Publié le 26/08/2008 à 14:06 - Modifié le 26/08/2008 à 14:09 Le Point.fr

L'ouverture du bal démocrate de Denver fait le plein d'émotion

Par Patrick Sabatier, notre envoyé spécial la Convention démocrate de Denver (Colorado)

L'ouverture du bal démocrate de Denver fait le plein d'émotion

Le sénateur Edward Kennedy et Michelle Obama à la convention démocrate de Denver © AFP

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La convention démocrate s'est ouverte lundi en fanfare à Denver sous la triple enseigne de la famille, des valeurs traditionnelles et de l'unité, celle du parti et celle de la nation, dans le registre de l'émotion. Les conventions n'ont depuis longtemps plus d'autre fonction que celle de grand show télévisé soigneusement mis en scène, regardé par des millions d'électeurs et dont le but est de diffuser une image la plus positive possible du candidat désigné, et de créer un "récit" propre à susciter l'émotion et à emporter l'adhésion des électeurs/spectateurs.

Dans le cas de Barack Obama, l'objectif était de "l'humaniser", de convaincre les électeurs qu'il est bien un Américain comme les autres, un homme tout ce qu'il y a d'ordinaire, et non pas la caricature exotique, vaguement inquiétante, hautaine, "élitiste", que cherchent à imposer les républicains à travers leurs publicités qui moquent l'adulation dont l'entourent ses partisans et font de lui une simple "célébrité".

On a donc vu lundi soir sur la scène du Pepsi Center, grand stade de basket et de hockey en lisière du centre-ville transformé en salle de grand spectacle, un tableau vivant de la famille américaine idéale. Le candidat est apparu en duplex depuis Kansas City où il est encore en campagne, pour dialoguer avec son épouse Michelle, vedette toujours aussi élégante de la première soirée de la Convention, et ses deux petites filles, Malia et Sasha. Il y avait aussi dans la salle la maman de Michelle, qui a présenté la carrière de sa fille diplômée de Harvard dans une vidéo, et son grand frère, qui l'a présentée en faisant son éloge, tout comme la demi-soeur de Barack, Maya Soetoro-Ng, avait auparavant fait celui du candidat. On avait un peu l'impression d'une série télévisée ciblant les familles de l'Amérique profonde.

Barack Obama "ne s'intéresse pas à vos origines, ni à quel parti vous appartenez"

Tous ont raconté ce que Michelle Obama a résumé comme "une formidable histoire américaine". Un scénario qu'Hollywood n'oserait plus imaginer, qui a permis à Barack l'enfant métis, élevé par une mère célibataire et une grand-mère qui ne roulait pas sur l'or, et à la fille d'un modeste employé municipal de s'élever l'un et l'autre, par la seule force du travail et de la volonté, jusqu'à pouvoir frapper à la porte de la Maison-Blanche, dont ils ont de bonnes chances de devenir les prochains locataires.

Michelle devait faire oublier son aveu malencontreux, durant la campagne des primaires, sur le fait que le succès de son mari l'avait "pour la première fois rendue fière de (son) pays". Elle a donc fait lundi soir une vibrante déclaration d'amour à l'Amérique, "un pays où on réussit quand on le veut", tout autant qu'à son mari qui veut "un monde tel qu'il devrait être et non pas tel qu'il est". Elle s'est présentée comme "épouse et mère" bien plus que comme femme de tête et avocate brillante, et a insisté sur les "valeurs" que son couple partage avec tous les autres Américains : le travail, l'honnêteté, et le respect des autres, "même quand on n'est pas d'accord avec eux".

Sans évoquer la question raciale, elle s'est employée à donner une image aussi peu partisane que possible de son époux. Barack Obama, a-t-elle assuré, "ne s'intéresse pas à vos origines, d'où vous venez ni à quel parti vous appartenez. Il sait que le lien qui nous unit, la foi dans la promesse de l'Amérique et notre engagement pour le futur de nos enfants, est assez solide pour faire de nous une seule nation...". Mais si le discours de la future première dame a été applaudi avec enthousiasme et si elle a rempli son contrat, la vraie émotion de la journée avait été fournie par l'entrée en scène du sénateur Edward Kennedy, le vieux lion du Sénat, accueilli par les délégués comme s'il devait être le véritable candidat à la Maison-Blanche des démocrates. La venue du patriarche du clan Kennedy et du parti, atteint d'un cancer au cerveau, était restée incertaine jusqu'au dernier moment, et plus d'un délégué avait les larmes aux yeux en regardant le film qui rendait hommage à sa longue carrière législative, et le montrant en compagnie de ses deux frères assassinés, John et Robert.

