Publié le 28/08/2008 à 19:57 - Modifié le 28/08/2008 à 20:00 Le Point.fr

La folle nuit américaine de Barack Obama

Par Patrick Sabatier

La folle nuit américaine de Barack Obama

Barack Obama (ici avec sa femme Michelle) a été proclamé candidat démocrate pour la présidentielle américaine. © CHRIS CARLSON/SIPA

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Le moment avait beau être attendu, il n'en a pas moins été historique. Des larmes ont coulé, les hurlements de joie ont explosé sous le dôme du Pepsi Center de Denver, des farandoles se sont formées et les militants démocrates se sont lancés dans des danses endiablées à 4 h 47 (heure locale) mercredi quand la "speaker" de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui préside la convention démocrate, a proclamé Barack Obama candidat officiel du parti à la présidence des États-Unis. Pour la première fois de l'histoire d'un pays, dont l'esclavage des Noirs a constitué le péché originel, un Afro-Américain venait d'être choisi comme candidat à la plus haute fonction de l'État par un des deux grands partis politiques qui s'y partagent le pouvoir.

La désignation d'Obama, 47 ans, sénateur de l'Illinois, fils d'un Kenyan et d'une Américaine, a bien évidemment été magistralement mise en scène et minutée pour obtenir l'effet maximum dans l'électorat qui élira le 4 novembre le 44e président des États-Unis. Le roll call - appel des délégations de chaque État pour qu'elles annoncent publiquement leur choix entre les deux candidats en lice - Obama ou Clinton - était en cours quand la délégation de New York a été invitée à s'exprimer.

Aussitôt, la sénatrice de New York, Hillary Clinton, entourée de tous les dirigeants de l'État, a fait son entrée en scène pour demander, dans un esprit d'unité, que le décompte des votes soit interrompu, et que les démocrates fassent de Barack Obama leur champion par acclamation, en plein milieu des journaux télévisés du soir des grandes chaînes dans l'est du pays, là où se trouvent les États les plus cruciaux pour une victoire démocrate en novembre. Les quatre mille délégués démocrates ont hurlé "Aye !" ( oui ), comme un seul homme (la musique aussitôt enchaînée a de toute manière noyé les non s'il y en avait, car il ne s'agissait pas vraiment là d'un exercice de démocratie, mais d'un show sur le thème de l'unité retrouvée du parti).

Et soudain Bill Clinton apparut...

Après l'Histoire en train de se faire, les téléspectateurs ont eu droit à un symbole puissant : le soutien, d'autant plus spectaculaire qu'il était mis en doute depuis des semaines, apporté par l'ex-président Bill Clinton à celui qui a brisé le rêve de son épouse de devenir la première présidente des États-Unis. Les médias étaient remplis ces derniers jours d'articles analysant les rapports exécrables entre les Obama et les Clinton. Mais lorsque Bill Clinton est apparu, ovationné pendant trois minutes comme la star qu'il demeure pour de très nombreux démocrates, et pour Michelle Obama, il a prononcé le plaidoyer le plus éloquent, et convaincant, en faveur de l'élection de Barack Obama qu'on ait entendu depuis le début de la convention. "Je suis ici d'abord et avant tout pour apporter mon soutien à Barack Obama", a proclamé l'ex-président, qui l'a intronisé en précisant aux nombreux électeurs démocrates qui doutent encore de leur candidat : "Barack Obama est prêt à gouverner l'Amérique et à restaurer le leadership américain dans le monde. Prêt à préserver, protéger et défendre la Constitution des États-Unis. Barack Obama est prêt à être président des États-Unis."

Il a rappelé à ceux qui s'inquiètent du manque d'expérience du candidat, en particulier sur les questions de sécurité nationale et de politique internationale, que les mêmes critiques avaient été portées contre lui-même pendant la campagne électorale de 1992. Décrivant une Amérique en crise dont le prochain président aura pour tâches prioritaires de "rénover le rêve américain" et de "rétablir le prestige du pays dans le monde", il a conclu que "Barack Obama (était) l'homme de la situation" et prédit sa victoire, car sa candidature "va dans le sens de l'Histoire". Le soutien vigoureux et enthousiaste des Clinton à Barack Obama est certainement plus un choix de la raison que du coeur, et non dépourvu d'arrière-pensées, mais il ne peut que renforcer les chances du candidat démocrate de l'emporter en novembre. Le Parti démocrate apparaît désormais uni et en ordre de bataille pour affronter le candidat républicain, John McCain.

L'ombre de McCain

Le colistier choisi par Obama, Joe Biden, qui a lui aussi été officiellement désigné mercredi comme candidat à la vice-présidence, a profité de son discours d'acceptation de la nomination pour lancer une salve nourrie de critiques contre McCain qui, a-t-il dit, "sur les questions les plus importantes de la sécurité nationale a eu tort, alors que les faits ont donné raison à Barack Obama", de l'invasion de l'Irak à la confrontation avec l'Iran, en passant par l'Afghanistan et la lutte contre al-Qaeda.

La convention de Denver a donc produit et diffusé dans le pays, comme c'était son but, les images désirées d'une candidature historique, d'un parti uni avide d'aller à la bataille, et d'un candidat que tous les discours se sont employés à décrire comme un Américain ordinaire. Quand le sénateur John Kerry (candidat malheureux à la présidentielle 2004) a pris la parole pour le soutenir, il a par exemple fait rendre hommage à l'oncle maternel du candidat, natif du Kansas et ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale qui avait été mobilisé pour l'occasion.

