« A ouï dire »

Publié le 03/02/2010 à 18:08 - Modifié le 03/02/2010 à 18:22 Le Point.fr

ANALYSE

Obama et la Chine, le jeu de la dissuasion

Par Michel Colomès

Obama et la Chine, le jeu de la dissuasion

Le président américain Barack Obama et le président chinois Hu Jintao à Pékin, le 17 novembre 2009. - © Kamil erdogdu/AA/ABACAPRESS.COM

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Ce n'était pas le fait du hasard si Hillary Clinton a attaqué bille en tête, le 21 janvier, les intrusions chinoises dans les boîtes mails de certains de ses dissidents, avec des mots ressemblant à ceux de Churchill lorsqu'il a, pour la première fois, en 1946, parlé du "rideau de fer qui s'est abattu sur le continent européen". Depuis l'automne, les Américains semblent décidés à ne plus rien passer aux Chinois. Et la très violente réaction de Pékin à l'annonce de la rencontre prochaine entre Obama et le dalaï-lama montre que la réciproque est vraie, et qu'une sérieuse partie de bras de fer est en train de se jouer entre les deux pays, dont la puissance économique domine désormais le monde.

Il y a d'abord eu une succession d'incidents : un voyage en demi-teinte du président américain en Chine, en novembre ; une mésentente manifeste au sommet de Copenhague ; cette affaire du viol des sites des militants chinois des droits de l'homme, abrités par Google ; le reproche répété de Washington que Pékin ne fait pas suffisamment pression sur l'Iran pour dissuader le pays des mollahs de se doter de l'arme nucléaire. Et voilà maintenant la visite à Washington du dalaï-lama, pour laquelle la Maison-Blanche a pourtant pris soin de préciser qu'il serait reçu non comme un leader politique, mais comme une personnalité religieuse, ce qui est, soit dit en passant, l'explication hypocrite que donnent toujours les chefs d'État pour tenter de ne pas exciter la vindicte chinoise.

La dette américaine entre les mains des Chinois

Cette fois encore, le préservatif a été inopérant et, dans les deux heures qui ont suivi l'annonce de la réception du leader tibétain, monsieur Zhu Weiqun, membre éminent du Parti communiste chinois, a annoncé que cette rencontre non seulement serait préjudiciable aux relations sino-américaines, mais pourrait sérieusement remettre en cause la reprise économique américaine. Autrement dit, le créancier - puisque la Chine finance une énorme partie de la dette américaine - menace son débiteur de le mettre en demeure s'il continue à mal se comporter !

L'ultimatum fera sans doute long feu, mais il confirme au moins le danger d'un endettement démesuré, comme celui que connaissent les États-Unis, et du risque pris par eux de le voir ainsi détenu - et ce n'est pas un hasard - par le pays qui, dans tous les domaines, a pour seule obsession de faire jeu égal avec eux.

Les États-Unis superpuissance militaire

Pourtant, en dépit des références historiques invoquées par Hillary Clinton dans l'affaire de l'espionnage Internet, Américains et Chinois ne sont probablement pas entrés dans un processus de guerre froide semblable à celui des années 1950, quand chacune des superpuissances de l'époque risquait à tout moment le faux pas qui aurait déclenché l'apocalypse nucléaire. D'abord, parce que même si la Chine renforce constamment son armée, elle est loin de pouvoir rivaliser avec la puissance militaire des États-Unis. Ensuite, parce que les économies de l'un et de l'autre pays sont hyperdépendantes. Si les Chinois tiennent les Américains par la dette, ils ont un besoin impératif du marché américain pour leur croissance.

Au fond, grâce à la mondialisation du commerce, les superpuissances d'aujourd'hui ont trouvé un substitut à la dissuasion nucléaire. Pour les spectateurs de leur affrontement, cela vaut sans doute mieux que l'équilibre de la terreur.

14 COMMENTAIRE(S)

planteur de m....

Le choix !

dimanche 14 février | 17:24

La question est : que voulez-vous comme 1ère super puissance mondiale : les USA, la Chine, l'Europe ? C'est aussi la conscience individuelle contre la conscience collective.

dolie

ANALYSE - Obama et la Chine, le jeu de la dissuasion.