Edward Kennedy assure que "le rêve continue"

"Rien ne m'aurait empêché de venir", a rugi celui qui a été un des personnages centraux de toutes les conventions démocrates depuis 1960, et qui a "fait serment qu'(il) serait là en janvier" pour l'inauguration du nouveau président, Barack Obama. Entouré lui aussi de tout son clan, et en particulier de Caroline, la fille de JFK qui est devenue une des plus ferventes partisanes et conseillères d'Obama, "l'oncle Teddy" a lui aussi replacé la candidature de ce dernier dans la tradition américaine, et la prolongation d'un des grands mythes américains, reprenant pour l'occasion la célèbre apostrophe qu'il avait lancée après l'assassinat de ses deux frères : "Le rêve continue !".

L'enjeu du scrutin de novembre est évidemment que le rêve ne reste pas qu'un rêve, et que le beau scénario présenté à la convention devienne réalité. Car au premier jour de leur convention, les démocrates, derrière l'exubérance et l'émotion, étaient inquiets. Les sondages nationaux, dont celui de CNN publié le matin même, continuent de montrer que le républicain McCain a rattrapé Obama, et que l'issue du scrutin reste incertaine à ce stade. Et, ceci expliquant cela, que moins de la moitié des électeurs qui s'étaient prononcés pour Hillary Clinton lors des primaires sont décidés à voter pour Obama, selon un sondage USA Today. Après Michelle lundi, Barack va donc devoir compter sur une autre femme aujourd'hui : Hillary, la vedette de la journée, dont tout le monde attend de voir comment elle va appeler ses partisans, qui n'ont pas encore digéré sa défaite, à se rallier à Obama.

"J'ai très peu d'inquiétudes sur le fait que les démocrates ne soutiennent pas le ticket Obama-Biden", affirmait pourtant lundi après-midi Greg Craig, un des principaux conseillers d'Obama. "La rébellion des partisans d'Hillary Clinton inquiète bien plus les médias que nous. En fait, les deux équipes de conseillers ont fusionné sans problème. Il y a bien sûr la réaction humaine de gens qui ont investi dix-neuf mois de leur vie dans une campagne qui a échoué, mais le parti est une famille bien plus unie qu'on ne le dit. Et pour ce qui est des sondages, nous n'y prêtons pas davantage attention. La campagne présidentielle commence vraiment aujourd'hui, et la plupart des Américains vont découvrir Barack Obama à l'occasion de cette convention. Reparlons-en en octobre..."

La convention démocrate est bien une affaire de familles.

13 COMMENTAIRE(S)

Frenchie

Et si Obama c'était le début d'une nouvelle Amérique

Tuesday 2 September | 22:13

Je lis vos commentaires et je ne peux m'empêcher de me demander pourquoi Barack Obama suscite tant de passion ? Il ne laisse pas indiffèrent, pourquoi ? Pourquoi avons nous tous besoin d'être pour lui ou contre lui ? Pourquoi qu'alors que Mc Cain semble ne suscite aucun intérêt ? Pourquoi Obama en suscite-t-il autant ? Serait ce parce qu'il est noir ? Non, au 21e siècle nous avons dépassé ces clivages. Est ce parce qu'il est intelligent ? certainement cela fait une différence avec notre président actuel, mais les Américains aiment bien leur politiciens idiots, nous les Français sommes bien placés pour le savoir. Alors qu'est-ce ? Son charisme ? Son parti ? Il n'est certainement pas le premier Américain charismatique et démocrate. Alors quoi en voila assez qu'est ce qui fait courir Obama ? Et bien, je vais vous le dire, c'est une certaine idée de L'Amérique que nous avons cru morte, l'idée d'une Amérique généreuse, laborieuse, et surtout unique. Une Amérique profonde faite de brave gens qui ne veulent faire de mal à personne et n'hésitent pas à venir au secours du plus démuni, une Amérique avec qui je vis chaque jour et qui crève d'être représentée par des escrocs, des affamés de pouvoir et d'argent. Une Amérique qui ne se reconnaît pas dans la guerre en Irak, qui ne peut supporter l'idée de la torture et de la faim. Une Amérique qui veut vivre en accord avec les principes sur lesquels a été fondée sa constitution. Enfin une Amérique honnête et fière ! Voilà Pourquoi Barack va devenir le prochain président des États Unis d'Amérique, il parle au coeur d'un peuple qui ne pouvait plus se regarder dans la glace. Il rend aux Américains, une identité qui leur a tellement manquée !Drôle non, lui pour qui se trouver a été si difficile va offrir à des millions d'Américains la chance de se retrouver !

lavoine

@ Jonas

Tuesday 26 August | 21:32

Mais à vous lire, derrière quel masque vous vous cachez ? Parce qu'il est noir, nous devrions obligatoirement apporter notre soutien à Obama. Dans cette posture, j'y vois autant de naïveté que d'immaturité politique. Le racisme se niche là où on ne l'attend pas.

lavoine

Peu importe le prochain président...

Tuesday 26 August | 21:01

L'Amérique restera ce qu'elle a toujours été, une puissance dominante, impérialiste et expansionniste qui entend demeurer le gendarme du monde. Quant à Bilden, il n'est qu'un vice président de circonstance aussi fiable que sera le vote des partisans d'Hillary. Non décidément, le rêve d'un homme n'est pas le rêve d'une nation.

feng shui24

Definately fascinating...

