gauche alors vous pensez on n'a pas fini avec la CGT, la CFDT, FO, le PS, le PC, le NPA, la LCR et tous les réseaux dormants nichés dans les administrations. Aucun sens civique en France et plus aucun sens de la Patrie. Au fait lomorice, c'est tout cela que vous avez sur le coeur.
Fusti
Analyse perso (suite2)
Tuesday 2 December | 11:13
Premier constat, il serait temps de se pencher vers cet avenir à court/moyen terme, et d'agir en fonction : - Ce n'est certainement pas en creusant des déficits que l'on va faciliter la traversée de cette période, bien au contraire, ceux qui paient le plus cher une période durable de déflation son les endettés. Il serait tout à fait à propos d'éviter à nos états européens de s'engager dans cette voie. - Booster la consommation dans la configuration actuelle n'est pas pertinent non plus. L'UE est bien trop dépendante de ses importations, et l'impacte d'une relance par la consommation serait coûteuse pour un moindre impacte (baisse de la TVA, aides aux ménages relancerait la consommation d'une manière ponctuelle, et n'aiderait l'économie nationale que dans la mesure ou la plus grosse partie de ce pic de consommation serait reportés sur des produits nationaux, ce qui ne peut être le cas en Europe). Cette solution ne serait envisageable que dans le cas d'une économie fortement indépendante et exportatrice (éventuellement pour la Chine) - Il faut donc dans un premier temps se concentrer à booster le commerce extérieur de l'UE, et favoriser les exportations : baisse de l'Euro, exonérations à l'export, tout en essayant habilement de protéger les économies nationales (protectionisme déguisé?). Cette première étape utiliserait comme tremplin les fabuleux plans de relance lancés par les états-unis et la Chine, en drainant une partie de ceux-ci vers l'Union. - Dans un 2e temps, grâce au rééquilibrage du commerce extérieur (merci les plans de relance US et Chine), une large baisse des taux d'intérêts visant à booster l'investissement et la consommation pour faire rebondir le marché national Le timing est très important, et la rapidité de la mise en place de même, car si la tendance à la déflation se précise et que les économies US et chinoise sombrent, il n'y aura plus aucun levier pour l'Europe. La clef étant pour moi notre (UE) dépendance vis-à-vis des importations, qu'il faut absolument traiter et réduire au plus vite! Le protectionnisme, devenu mot tabou, doit être habilement remis au goût du jour (du moins temporairement). Le 2e constat, plus philosophique, c'est que grâce au virtuel, nous avons pu continuer à faire perdurer le mythe de la croissance illimitée pendant quelques décennies. Cet effondrement du virtuel marque l'ère du retour sur Terre : notre planète est limitée, nos ressources sont limitées, et nous avons pompé au-delà de la limite autorisée. - Soit on pense autrement, décroissance et vite, changements de moeurs et de mode de vie - Soit on courre à la guerre ultime, celle des ressources vitales PS. Marrant, j'ai la nette impression que nous autres, du Nord, nous ne voudrons pas "régresser" (suffit de voir les manifs dans les rues quand on demande de serrer la ceinture). ... Modèle économique bâtit sur la création illimitée de besoins couverts par des ressources limitées... Soit on change, soit il faut qu'on soit moins. Méditez.
Fusti
Analyse perso (suite1)
Tuesday 2 December | 11:12
Une déflation durable va générer un problème quasi insoluble : d'un coté, la consommation générale, après un bref sursaut dû à la première baisse des prix, va ralentir à nouveau, selon le principe de thésaurisation (les achats seront remis à une période ultérieure avec l'espoir de payer encore moins cher). Et de l'autre coté, les entreprises en manque de carnet de commandes et en surplus de stocks vont enregistrer de lourdes pertes, ralentir leurs activités et ne plus investir. Conséquences terribles pour l'emploi, qui à leurs tours vont générer des conséquences terribles sur l'activité (cercle vicieux). Pour information, le Japon (2e économie mondiale) dans les années 90 a dû faire face à une période de déflation dont il a mit 15 ans à se sortir. Il y est parvenu en se servant de taux directeurs 0 (pour encourager l'investissement et la consommation, et non la thésaurisation/épargne) et du commerce extérieur comme levier (en boostant son économie grâce aux exportations plutôt que par son marché national moribond). Mais pour l'instant la BCE n'a pas encore pris la juste mesure de la nécessité de baisser les taux, et si la déflation qui s'annonce est mondiale, nul commerce extérieur ne soutiendra les économies nationales.
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