jeudi 4 février | 11:09

@DELphin- Pourquoi dites-vous, "se désolidariser d'un système politique qui ne veut pas dire son nom" (sous-entendu la Chine) ? Mais justement, les dirigeants chinois parlent couramment de leur système politique, ils ne cachent pas que le parti communiste chinois dirige la Chine ! Cela étant, vous pensez, qu'en France, nous sommes mieux lotis, apparemment vous n'avez pas observé qu'il y a une censure et que vous êtes prié de rester dans le politiquement correct ! Par contre, vous avez raison, on pourrait contourner la Chine et se positionner en Afrique, seulement il y a un hic ! Les Chinois ne nous ont pas attendus, ils y arrivent déjà avec des moyens d'investissements de création d'entreprises que nous n'avons pas, de plus nous n'avons pas laissé à l'Afrique que de bons souvenirs et n'oubliez pas que les Chinois sont les banquiers du monde ! D'ailleurs, en France, on est tellement bien informés, que c'est par une télévision anglo-saxone que j'ai appris que le ministre des affaires étrangères chinois était en France, reçu par son homologue français B. Kouchner ! La Chine vous fait peur, dites-vous ? Mais, comme nous n'avons certainement pas le même âge et que je suis un gaulliste authentique, contrairement aux UMPistes ou Dupont Aignan qui s'en réclament fallacieusement, je sais, pour l'avoir vécu, le danger que les USA représentent pour la paix dans le monde. Ce n'est pas sans raison que le général De Gaulle les avait priés de quitter la France et d'aller installer leurs bases militaires ailleurs ! Alors oui, je suis très méfiant vis-à-vis des USA dirigés, non pas par Obama aujourd'hui président, mais par le lobby du formidable complexe militaro- industriel dont il est le porte parole obligé, comme l'étaient avant lui ses prédécesseurs (un article intitulé "la tyrannie des lobbies aux USA", paru dans le journal le monde il y a quelques mois est très édifiant !).

un chinois à paris

@ DElphin

jeudi 4 février | 10:05

Tout ce que vous dites, c'est de trouver "un atelier" pour vous, qui est bon marché mais docile. C'est le rêve des capitalistes du monde. Sauf que l'appétit vient en mangeant.

carlos

De l'angélisme au réalisme

jeudi 4 février | 08:41

J'approuve grandement l'attitude nouvelle de B. Obama au sujet de la Chine, l'Iran et autres pays tyrans. Après avoir fait preuve de bonne volonté, sans retour, il était important de se montrer ferme. Ce comportement nouveau, rejoignant sur certains points celui de G. W. Bush, est positif. Que N. Sarkozy prenne exemple sur lui, en ayant le courage, après sa trahison, de recevoir le Dalaï Lama malgré la peur de représailles chinoises. Il ne sera respecté que s'il se montre fort, et pas lâche.

bon sens

Pauvre Marx

jeudi 4 février | 02:57

Tiens ? C'est communiste, la Chine ?

un chinois à paris

Au moins, la guerre froide a fait avancer la théorie des jeux

jeudi 4 février | 00:53

Une suite de jeux répétés, sous forme de "dilemmes de prisonniers", et ce qui émerge, c'est l'équilibre de Nash : ils se trouvent dans une situation que tous les deux ne veulent pas. Mais apparemment, la stratégie de Tic-Tac marche super bien en ce moment pour les deux, et cela les aidera à se retrouver dans un équilibre instable, mais mieux pour les deux.

DElphin

Incroyable raffut

mercredi 3 février | 23:12

Cette situation n'épargnera ni Américain, ni Européen. Le tout, c'est de se désolidariser d'un système qui ne veut pas donner son vrai nom ! Aujourd'hui, c'est les USA, demain ce seront les Européens qui subiront des sanctions économiques ! La solution, c'est de contourner la Chine ! Cette solution, elle est en Afrique : un vrai plan Marshall pour l'Afrique. Et le tour sera joué. Les industries délocalisées en Chine verront une nouvelle terre, avec une main d'oeuvre moins chère, un continent tout vierge pour la consommation. Dans un pays où il n'y a pas de contre-pouvoir, comme la Chine, qui s'est fixée des objectifs et détient la puissance d'une bombe nucléaire. Je ne suis pas politologue, mais méfiez-vous.

Yhwh

Au lieu de...

mercredi 3 février | 22:17

... faire les yeux doux à la Chine, dictature communiste dangereuse pour tous, on ferait mieux de s'intéresser à l'Inde, plus grande démocratie du monde en passe de devenir une grande puissance économique !

stemp

Qui est la superpuissance ?

mercredi 3 février | 21:27

Qui est désormais la superpuissance ? Les Etats-Unis et leur immense dette ? Les militaires américains englués en Irak et en Afghanistan ? C'est la croisée des chemins pour ces deux pays : l'un est sur une pente ascendante, et l'autre est à la peine. Tout comme l'Europe d'ailleurs...

trape

Un test

mercredi 3 février | 21:08

La Chine teste le monde qui est à ses pieds. Qui se comportera en maître, qui se comportera en esclave au XXIe siècle ? L'histoire nous apprend que toute les civilisations meurent, surtout celles qui ont oublié de défendre leurs valeurs et qui n'ont plus de chefs.

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