Tuesday 26 August | 20:25

Michelle a été très professionnelle en self-made woman de l'Amérique profonde. Mais pour ma part, son discours n'est vraiment devenu intéressant qu'à partir de cet appel à croire en une rupture possible avec l'ancien système. Amérique de tous les possibles ? That's the One million Dollar question ? Mais le nivellement me plaît assez. Va-t-on aujourd'hui reprocher à Obama et à son équipe d'être comme il faut quand il faut ? Peanuts ! Obama candidat, Biben colistier, Hillary et Michelle à l'avant-garde feminine, que demander de plus ? It's a very gentle game. Carpe diem !

Maximus

Voté pour Hillary, votera pour McCain...

Tuesday 26 August | 20:13

De nombreux Français ne semblent pas comprendre pourquoi une grande partie des supporters d'Hillary Clinton (moi y compris) voteront pour McCain. Je vais utiliser l'exemple français pour expliquer. J'ai voté pour que DSK (Hillary) soit le candidat présidentiel de la gauche. Mais d'autres ont choisi Sego (Obama) comme candidat. Donc j'ai voté contre Sego (Obama) et pour Sarko (McCain). Obama est notre Bécassine aux US. "Comprendo better now" ?

knight

Tout cela est d'un ridicule !

Tuesday 26 August | 19:19

Elle ne peut pas faire autrement que de soutenir son mec ! [...] Vraiment quand ils décident de jouer les innocents hypocrites ces Amerloc ! Je précise que je suis Franco-Amerloc mais Français avant tout.

Jonas

Vous vous cachez derrière un masque !

Tuesday 26 August | 18:45

Il est plus qu'évident que beaucoup d'entre vous, qui font des commentaires sur Le point, ne sont pas prêts pour digérer un noir ou une à la tête de la plus grande puissance du monde. Vous préférez vous cacher derrière le masque des autres, pour dire que l'Amérique n'est pas prêt alors que vous en faite bien partie de ceux qui ne le veulent. Vous devriez fermer vos bouches depuis les primaires en voyant que l'Amérique s'est montré plus que prêt en votant pour Oboma, maintenant étant déçu,vous pronostiquer sans fondement sur le prochain scrutin. Pour ceux qui disent qu'Obama n'est pas noir, vous faites bien partie de ce groupe aussi. Depuis quand les blancs quand il s'agissait de racisme contre les noirs les métis étaient épargnés. Qui peut dire qu'il n'est pas noir si lui il se sent mieux dans la peau d'un noir ? De toutes les manières, sa femme et ses filles le sont bien. Vous parlez de battage médiatique... depuis quand on s'intéressait beaucoup plus à des mangues vertes ? Vous dites qu'on s'intéresse à lui tout simplement parce qu'il est noir comme s'il était le premier noir à avoir le rêve de devenir président des USA. Obama, c'est l'histoire d'un homme qui sait poursuivre son rêve, qui sait se faire accepter par ses idées et ses discours convaincant "Ne laissez pas les cyniques vous dirent que vous ne pouvez pas..." et le plus important, que vous ignorez, il sait s'unir à ceux qui sont contre lui ou le critique pour devenir plus fort - Joe Biden -. L'homme fort, ce n'est pas celui qui le croit être, mais celui qui connaît sa faiblesse et se récupère. Rendez-vous en Novembre !

Bertrand

Une illusion

Tuesday 26 August | 17:36

Obama est une illusion pour bobos européens. L'Amérique que les partisans européens d'Obama appellent de leur voeux, qu'ils pensent liée au destin d'Obama (un politicien sans conviction et manipulateur) n'existe pas. L'Amérique s'est construite sur l'esclavage, le massacre des indiens, la bigoterie religieuse et le capitalisme le plus sauvage entraînant de profondes et durables inégalités entre les gens. Ces inégalités ne sont pas de l'ordre du mode de vie, mais se rapportent à l'essentiel tel que la santé. Aujourd'hui, être pauvre aux USA, c'est ne pas avoir accès aux soins, c'est crever en silence alors que le système continue à enrichir les privilégiés. La justice est également liée à l'argent. En fonction de vos moyens à payer des ténors du barreau, vous serez coupable ou innocent. Il faut arrêter de montrer le modèle américain comme un exemple. Il est formidable que les USA puissent avoir un tel dynamisme économique mais ne soyons pas dupes, ce dynamisme a un prix et c'est celui de la barbarie.

lavoine

Avec Edward Kennedy

Tuesday 26 August | 16:55

... comme soutien symbolique et révélateur, Barak Obama est bien le candidat des bobos et des noirs... Mais sont-ils la majorité aux States ? J'en doute.

solofo

Grand boulevard pour McCain

Tuesday 26 August | 15:22

Cela dès les primaires, car depuis toujours les Américains ne veulent ni d'une dame (Hillary) ni d'un homme de couleur (Obama) à leur tête.

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