Publié le 01/08/2008 à 11:36 - Modifié le 06/10/2008 à 15:50 Le Point.fr

Entre Obama et McCain, l'économie tranchera... comme d'habitude

Michel Colomès

"It’s economy, stupid !" C’est l’économie qui compte, imbécile. Quand Bill Clinton avait lancé sa campagne victorieuse pour remporter les présidentielles de 1992, l’un de ses conseillers - pas très déférent mais bien inspiré - lui avait inscrit ce slogan en énormes caractères sur le mur de son QG de campagne. Et le candidat démocrate l’avait en effet emporté sur George Bush père en misant tout sur un programme économique ambitieux, alors que les États-Unis venaient de connaître une mini-récession que Bush avait plutôt négligée. Le Président sortant était en effet persuadé que ses victoires dans la première guerre du Golfe lui amèneraient sa réélection dans un fauteuil.

Seize années ont passé, et l’histoire pourrait bien se répéter. Mais pas au profit du candidat démocrate : parce qu’il avait conscience qu’il risquait de souffrir dans la dernière ligne droite de la campagne, lui le pied-tendre de la politique, d’un déficit d’image de "commandant en chef", face à un adversaire qui, grâce à son passé militaire glorieux, n’avait rien à prouver, Obama a cru bon de profiter du creux de l’été pour aller se montrer en Irak - où il n’était pas allé depuis janvier 2006 - et en Afghanistan, où il n’avait jamais mis les pieds. Et pour faire bonne mesure, il a achevé sa tournée quasi présidentielle par un meeting de rock-star à Berlin et deux haltes diplomatiques à Paris et à Londres.
Le moment n’était guère choisi. La semaine même du sauvetage par l’État fédéral de deux énormes établissements de crédits hypothécaires et de l’octroi de 300 milliards de dollars aux sinistrés de l’immobilier, deux mesures que l’on peut qualifier d’interventionnistes et qui, venant d’un gouvernement ultralibéral, ont fait d’autant mieux prendre conscience à l’Amérique de la gravité de la crise. Avec cette conséquence : puisque les républicains, même avec Bush, sont capables d’être à ce point proches des préoccupations des gens, pourquoi ne pas préférer le candidat qui a le plus d’expérience à celui, certes très charismatique, mais dont les électeurs commencent à s’agacer qu’il soit plus populaire à l’étranger que chez lui. D’ailleurs, un sondage USA Today-Gallup résume bien la problématique d’Obama : les Américains pensent qu’il ferait un meilleur président dans les relations avec le reste du monde, mais qu’en revanche, McCain serait un chef plus rassurant... "It’s economy, stupid !"

14 COMMENTAIRE(S)

joellesol

Excellente analyse de M. Colomès

dimanche 26 octobre | 23:34

C'est une évidence. Le meilleur chef en temps de crise, c'est plutôt le vétéran blanchi sur le harnais, suffisamment bon économiste pour avoir pu acquérir et gérer une fortune, plutôt qu'un jeune play-boy, beau-parleur mais sans expérience, dont l'expérience professionnelle comme travailleur social se résume à savoir dépenser mais non acquérir.

louis desire de polminhac

Etes-vous certain

vendredi 29 août | 18:53

... que c'est la couleur de l'argent qui va faire la différence ?

tokyo drift

C'est l'inflation !

mercredi 27 août | 03:37

Personne ne tient les Bush responsables de la crise financière actuelle. Greenspan semble jouir de ce statut de bouc émissaire. La crise de l'immobilier et du crédit est purement spéculative ! Les politiques n'y sont pour rien, et leurs mesures fiscales ou budgétaires n'y changeront rien. Même la Fed ne peut rien faire ! L'attention des deux candidats doit se tourner vers l'inflation pour espérer ramasser le maximum de voix. Pour l'instant je ne sais pas s'ils ont vraiment oeuvré dans ce sens.

georges

Égalité

jeudi 21 août | 19:08

Choix difficile : l'un plus jeune, dynamique et peu expérimenté, l'autre, peu âgé mais avec de l'expérience. Le choix du vice-président le plus complémentaire ne pourrait-il pas déterminer le choix des électeurs, au moment décisif, en fonction des situations économiques et extérieures ?

domi

Article ou tribune ?

jeudi 21 août | 18:47

C'est un article qui analyse une situation et fait progresser la connaissance du lecteur ou un voeu du rédacteur ?

feng shui24

All this is nuts !!!

mercredi 13 août | 20:58

A mon humble avis, l'économie si elle devait trancher trancherait en faveur d'Obama. La crise financière dans laquelle les actions de Bush père et fils ont trempe les USA ne sont pas de bon augure pour Mc Cain. Et puis la rengaine du "passé militaire glorieux" est décidément surfaite. L'argument militaire a certes sa place mais quand on voit l'impact qu'il a pu avoir sur les relations internationales... C'est inquietant. Une politique militaire menée avec fermeté et modération serait plus favorable au changement. Or les relans bushiens de McCain ne sont pas rassurants. Les USA actuellement en disgrâce sur le plan financier ne pourront pas se refaire une santé en s'enfermant comme la Russie il y a quelques années dans une campagne de réaffirmation de leur leadership militaire. Carpe diem et le présent c'est l'ouverture au monde, la modération et la fermeté.

nativehg

It's The Economy, Stupid !

mardi 12 août | 17:05

Peut-être nos journalistes devraient faire attention lorsqu'ils utilisent des expressions étrangères. En anglais, on dit : "It's the economy, Stupid !", n'oubliez-pas le "the".

Zélia

On patauge

mardi 12 août | 12:58

Je trouve cet article assez peu réaliste dans la mesure où l'on ne prévoit jamais réellement comment et dans quelle état d'esprit les gens iront voté... Il suffit d'un petit incident à la veille des élections pour que tout bascule. De plus, le parti républicain en voulant salir Obama part diverses diffamation à tendance aussi à ternir son image... Et je ne suis pas persuadée que les américains soit très perspicaces en matière d'économie ou de politique étant donné qu'ils ont élu deux fois de suite le même et unique homme étant responsable du naufrage économique de l'Amérique... Sans oublier que les Américains sont très "famille" et souhaiteraient bien que leur compatriotes soldats reviennes au bercail... alors pour reprendre les termes de "Carbet" les gens pourraient se surprendre plus à voter par l'affectif que par la raison.. et que ce n'est pas typiquement le caractère français mais celui de tout un monde.

jmj

Ah bon ?

vendredi 1 août | 18:23

Est-on bien sûr que "l'économie tranchera" ? Je suggère à M. Colomès de lire le bloc-notes de BHL paru dans Le Point n° 1.869 (10 juillet 2008). BHL y montre que "la bataille va se concentrer sur un très petit nombre d'États que l'on appelle les "swing states", autrement dit les "États bascule", qui votent en fonction de considérations locales n'ayant plus grand-chose à voir avec les grandes questions internationales, ou même simplement nationales".

carbet

Affectif ?

vendredi 1 août | 15:32

Après avoir pris connaissance des commentaires de pistranias, mike et biais (très motivés au demeurant), il est symptomatique, comme ressortant du caractère français, de constater comme l'affectif prime sur le raisonnable...

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