Un des aspects les plus troublants de tout l'exercice de production de l'image d'Obama est d'ailleurs le fait qu'on y gomme toute allusion à ses origines métisses, et même toute référence au fait que sa nomination parachève un demi-siècle de lutte pour l'égalité raciale. C'est certes la volonté d'Obama, qui a toujours proclamé ne pas être un "candidat noir", mais un candidat qui se trouve être noir. Mais c'est surtout un calcul tactique des stratèges de sa campagne qui craignent que toute insistance sur le sujet de la race ne nuise au candidat, en renforçant les réactions de méfiance et de rejet dans un électorat populaire blanc qu'il a entrepris de courtiser avec l'aide des Clinton et de Joe Biden. Ce dernier a mis en avant son héritage irlandais catholique et populaire. Mais jeudi, en prenant la parole pour accepter la nomination de son parti devant 70.000 militants et sympathisants réunis dans le stade de football d'Invesco Field, Barack Obama ne pourra certainement pas éviter d'invoquer le rêve prophétique que le Dr Martin Luther King avait fait il y a 45 ans, jour pour jour, le 28 août 1963, puisque le jour où un homme n'est plus jugé d'après la couleur de sa peau, mais selon la valeur de sa personnalité, est enfin arrivé en Amérique.

26 COMMENTAIRE(S)

rockess

Obama à la maison blanche

Friday 29 August | 03:14

Assurément, dans l'intérêt des Américain sur le plan économique et de l'opinion à l'international, il faut un démocrate sans compromis !

le renard

les Français votent aux USA ?

Friday 29 August | 02:55

McCain est le plus expérimenté... A lire les commentaires de certains, j'ai bien peur pour l'avenir. Personne ne parle des liens douteux qu'il entretient avec le président géorgien. C'est l'appui des néo-con qui a déclenché l'offensive géorgienne avec le résultat que l'on connait. Et qui nettoie derrière... Les européens. McCain ou comment foutre la m.. partout sauf près de chez moi.

carlo

un choix historique

Thursday 28 August | 21:28

Obama est l'homme du 21ème siècle, personne ne peut lutter contre Obama car Obama est déjà le président des USA alors vive Obama !

antiSabatier

Dangerous !

Thursday 28 August | 21:26

Peut-on confier le bouton atomique à un vieillard qui ne sait même plus combien de maisons ils possède ? C'est la question que devra se poser chaque électeur dans l'isoloir.

Michel45

Pourquoi noir ?

Thursday 28 August | 19:59

Je me pose toujours la question suivante : pourquoi les médias disent-ils toujours d'un (ou d'une) métis qu'il (elle) est noir et jamais blanc ? Illogique puis qu'il (elle) est le fruit des amours entre un ou une noir et une ou un blanc. En fait, c'est un (une) métis, et ce n'est pas du mépris de dire cela. Utiliser systématiquement ce qualificatif de noir me paraît être (inconsciemment) une notion un peu raciste.

lavoine

Un peu de bon sens... ma foi

Thursday 28 August | 19:56

Vous n'en manquez pas M. Oumar N'Diaye, "oui on peut dire qu'Obama manque d'expérience mais où est passée celle G.W Bush ?"... Ça tombe bien McCain a l'expérience et la sagesse qui manque tant à D.W.

Jonas Dumas

Un choix intelligent !

Thursday 28 August | 19:33

Ce n'est pas l'orgueil qui a provoqué le rejet de Mme Clinton à la présidence, c'est un choix politique et stratégique. Il veut tout simplement compléter sa candidature avec un meilleur lien qu'elle dans le sens de se lacunes. Il est plus qu'évident que l'arme de guerre de tous ceux qui sont contre Obama, c'est l'inexpérience surtout dans les dossiers internationaux. En choisissant Joe Biden, il veut fondre ceux qui sont contre lui avec lui en ce sens. Vous parlez des gaffes de Joe B. pour ces déclarations sur l'inexpérience du candidat démocrate. Et s'il choisissait Mme Clinton, ne pensez vous pas que les républicains auraient les mêmes critiques ? Car elle aussi évoquait l'inexpérience d'Obama. Obama, bravo! "Aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre des années". Je crois que cette phrase est inscrite dans votre littérature ?

Mugogo

Un conseil d'Africain

Thursday 28 August | 19:12

Les Américains devraient réfléchir à deux fois avant de confier leur sort à McCain. Ils n'ont qu'à demander aux Africains et sud-américains ce qu'on peut attendre de vieux généraux (ou caporaux !)

1tello

Vive Obama

Thursday 28 August | 17:58

Obama est le président du 3ème millénaire, non seulement au USA mais dans le monde alors vive Obama !

HONORABLE KKP

La vaine émotion africaine

Thursday 28 August | 17:16

Après avoir été officiellement désigné candidat des démocrates, il est très problable qu'Obama devienne le président des Etats Unis d'Amerique.Cette nouvelle fait déjà fantasmer certains de mes frères Africains qui pensent qu'Obama est est aussi leur président. Président Obama tous les Américains comptent sur vous et c'est pour eux que vous bosserez. Alors quant aux autres cherchez vous un Président qui fera mieux qu'Obama pour vos peuples.

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